Miséricorde 3

Publié le par Mgr Ellul

 

 

 

3ème homélie

 

 

Mercredi 19 avril 2006

 

 

 

 

Alors que nous fêtons aujourd’hui, le premier anniversaire du pontificat du Pape Benoît XVI, et que nous prions tout spécialement pour le Serviteur des Serviteurs de Dieu, je n’ai pas oublié qu’hier, un 18 avril 1993, Sœur Faustine était béatifiée par le Pape Jean-Paul II. Deux anniversaires, et même un 3ème puisque le Pape, « Papa Raztinguer », comme l’appellent les romains, célébrait dimanche de Pâques, son 79ème anniversaire. Autant d’intentions de prières que nous confions au Seigneur Miséricordieux.

 

 

        Comme les pèlerins d’Emmaüs, nous nous laissons rejoindre par Jésus. Il marche avec nous sur la route de notre vie et nous explique son mystère pascal. Nous sommes trop souvent lents à comprendre ses messages d’amour, ses appels à la conversion du cœur, lents à revenir vers lui, pour demander miséricorde et pardon. Oui, comme notre cœur est lent à croire ce qu’ont annoncé les prophètes ! Seigneur explique-nous combien tu nous aimes, explique-nous ta miséricorde.

 

 

Hier nous méditions sur l’aridité du cœur, et nous allions ouvrir l’Ancien Testament, pour nous plonger dans les racines de la Miséricorde Divine. Depuis qu’il est ressuscité, Jésus ne cesse d’appeler son Eglise à l’amour et à la Miséricorde.

 

 

Tous les Pères de l’Eglise en ont parlé. C’est Etienne, premier martyr qui en témoigne : « Rempli de l’Esprit Saint, il fixa son regard vers le ciel ; il vit alors la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu ».

Des années plus tard, les chrétiens de Rome ou d’Afrique du Nord, auront les mêmes paroles, les mêmes sentiments devant leurs bourreaux. Témoignant de la Miséricorde du Seigneur, ils ne sacrifieront pas aux idoles où devant la statue de l’empereur, mais resteront les yeux et le cœur fixés en Dieu qui fait grâce. Martyrs du cirque de Néron, où St Pierre donnera son témoignage ; route au-delà de l’enceinte de Rome, où Paul sera décapité ; martyrs de Scilly en Afrique du Nord et comment ne pas rappeler le témoignage de Félicité et Perpétue, Agathe et Agnès, Cécile et Anastasie !

 

 

Innombrable cohorte de saints, purifiant le monde de ses péchés, détenteurs de la Parole qui fortifie, semences de chrétiens. Pour son Eglise, Jésus voulu qu’elle rende le témoignage de  l‘amour partagé. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ! ».

Et d’Origène à Augustin, de Tertullien à Cyprien, d’Irénée de Lyon à Cassien de Marseille, Volusien et Fortunat, Victor et ses compagnons, et combien d’autres ; tous seront témoins de cette Miséricorde accordée par le Seigneur à ceux qui convertissent leurs vies.

 

 

Augustin, en des phrases sublimes nous en parle dans les Confessions : « Bien sûr Seigneur, pour toi, dont les yeux voient l’abîme de la conscience humaine, qu’y a-t-il de caché en moi que je ne voudrais pas confesser ? C’est toi que je dérobais à mes regard, sans échapper moi-même aux tiens… mais toi, tu me tiens éveillé dans l’amour de ta Miséricorde et la douceur de ta grâce, par laquelle tout faible devient fort et conscient de sa faiblesse… ».

 

 

Et alors que nous célébrons l’eucharistie dans cette octave de Pâques, comment ne pas rappeler les sermons qu’il s’adresse à ces jeunes chrétiens d’Hippone, baptisés dans la plus belle des nuits

saintes. Dans un « catéchisme de persévérance », Augustin ne cesse de revenir sur la Miséricorde du Christ à leur égard, il leur parle de ses souffrances, de sa passion, de Marie au pied de la Croix, de la Vierge dans l’allégresse de sa résurrection d’entre les morts. « Chante l’Alléluia du Seigneur, chant et marche ! Qu’est-ce à dire marche ? Progresse ! Progresse dans le bien. Progresse en rectitude de foi, en pureté de vie. Respire à la hauteur de ta dignité. On vous appelle « fidèles », vivez la fidélité. Respectez la foi au Christ, que vous venez de recevoir. Vous avez été « pétris », vous êtes devenus une seule pâte. Vous avez été cuits au feu de l’Esprit Saint, vous êtes devenus vraiment en pain de Dieu ».

