Miséricorde 4

Publié le par Mgr Ellul

4ème homélie

 

Jeudi 20 avril 2006

 

 

 

        En ce jeudi de l’Octave de Pâques, nos yeux se tournent vers le Cénacle. En effet, il y a huit jours, dans la chambre, à l’étage où ils viennent pour célébrer la pâque, Jésus a institué l’Eucharistie. Et dès le début du repas, il se lève et lave les pieds de ses disciples. « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez Seigneur et Maître et vous avez raison, car je le suis. Si donc, je vous ai lavé les pieds, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Je vous ai donné l’exemple, pour que vous agissiez, comme j’ai agi envers vous ». (Jn 13, 12-15).

C’est ainsi que ceux qui découvrent la vie du Christ et son message d’amour, n’ont de cesse que de se mettre au service des autres, dans des tâches humbles et cachées, comme pour exprimer, pour réaliser dans leurs vies, le commandement donné par le Seigneur Jésus. Mais par dessus tout, ils ont soif de la Parole du Père de la Parole du Christ, soif de sa présence et de la présence de la Sainte Trinité qui agit eux et pour eux, soif de s’entendre leur parler au cœur.

 

Ecoute intérieure et humilité. Humble tâche, dur travail d’intériorité, longue pause dans la vie spirituelle de celui qui veut vraiment écouter ce que l’Epoux lui dit. Oui un travail très dur. Et ceux qui pratiquent l’oraison mentale ou l’oraison du cœur, savent de quoi je parle. Et puis, sommes-nous toujours dans cette attitude d’écoute, pour l’entendre nous parler ? Ceux que le Seigneur choisit, réalisent combien il leur faut se déposséder, pour réaliser ce qu’il leur demande, et le traduire dans d’humbles tâches.

 

Sainte Faustine, n’aura pas de place privilégiée dans sa communauté. Elle sera humble et le restera. S’occuper du four, de la cuisine et du jardin ! Comment réaliser des choses extraordinaires dans la vie de tous les jours ? En obéissant parfaitement à ce que nos supérieurs, qui sont pour nous le Christ, nous demandent d’accomplir. Oui, elle s’élèvera, par l’obéissance et l’humilité qu’elle mettra dans toutes ses actions. Et vous n’êtes pas sans savoir que c’est également par obéissance qu’elle écriera, sur ses petits cahiers, les révélations du Seigneur Jésus, pour ne pas trop accaparer son confesseur, lors de ses directions spirituelles.

 

Marguerite-Marie, elle, durant son noviciat, se verra attribuer la garde de l’ânesse de son couvent, bête très indocile, qui avec son ânon, l’empêchait de faire les temps d’oraisons qu’elle aurait voulu accomplir, selon la règle. 

 

Anne-Madeleine, fera pire. Toute jeune elle gardera « par devers » elle, une pelote de soie, et elle mentira devant sa maîtresse, en l’assurant qu’elle ne l’avait pas. Elle était toute jeune et pourtant elle s’était déjà consacrée à Jésus et allait bientôt le recevoir pour la première fois. Puis en passant dans l’un des couloirs du monastère de la Visitation des Petites Marie à Marseille, et alors qu’elle se trouvait devant un tableau du Christ ligoté, au jardin de Gethsémani, elle lira cette légende où il était écrit : « Celui qui trahit, n’a qu’à user de mensonges ». Elle pleura devant le tabernacle, puis alla demander pardon et rendit la pelote de soie.

 

En méditant sur le texte de l’évangile de ce jeudi, où Jésus montre ses saintes plaies et mange avec ses disciples, comment ne pas méditer sur les souffrances du Messie, sa résurrection d’entre les morts et la conversion proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations ? Ecoutons ce que nous dit Marguerite-Marie. Elle se trouvait dans un endroit du jardin de son monastère, planté de noisetiers, lorsqu’elle reçut de si grandes grâces, « que jamais je n’en avais expérimenté de semblables ; surtout, ce qu’il me fit connaître, sur le mystère de sa sainte mort et de sa passion. C’est ce qui m’a donné tant d’amour pour la croix, que je ne peux vivre un moment sans souffrir ; mais souffrir en silence, sans consolation, soulagement ni compassion, et mourir avec ce souverain…  et mon âme, accablée sous la croix, de toute sorte d’opprobre, de douleurs, d’humiliations, d’oublis et de mépris ». Et un 2 novembre 1672, Jésus il lui dit : « Souviens-toi que c’est un Dieu crucifié que tu veux épouser ; c’est pourquoi il faut te rendre conforme à lui, en disant adieu à tous les plaisirs de la vie, puisqu’il n’y en aura plus pour toi, qui ne soient traversés par la croix ». Et elle, toute retournée questionne : « Mon Dieu faites-moi connaître ce qui irrite votre justice ? – « Ce sont, lui répond Jésus, des péchés cachés aux yeux des créatures, mais qui ne peuvent l’être à mes yeux ».

