Mariés devant Dieu

Publié le par Mgr Ellul

Homélie pour le samedi 7 et dimanche 8 octobre 2006 - B  

Frères et Sœurs,

 Dimanche prochain, 15 octobre, il y aura 6 ans que le Père Bernard Lorenzato, qui était alors Vicaire Général, venait me présenter officiellement à la paroisse et m’installait comme curé-recteur de la basilique du Sacré-Cœur. J’inaugure donc avec vous, ces jours-ci, le début de ma 7ème année de présence dans cette église que nous aimons tant, et je dois vous avouer, que pas une fois, je n’ai eu à regretter d’avoir dit oui, au Cardinal Panafieu, lorsqu’il me  proposa cette mission pastorale, après 19 ans de présence à St Victor.

Votre soutien, vos prières, votre présence, votre amitié, celles de mes frères prêtres et diacre, me vont droit au cœur et j’espère continuer encore quelques années avec vous, cette « portion » de route spirituelle, que nous avons parcourue ensemble et qui nous conduit vers le Christ Jésus, sous le regard aimant de Marie, Notre-Dame du Rosaire, dont nous faisons mémoire en ces jours, alors que bientôt en mai 2007, nous célébrerons le 60ème anniversaire de la consécration de cette église.

Comment méditer les textes de cette liturgie, sans prendre en compte et remercier le Seigneur, pour tous les couples resté unis depuis leur célébration de mariage, mais également prier pour les nombreux couples séparés, divorcés, remariés, que nous connaissons, dans nos familles et autour de nous ?

En proclamant cet évangile, je revois sur tant de visages la tristesse, la désespérance, les pleurs, les questionnements, de ceux qui ont subi cette injustice. Souvent, ils ont enduré, dans le silence et la peur, cette trahison, se demandant qu’elle était leur faute, et pourquoi ils en étaient arrivés là.

L’amour qu’ils avaient mis dans l’autre, les signes de connivences, la communion des âmes et des corps, une longue route parcourue, et les enfants étaient venus égayer leur foyer, tout allait se briser, s’ils parlaient. Vouloir faire oeuvre de vérité, demander à l’autre, pourquoi il s’éloigne du foyer conjugal, tout en faisant comme si tout allait bien, vivre avec ce mensonge quotidien. Et l’entendre parler d’amour, alors que l’on sait sa trahison ?

Se taire, oui, pensons-nous, se taire, c’est là, la solution, … pour les enfants, pour la famille, pour les amis, pour ne pas subir ce que d’autres, autour de nous, ont subi. Mais quand un jour la vérité éclate, et que la haine prend le pas sur l’amour, et que l’on doit prochainement se séparer, alors les questions financières sont mises en évidence, les reproches sordides affleurent et l’on regarde l’autre, celui qu’on aime, qu’on a aimé, avec cette interrogation dans les yeux, et on ne comprend pas, humilié par tant de mensonges et de mesquineries… Et l’amour est mort ! D’un côté du couple, mais pas de l’autre, et celui qui demeure dans la fidélité, doit vivre de souvenirs, faire comme si, surtout pour les enfants, afin qu’ils souffrent le moins possible.

Familles séparées, familles éclatées, familles recomposées. Si l’on a un certain âge, on peut rester seul ; mais lorsque tout jeune adulte,  que le divorce vous touche, et que votre conjoint vous quitte? J’arrête là, la description de la séparation qui nous est malheureusement bien connue.

Reprenons l’évangile, allons relire ce que nous dit Jésus. D’ailleurs c’est quoi, être coupable d’adultère ? Ouvrons le Dictionnaire de Morale Catholique, à l’alinéa, proposé par le Père Jean-Louis Brugès, Mgr Brugès, aujourd’hui Evêque d’Angers. Il écrit ceci : « L’adultère désigne l’infidélité conjugale. Lorsque deux partenaires, dont l’un au moins est marié, nouent entre eux une relation amoureuse, même éphémère, ils commettent un adultère.

Cette relation sera le plus souvent accompagnée de relations d’intimité. Mais le Christ condamne aussi l’adultère de simple désir. Matthieu le mentionne, au chapitre 5, versets 27-28 : « Quiconque regarde une femme pour la désirer, à déjà commis l’adultère avec elle, dans son cœur ». L’adultère recouvre une double faute grave. D’une part, il lèse le conjoint trahi. Le mariage tel que l’entend la tradition catholique, confère à chacun des époux un droit d’exclusivité du corps de l’autre. D’autre part, l’adultère rompt la chasteté qui est, on le sait, l’unique régime chrétien de l’exercice de la sexualité. Aussi la Tradition témoigne-t-elle sur ce point, d’une continuité sans faille : l’adultère est condamné dans tous les cas.

Les raisons d’une telle condamnation sont profondes. En présentant l’alliance entre Dieu et son peuple, comme une union conjugale, les prophètes de l’Ancien Testament ont fait de l’adultère, « l’archétype du péché ». En choisissant la symbolique du mariage, pour désigner la nature des liens qui l’attacheront à son Eglise, le Christ dévoile la pointe extrême de l’adultère. Lisons en Apocalpyse 21, 2 ce qu’écrit St Jean : ‘Je vis la Cité Sainte, la Jérusalem céleste qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’était faite belle, comme une jeune mariée, parée pour son époux’. Donc, si l’union conjugale engage Dieu, celui qui trompe son conjoint, trompe également Dieu, ou se trompe de Dieu, ou se trompe sur Dieu ».

Voilà un extrait, de ce que nous lisons dans le Dictionnaire de Morale catholique, reprenant les termes du Code de Droit Canonique au n° 1152 (1 et 2). Les époux sont donc invités, comme le Christ nous l’enseigne, à grandir sans cesse dans la fidélité et dans l’amour.

Frères et Sœurs, remercions le Seigneur pour tous ceux qui se sont gardés fidèles au « oui sacramentel » de leur célébration de mariage. Malheureusement, ils vivent et voient vivre autour d’eux, et souvent dans leur propre famille, malgré la formation chrétienne qu’ils leurs ont donné, la séparation et le divorce de leurs enfants.

Vos enfants, nos enfants, remariés, se séparent de la communion de l’Eglise, qui ne peut reconnaître comme valide cette nouvelle union. Mais l’Eglise leur offre sa sollicitude, -même s’ils ne peuvent plus s’approcher des sacrements-, et elle demande aux pasteurs et à toute la communauté ecclésiale, de les accueillir, dans leur désir de procurer à leurs enfants, une éducation chrétienne, et d’avoir pour eux beaucoup de charité et d’amour.

Terminons cette méditation, en nous confiant tous au Cœur Sacré de Jésus. Oui, laissons monter vers lui, une prière fervente et du fond du cœur. Implorons le Christ, de nous donner le sens du pardon, de mettre au cœur de ceux qui souffrent, ont souffert, ont été trahis, où qui eux-même ont péché, miséricorde et conversion. Et confions à Marie, toutes nos familles, tous nos enfants, qu’elle nous aide et nous protège. Amen.      Mgr Jean-Pierre Ellul

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