Ornements Sacerdotaux

Publié le par Mgr Ellul

VETEMENTS LITURGIQUES,
SYMBOLISME ET CREATIVITE.

 "Le vêtement liturgique s'inscrit dans la fonction symbolique de tout vêtement. Quand on parle du vêtement liturgique on pense d'emblée aux ornements que revêt le célébrant. Et c'est normal car il est  tout autre que ceux portés par les participants...
   

 

 

                           Fête du Sacré-Coeur - Juin 2006 - Mgr Pontier, archevêque de Marseille - chasubles JPE

Pour participer au mystère célébré, le chrétien pressent, sans pouvoir le formuler toujours, que ce n'est pas la vie qu'il vient célébrer, mais Celui qui la lui donne et qui la transfigure. Il pressent que pour entrer dans la célébration du mystère du Christ, qui est aussi son mystère, il doit se souvenir qu'à son baptême, il a été revêtu du vêtement des élus". Ces vêtements, appelés communément ornements, signifient la grandeur du mystère célébré. Aussi ne sont-il jamais trop beaux, puisqu'ils disent Dieu et qu'ils disent l'homme, fils de Dieu". (Cardinal Robert Coffy).
 

                                                        Détail d'un ornement - création JPE    

L
es phrases du Cardinal Robert COFFY, alors qu'il était Archevêque de Marseille, écrites en 1993, pour préfacer l'exposition "Ornements Sacrés, Espace de beauté, un Art Vivant, montrée dans les cryptes de l'Abbaye de Saint-Victor,  situent d'emblée notre propos.

                                                                    Ornement blanc avec dalmatique - JPE 1987

Dans notre civilisation, et alors que nous naissons nus,  l'on nous revêt aussitôt des vêtements qui vont désormais nous caractériser, montrer notre personnalité. Puis nous sommes soumis à la mode, changeant notre vestiaire, variant les couleurs, les formes, les contextures, dans un choix qui nous permet de nous dire aux autres. Le vêtement remplira cet office toute notre vie et même au-delà de la mort. Il changera avec les saisons, les heures du jours, l'usage que l'on en fait. S'habiller, se déshabiller, se rhabiller, c'est, dans le vocabulaire courant, se  "changer". L'histoire de l'humanité, l'histoire des civilisations, des religions se raconte aussi à "travers" ses vêtements.

                                                         Détail d'un ornement blanc - croix espagnole - ornement création JPE     

Le vêtement liturgique veut rappeler a celui qui le revêt qu'il à une mission : celle de présider au nom du Christ-Seigneur, - "in personna Christi" -, l'assemblée des fidèles, rassemblée pour témoigner de sa mort et de sa résurrection. Il se laisse voir, dire, par sa forme, sa coupe, ses ornementations, mais surtout par la symbolique de sa couleur. L'Eglise Catholique, a toujours veillé avec un soin particulier à ce que les objets du culte soient vraiment dignes, harmonieux et beaux, pour symboliser les réalités célestes. Elle n'a jamais cessé de former et d'encourager les artistes, discernant, parmi leurs oeuvres ; celles qui s'accorderaient le mieux avec la foi et la piété, dans une noble beauté, plutôt que par la seule somptuosité. Cela s'entend, également, rappelle la constitution sur la Sainte Liturgie du Concile de Vatican II, pour les vêtements et les ornements .  

  D'où le rappel dans la Présentation Générale du Missel Romain, en date du 3 avril 1969, des fonctions liturgiques : "Dans l'Eglise, qui est le Corps du Christ,  tous les membres n'exercent pas la même fonction. Cette diversité des ministères dans l'accomplissement du culte se manifeste extérieurement par la diversité des vêtements liturgiques. Par conséquent, ceux-ci doivent être le signe de la fonction propre à chaque ministre. Il faut que ces vêtements contribuent aussi à la beauté de l'action liturgique".