            Mystère des communications divines, mystère des paroles venues du ciel. Mystère de la Miséricorde infinie. Comment ces âmes saintes pouvaient-elle vivre, avec d’aussi grandes communications ?

Et pourtant elle continuaient leur existence, leur humble travail, leurs prières quotidiennes, leur vie en somme, en étroite union, en intime union avec Jésus, dans sa passion et sa croix. Les nuits de l’âme ne leur manqueront pas. Mais elles restaient fidèles à leur Seigneur.

Sainte Faustine écrit  : « Durant la messe du Jeudi Saint, le Seigneur me dit : « Mets ta tête sur ma poitrine et repose-toi »… Le Seigneur m’a étreinte sur son cœur et m’a dit : « Je fais te donner une parcelle de ma passion, mais n’aie pas peur, sois vaillante, ne cherche pas de soulagement, mais accepte tout, en t’abandonnant à ma volonté. »

 

Nous restons étonnés par ces paroles. Il nous est quelquefois difficile de les comprendre, humainement parlant. Comment Dieu peut-il ainsi communiquer avec sa créature, dans un cœur à cœur simple et confiant ? Mystère divin, caché aux savants, révélés aux tout-petits.

 

Comme si elle lui répondait, Anne-Madeleine, toute jeune « victime », que Jésus s’était choisie, en 1716, pendant sa retraite annuelle, décrit la vision qu’elle eut : « Un jour, après l’office de None, j’eus le sentiment de la présence de Dieu si fort, que ne pouvant le soutenir, je fus contrainte de me mettre à genoux, pour adorer cette divine présence ; je fus en même temps investie de la gloire qui environne le trône de la majesté de Dieu. Cette vue m’ayant comme enlevée à moi-même et fait perdre le sentiment, je me trouvais par cette espèce de mort extérieure, disposée à recevoir avec moins d’obstacles de ma part, les biens qui m’étaient destinés.

 

Quelques années plus tard elle écrira : « Je ne puis prier, sans me trouver dans une espèce de saisissement, qui me met hors d’état de participer à ce qui se passe au dehors… Je vis, par la grâce de Dieu et par sa force, dans un état de consommation continuelle et pour le corps et pour l’âme. Je sens un être divin qui domine tous mes mouvements. Ma lumière, mon occupation, ma vie, c’est Dieu. Je ne sais plus rien d‘autre. La vue continuelle de ce que Dieu est, porte dans l’âme une pureté qui la dispose d’un moment à l’autre à une augmentation de connaissance et d’amour ».

 

Comme pour Sœur Faustine, le confesseur d’Anne-Madeleine,  le Père Girard, désirant dans l’intérêt de la gloire de Dieu, une plus ample connaissance des communications des trésors spirituels, dont elle était enrichie, lui demanda de tenir un journal de sa vie, où elle raconterait à la suite, toutes les faveurs que Dieu lui avait accordées. Mais Dieu ne le lui permît pas. Mgr de Belsunce, l’avait empêché d’écrire, et ce, depuis les premières années de ses révélations.

 

Mais, se laisser interpeller par Jésus Miséricorde, ne correspond jamais à une illusion, nous le savons bien. Comme pour elles, chacun d’entre-nous pourrait relire son quotidien. Je proposais d’ailleurs, lors de l’entrée en Carême, cette année, que chacun des paroissiens du Sacré-Cœur tienne un petit journal spirituel. L’ont-ils fait ? Je ne le sais pas. Mais ce que j’ai pu percevoir, c’est leur soif d’entendre parler de Jésus, de ses paroles d’amour transmises par les évangélistes, et surtout ces paroles, qui par de là les siècles, le rendent toujours vivant : « Ceci est mon Corps », « Ceci est mon Sang », nous donnant pour toujours le mémorial de son amour, présent dans la Sainte Eucharistie. Que jamais nous ne nous habituions à entendre les paroles de la Consécration, sans penser au don total qu’il nous a fait et qu’il à fait à son Eglise.

 

Nous qui sommes son corps, son Corps Ecclésial, restons les yeux fixés sur le tabernacle. « Avisons-le, pour qu’il nous avise », comme disait le Saint Curé d’Ars. Restons près de lui, Jésus notre Miséricorde, pour qu’il nous transforme en des flammes vivantes, ces flammes vives, dont parlait Benoît XVI à la rencontre des jeunes à Cologne, illuminés au feu de l’Esprit Saint. Que chacune de nos eucharisties nous transforment, et qu’elles nous permettent d’être ce pain vivant, que le monde affamé d’amour, attend qu’on lui donne. « Je suis le pain de la vie, celui qui mange de ce pain aura la vie éternelle. Le pain que je lui donnerai, c’est ma Chair pour la vie du monde ». (Jn 6).

 

Jésus, Vie et Vérité, mon Maître, écrit Sainte Faustine, dirige chaque pas de ma vie, pour que j’agisse selon Ta sainte volonté. (688).

 

 

 

Commenter cet article