Homélie 18 janvier 2015

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseill

Homélie 18 janvier 2015

Vous rappelez-vous le jour où le Seigneur Jésus vous a appelé ? Cherchez bien !... Cherchez en quelles circonstances vous avez ressenti son appel ! Et comme le petit Samuel, vous avez répondu oui ! Et ce oui, fait que nous sommes ici, rassemblés en Eglise, participant à l’Eucharistie. Car dès que l’on rencontre le Christ toute notre vie en est changée. D’autant qu’en lisant sa parole dans la Bible et dans les Evangiles, nous sommes invités à devenir comme lui, doux et humble de cœur, prêt au pardon, regardant l’autre comme s’il était lui, le Fils du Père, le Christ, la lumière du monde, celui dont le nom est au-dessus de tout nom. Et en ce dimanche où nous prions pour les migrants et les réfugiés, nous n’oublions pas leurs souffrances, les difficultés du départ de leur pays, souvent démunis de tout, celle de l’adaptation à notre culture et à notre civilisation, mais surtout, cette peur de pas être accueillis ou d’être marginalisés, avec son cortège de haine, de regard de rejet, la honte d’être montré du doigt, car devenu en quelque sorte, les boucs-émissaires de toutes les difficultés du pays qui les reçoit et certains d’entre-nous, avons connu cela. Ce dimanche est également propice à la réflexion et à la prière, après les jours difficiles que notre pays et nous-mêmes avons vécu, avec ces attentats de la semaine dernière et nous avons vu les défilés avec les pancartes tenues par ceux qui y participaient ! En effet, tous étaient-ils pour ce journal que la plupart ne connaissait pas vraiment ? Ou venaient-ils dire qu’ils étaient contre l’assassinat de ces journalistes, de ces policiers, sans oublier les victimes de l’épicerie cacher ? Aidés par les diverses prises de paroles du Saint Père, de la Conférence des Evêques de France, de nos archevêques et évêques nous avons pu nous faire une opinion, sans excuser ces tueries, mais toucher du doigt cette haine envers nos frères juifs, reconnaître que cela était perpétré par des terroristes, sans stigmatiser tous les français de confession musulmane. Il nous a fallu raison garder malgré ces caricatures, en rappelant que nous, catholiques, chrétiens, nous en avons eu notre part. Peut-on blasphémer et se moquer, ridiculiser Dieu, le Christ, la Vierge Marie, le pape, tout de ce qui fait l’intime de notre vie de foi ? Le cardinal André Vingt-trois, archevêque de Paris écrivait ces jours-ci : «Une caricature, même de mauvais goût, une critique même gravement injuste, ne peuvent être mises sur le même plan qu'un meurtre. La liberté de la presse est, quel qu'en soit le coût, le signe d'une société mûre. Que des hommes nés dans notre pays, nos concitoyens, puissent penser que la seule réponse juste à une moquerie ou une insulte soit la mort de leurs auteurs, place notre société devant de graves interrogations ». (fin de citation). Pour nous chrétiens, la parole du Christ sur le Golgotha vient répondre à ces caricatures qui heurtent notre conscience et notre foi ; comme le Christ sur la croix nous disons : « Père, pardonne leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Là, on croit entendre les rires de ceux qui, dans les rédactions, en remettent encore, pour faire mal et nous tourner en dérision. Oui, c’est dur de pardonner, mais nous pardonnons. On croyait passé le temps de l’animosité et de la rancœur ; mais non, nous avons entendu avant-hier et hier, des paroles dures contre la foi, la religion des uns et des autres, paroles outrancières envers ceux qui, disent certains, viennent nous manipuler et interdire, et ce, qu’ils soient chrétiens, juifs ou musulmans ! Notre prière en ce jour rejoint tous ceux qui avaient de la haine, parce que blessés d’avoir perdu un être cher, un mari, un père, un collaborateur, afin que Dieu leur donne la paix du cœur. En entendant certaines affirmations, on se croyait revenu au début du XXe siècle, où les tracasseries, les exactions contre les congrégations religieuses, les paroisses et leurs fidèles, avaient pour résultat de nous reléguer dans nos sacristies, nos synagogues ou nos mosquées. Peu à peu s’était établi un modus vivendi, avec la séparation des l’Eglisee et de l’Etat. Et là, nous avons vu ressurgir la haine, l’irrespect, dont nous avions oublié la dureté. Je voudrais citer un extrait du texte de Mgr Georges Pontier et Mgr Jean-Marc Aveline : « Une fois le temps de l’émotion passé, il nous appartiendra de poursuivre la route en nous engageant délibérément dans des comportements fraternels, dans la recherche des moyens du dialogue qui, permettant de mieux se connaître entre citoyens aux convictions diverses, favorisent l’amitié, triomphent des peurs multiformes qui sont de si mauvaises conseillères ». (fin de citation). A nous désormais d’être des témoins de paix. Nous ne pouvons pas lire et méditer la Parole de Dieu, avec de la haine dans le cœur. Nous ne pouvons pas nous avancer vers la sainte Eucharistie, avec en nous, de la rancœur et un désir de vengeance. St Paul nous l’a dit : « votre corps est un sanctuaire de l’Esprit ; vous ne vous appartenez plus à vous-même. »… C’est la paix, que le Christ vient chaque jour nous communiquer, qui doit sous-tendre toutes nos actions. Redevenons des êtres de mansuétude, en montrant que rien ne peut nous séparer du Christ, ni les tribulations, ni les injures, ni la dérision ; rien ne peut nous séparer de celui qui est le Fils de Dieu, celui qui nous a appelés à grandir et à sortir des ténèbres de nos péchés, pour nous faire entrer dans son admirable lumière. Et alors que nous entrons dans la semaine de prière pour l’Unité de tous les Chrétiens, disons dans le fond de nos cœurs : Seigneur, toi qui nous as appelés à te suivre, fais de nous des instruments d’amour, de pardon et de paix. Amen. Mgr Jean-Pierre Ellul.

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