                                 Procession - Fête du St Sacrement - La Bouilladisse - 1979 - ornement JPE 

 "Pour la confection des vêtements liturgiques, outre les matières traditionnelles, on peut employer des fibres naturelles propres à chaque pays, ainsi que certaines fibres artificielles, pourvu qu'elles répondent à la dignité de l'action sacré... Il convient que la beauté et la noblesse de chaque vêtement ne soient pas demandées à l'abondance d'ornements surajoutés, mais à la matière employée et à la force de ces vêtements. Les ornements pourront présenter des motifs, des images ou des symboles qui indiquent un usage sacré, et l'on écartera ceux qui jureraient avec lui. L'emploi de couleurs diverses pour les vêtements liturgiques, vise à exprimer efficacement par des moyens extérieurs ce qui caractérise les mystères de foi que l'on célèbre et, par suite, le sens d'une vie chrétienne qui progresse à travers le déroulement de l'année liturgique".       

 

                                          Célébration de la Chandeleur - Messe et procession de clôture - chasubles, création JPE

Ce vêtement, particulier, que l'on revêt pour célébrer, pour dire, et accomplir, puis que l'on quitte, reste le témoin privilégié  de bien des célébrations. Il peut appartenir au célébrant, mais  plus habituellement, il est proposé par  l'église à qui il est souvent offert. Les fidèles en ont redécouvert sa fonction, et sa symbolique. Le vêtement va dire et à celui qui le porte et aux participants, quelle est la tonalité, qu'il convient de donner à la célébration suivant le calendrier liturgique. Il accompagne donc, dans la prière, la démarche du peuple qui célébre. 
 

 

 

                               Diacre Eugène de Goy et Mgr Ellul - ornements pour la Fête de St Victor - juillet 1999 -création JPE

Dès l'entrée des célébrants, le ton liturgique est donné. Pour les célébrations de la Passion, le rouge écarlate, rappelant le manteau de pourpre jeté par dérision sur les épaules du Christ, sera revêtu. On l'employera également pour la célébration des martyrs.  Le blanc, témoin de la Vie éternelle, de la Résurrection, de la robe nuptiale étincelante, sera employé, pour célébrer le mystère pascal et introduire les néophytes, les nouveaux baptisés, dans l'Eglise du Christ. Eux-mêmes seront revêtus de  blanc.  Pour les dimanches de l'année, "le temps ordinaire", c'est le vert qui sera retenu ; il dira le sens de la re-création sans cesse renouvelée.  

 

 

    

Cardinal Daoua - Sacré-Coeur de Marseille - 2004 - ornements violets création JPE

Le violet, qu'il soit "romain", c'est-à-dire plus cyclamen, ou celui "gallican", plus mauve et teinté de noir, alliera au thème de la pénitence celui de la conversion et accompagnera les  quarante jours de carême. L'on s'en servira également pour le temps de  l'Avènement, l'Avent qui  précède la célébration de Noël. Encore que le quatrième dimanche de Carême et la troisième semaine de l'Avent seront célébrés en rose, variante de coloration, connotant le signe de joyeuse pénitence et le rappel à plus d'ardeur dans la préparation et l'attente de Celui qui revient naître comme un tout petit enfant. Le violet et moins souvent le noir ou le gris de cendres, nous rappellera le passage de la mort à la vie éternelle, la Pâques de tout chrétien, en marche vers la rencontre ultime, dans une Vie qui ne finit pas.

Chasuble pour un marigae - juillet 2005 - création JPE

Depuis toujours les vêtements en drap  d'or, peuvent  servir pour des célébrations festives, mais ils ne peuvent jamais remplacer le violet ou le noir. Certaines paroisses d'Espagne utilisent des ornements bleus pour les fêtes de la Vierge Marie.                                            Ornements exposés dans les Cryptes de St Victor de Marseille - 12-30 décembre 1993

   Créer des vêtements de célébration ! En retrouver le sens historique et liturgique, essayer de montrer le passage, vers le IIIème siècle, entre des vêtements encore couramment portés, puis abandonnés, tombant en désuétude, passés de mode, mais retenus par l'Eglise, qui y trouvera un sens symbolique. L'historicité, le lent déplacement des centres d'intérêts, le regard porté sur ces vêtements,  ne peut, en aucune façon, être retenue  dans ces pages. Car des siècles plus tard,  la création du vêtement liturgique en conservera  la forme. Il restera celle du cercle, de la planète, elliptique, échancrée en son centre, puis se rétrécira pour prendre la forme d'un "violon" sur le devant, avec aplat à l'arrière. Là, l'ornementation, variant suivant les siècles, les lieux de célébrations, l'occasion pour laquel il est réalisé, se surchargera de broderies.

