Homélie pour le 26 juin 2016. 13ème ordinaire – Sacré-Cœur.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseill

Homélie pour le 26 juin 2016. 13ème ordinaire – Sacré-Cœur.

Chers frères et sœurs, cher amis.

Je voudrais tout d’abord vous féliciter. Oui, « Heureux êtes-vous, car vous ne vous êtes pas retournés, vous n’avez pas regardé en arrière ! » Vous êtes donc faits pour le Royaume des Cieux ! Et c’est pour cela que vous avez pris du temps pour être présents ce dimanche à l’eucharistie. Viens le temps, alors que les vacances arrivent, de faire le point sur notre vie en Christ, de notre vie en Eglise et de notre vie avec les autres, de notre vie « avec nous-mêmes ». Avec mes confrères, je rends grâce au Seigneur de voir notre basilique toujours aussi pleine de chrétiens, prenant du temps, le dimanche ou dans la semaine, pour venir s’unir à la célébration à laquelle le Christ nous convie. Ce n’est pas toujours facile ! Les sollicitations sont nombreuses et pourraient risquer de nous éloigner de la pratique sacramentelle. Déjà dans l’évangile, Jésus relève quelques empêchements qui pourtant nous semblent bien naturels : rapidité de la décision de celui qui, tout d’un coup veut le suivre ; car suivre Jésus demande réflexion et il faut bien en mesurer les enjeux. Le suivre, c’est désormais redécouvrir et approfondir sa Parole et la mettre en pratique ; c’est aussi parfois être en porte-à-faux vis-à-vis des autres, qui ne comprennent pas nos réponses ou nos comportements devant telles ou telles situations. On ne peut pas tout accepter, et souvent c’est dur de rester fidèle à la parole de l’évangile. D’autant que celui qui enterre son père, comme l’évangile de Luc le rapporte, devant le deuil, la séparation, la mort, risque de rester statique, de ne plus réagir, de se laisser aller à la dépression devant le mystère incompréhensible de la mort. Tous les « pourquoi » sont là pour nous entraîner dans un manque d’espérance et il est vraiment dur de faire un retour sur nous-mêmes pour nous redire que Christ est ressuscité, qu’il est vainqueur de la mort et qu’il nous est demandé de le suivre dans l’espérance, lui qui est amour et miséricorde. Et voyez celle ou celui que le Christ appelle à tout quitter pour le suivre. Avoir la vocation ! Etre appelé d’une manière particulière par Jésus, accepter son appel ou le rejeter. Tant de « suis-moi » qui n’ont jamais eu de réponses ! Et pourtant, quand Jésus vient vers nous pour nous inviter à lui consacrer nos vies, quand la question lancinante à tout quitter et à le suivre est toujours là, dans l’oreille et dans le cœur… comment faire pour répondre positivement : « Oui Seigneur, tu m’as appelé, me voici ! Et immédiatement nos réponses sont faites de peurs, car cela nous semble impossible : mes études, mon métier, mon insertion professionnelle, mon avenir, mes amis, mon argent, mon désir de vivre seul et sans attaches, mes péchés, surtout et mon incapacité, car on ne se trouve toujours pas préparé et alors se pose la question du choix, du : « Pourquoi moi ? » Oui, pourquoi moi, Seigneur ? Mais Jésus répond : « Parce que je te propose d’aller annoncer le royaume des Cieux au milieu des autres. » Alors dire oui, sans connaitre l’issue de sa vocation ; dire oui, en sachant les difficultés qui attendent un jeune qui entre au séminaire, une jeune fille dans une congrégation, avec le risque de perdre sa liberté, de se voir incompris, d’aliéner sa vie ? Les proches, les parents, les amis, viennent souligner que tant de difficultés attendent ceux qui vont faire le pas et se consacrer au Seigneur. Il en va de même pour des jeunes qui s’unissent par le sacrement de mariage. Non, il ne faut pas avoir peur, il ne faut pas écouter uniquement ceux qui essaient de nous empêcher « de faire nos adieux aux gens de notre maison ». Car nous avons entendu la réponse de Jésus : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu ». Cette belle phrase, c’est un risque, celui de ne pas se croire en phase avec sa vocation. Une vocation, c’est ténue, c’est comme une petite graine qui vient d’éclore et pousse, et qui n’a pas encore de vraies racines. On doit en privilégier l’entretien, la suivre avec tout l’amour dont on est capable, et surtout être présent, sans jugements, pour laisser grandir la vocation sans en suspecter le développement et surtout, surtout… ne pas vouloir que l’autre, deviennent un autre nous-mêmes. Chacun est unique et Jésus sait, lui, ce qui lui convient. Ce serait si simple de respecter l’autre, de le regarder grandir, tout en l’accompagnant dans la discrétion, lui montrant tous les progrès qu’il a fait sous le regard d’amour de celui qui l’a appelé, le tout confirmé par l’Eglise, car c’est toujours elle qui appelle, au nom du Christ, et qui donne mission pour œuvrer dans le champ du royaume. « Celui qui met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n‘est pas fait pour le royaume de Dieu. » Cette parole de Jésus je l’avais imprimée sur les faire-part d’ordination sous-diaconale, et en m’engageant il y a 48 ans à me consacrer au Christ, je dois dire que pas une fois je n’ai regretté le choix que j’avais fait. En ce dimanche, remercions le Seigneur de nous avoir appelé, chacun suivant notre ministère, réalisant les dons qu’il a mis en nous, divers mais complémentaires pour que son Eglise, dans la joie et la paix continue sa mission d’évangélisation. Qu’en ce temps de vacances, où le Seigneur continue d’appeler, chacun s’examine pour voir si quelque fois il n’a pas eu la tentation de regarder en arrière ; prions aussi pour tous ces jeunes qui partiront aux JMJ en Pologne. Là aussi c’est un lieu privilégié pour écouter et entendre l’appel du Seigneur. Enfin prions pour tous ceux de nos familles qui n’ont pas eu la chance, ou n’ont eu pas le courage, ou n’ont pas écouté l’appel du Seigneur, afin que par notre vie donnée au Christ, ils en ressentent l’appel et surtout le besoin de se retrouver en communauté d’Eglise, pour que Jésus ne soit pas rejeté comme en Samarie, mais accueilli, conscient qu’il nous libère de toutes ces addictions qui nous aliènent. En fait il faut nous laisser conduire par l’Esprit comme St Paul le rappelle aux Galates. Nous qui sommes consacrés par le baptême, marchons dans la joie à la rencontre du Seigneur. Merci Seigneur d’être là aujourd’hui, merci de me faire confiance. Aide-moi à progresser dans la vie spirituelle sous ton regard d’amour pour mieux aimer ceux qui m’entourent. Amen.

Mgr Jean-Pierre Ellul.

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