                                                                                 Chape créée en mars 2006 - JPE

 

Fils d'or, points jetés, passant ou à la chainette, points de tapisserie, passés plats, rehaussé de pierreries, de cabochons, de galons, dans une répétitivité de coupe semblable, privilégiant  la croix du Christ au dos, avec des applications de galons soulignant le tout. A cette surcharge d'ornementations, depuis plus trente ans, on est revenu à plus de simplicité, je dirai même, à un simplicisme qui conduit à réaliser de nos jours, des ornements.... sans ornementation, ni motif religieux.                            Ornement créé pour le bi-centenaire de la Commune de La Bouilladisse - Juillet 1980

L'accent est mis  sur le tissage, la contexture, les variations de couleurs, la trame, le tombé, le plombé. De très belles réalisations sont ainsi proposées par les religieuses qui, depuis la naissance du vers à soie, accompagnent ses fils, teints,  jusque sur le métier à tisser.

Personnellement, depuis quelques années je préfère réaliser des vêtements liturgiques, avec les tissus contemporains, employés pour la confection des vêtements actuels. Ainsi peut être montré l'évolution du goût, du style, de la mode... Les soieries, acryliques, cotonnades, laines mélées ou autres, permettent des réalisations surprenantes. Par ailleurs  on y retrouve plus de simplicité, une actualité immédiate, mais l'intemporalité s'y ressent. 
 

                                             Ornement pour la Chandeleur - Cardinal Bernard Panafieu

Quelques ornements réalisés furent exposés à la Maison de l'Artisanat. Ils se sont voulu comme un point d'orgue au milieu des oeuvres d'orfervreries.  Certains d'entre eux appartiennent depuis à l'Abbaye de Saint-Victor, ou plus de deux cents créations ont vues le jour, en quinze années de fabrication. Ce fut un don de ma part pour la communauté chrétienne, pour l'Eglise qui est à Marseille et pour remercier Notre-Dame de Confession des grâces reçues durant ces années et c'est en 1989, pour la fête et l'octave de la Chandeleur que j'ai créé ces ornements verts et rouges, que le cardinal Coffy aimaient particulièrement. "Ce vert véronère est admirable, disait-il" !C'est lui qui proposa de les porter, le premier jour de la fête, alors que la liturgie demande que l'on revête des ornements blancs. Comment et quand arrivez-vous à créer toutes ces chasubles ? Souvent la question me fut posée et je répondais que c'était le temps passé à la méditation et à la prière, comme le faisaient mes prédécesseurs, les moines de Saint-Victor. Une heure par jour, très tôt le matin !  Dans ce haut-lieu de la foi à Marseille, dans l'Eglise de cette Antique Abbatiale, il me fut demandé bien des célébrations particulières. Le cardinal Roger Etchegaray m'avait recommandé dès mon arrivée en 1981, de faire de cette église, la "Vitrine de l'Eglise de Marseille". C'est vrai qu'avec les prêtres et les laïcs nous avons continué l'impusion donnée par les Amis de St Victor.D'où la réalisation de ces de vêtements qui accompagnent, dans la prière et en musique, sous ces voûtes multiséculaires, l'Eucharistie du peuple de Dieu.  

 Car, nous sommes tous appelés à créer en nous-même cet être nouveau puis, transfigurés par la beauté et la charité, invités à nous revêtir la robe de la nouvelle naissance, robe d'immortalité baptismale, que nous voulons sans couture, pour être trouvés prêts, lorsque le Seigneur viendra à notre rencontre. Il nous fera prendre place à sa table pour le festin éternel, et nous  accueillerons  Celui qui est  l'Amour.

                                                                                    Mgr Jean-Pierre ELLUL

 

 Ornement créé pour le bi-centenaire de la mort de Louis XVI
  

 Cardinal Robert Coffy pour la Messe de la Chandeleur 1994
  
Mîtres créées pour le Cardinal Robert Coffy en 1990 
                       
    

 

 

 

Publié dans Vêtements liturgiques

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AgnÚs 03/06/2007 22:50

 
                   C'est un travail absolument magnifique... que dire ?... Mes plus sincères félicitations !!! Merci pour les commentaires qui accompagnent les photos, et qui sont si intéressants !