Oui, Augustin chercheur de Dieu et de sa Miséricorde infinie ! On entend en réponse les phrases de St Bernard, lorsqu’il dit, « j’ai regardé par les fentes de la pierre », montrant que les fentes de la pierre, sont les plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ, surtout celle du côté, où l’on voit son Cœur Miséricordieux. Je donnerai tout, pour le posséder… Il me manque bien des mérites, pour aller au Paradis, je le sais. Mais ce qui me manque, je le prends dans mon trésor, qui est le Cœur de mon Jésus ».

 

 

        Remarquons que la dévotion de St François d’Assise envers le Cœur Miséricordieux du Christ, se trouve révélé dans le rôle qu’il a joué près de Ste Marguerite-Marie. Jésus le lui donna comme conducteur et guide. Ste Claire, elle-même, aimait à contempler avec un amour et une ardeur inexprimable les plaies du Sauveur, d’où venait sa Miséricorde pour nous. Dans ses méditations auprès du Saint-Sacrement, c’est ce qui occupait toute son âme, tant elle était « insatiable de peine et de souffrances », pour réparer l’outrage fait à son Dieu. Et St François d’Assise fut obligé, de modérer son ardeur pour les pénitences, car elle restait de longues heures, la nuit devant le Saint-Sacrement, où baignée de larmes, prosternée contre terre, elle gémissait sur les outrages dont les pécheurs abreuvaient son bien-aimé ».

 

 

Mentionnons pour mémoire, que Ste Mechtilde de Saxe, comme Ste Gertrude, dont elle fut la compagne, entendirent ces mots de la part du Seigneur : « Ne crains rien, tout vient de moi… » Jésus ouvrit alors son Cœur, et elle vit un fleuve d’eau vive. C’était la flamme de son amour. Son âme y entra et elle fut lavée de toutes ses tâches.

 

 

        On peut lire dans le Petit Journal de Ste Faustine : « Quand l’âme aime sincèrement Dieu, elle ne doit pas avoir peur de rien dans la vie spirituelle. Qu’elle se laisse influencer par la grâce, qu’elle ne réduise pas son union avec le Seigneur ». (292).

 

 

C’était un temps où les visions divines étaient respectées.

 

 

        Il n’en sera pas ainsi lorsqu’en 1729, parut « La vie de la vénérable mère Marguerite-Marie Alacoque », de Mgr Jean-Joseph Languet de Gergy, évêque de Soisson. Le livre dédié à la reine Marie Leczinska, souleva un tollé d’indignation dans le monde janséniste en particulier. Il faudrait un autre ouvrage, notent les Nouvelles Ecclésiastiques, pour rapporter les erreurs, les blasphèmes et les absurdités, les indécences de toutes espèces, contenues dans ce volume ». Ils parlent bien sûr des révélations faites par Jésus à la voyante de Paray-le-Monial.

 

 

Quelques années plus tard, le Père Jacques, de la Compagnie de Jésus, publiant la vie de la vénérable Sœur Anne-Madeleine Remuzat, morte en odeur de sainteté le 15 février 1730, subit lui aussi, les attaques des jansénistes marseillais. Il écrivait en 1760 : « Pourquoi porter au tribunal du public, des faits que le public condamnera ? Est-il prudent de divulguer les dons de Dieu, quand en les divulguant, on fournit aux libertins une occasion de blasphémer ? Il faudrait mieux que toutes ces révélations restent dans les cloîtres ! ».

 

 

De même pour Ste Faustine et le culte de la Miséricorde Divine. Un décret de la Congrégation du Saint Office, du 3 mars 1959, vint en interdire la propagation ; on enleva tous les tableaux représentant Jésus Miséricordieux dans de nombreuses églises, on cessa de prêcher son message. En Pologne et dans le monde l’obéissance aux sentences de l’Eglise fut totale. Il faudra l’intervention du Cardinal Carol Wojtyla, pour qu’elle soit levée, en mai 1978.

 

 

        Pour conclure cette homélie, ouvrons le Petit Journal de Ste Faustine. Nous y lisons ceci : « Sur l’âme pleine d’humilité sont entrouvertes les écluses célestes et un océan de grâces se déverse sur elle. Oh qu’elle est belle l’âme humble ; de son cœur comme un encensoir, monte tout un parfum extrêmement agréable et traverse les nues et parvient jusqu’à Dieu lui-même et emplit de joie son Très Saint Cœur… Je comprends maintenant pourquoi il y a si peu de saints, c’est que peu d’âmes sont vraiment et profondément humbles ». (1306 - 4ème cahier).

Jésus, toi qui marches avec nous sur les routes d’Emmaüs, que sont désormais les routes de nos vies, donne-nous le courage de toujours témoigner de ton Amour et de ta Miséricorde, sans fausse honte, sans craindre la dérision…

 

 

Tu nous expliques les Ecritures sur la route, et maintenant tu vas nous partager son Eucharistie. Fais que nos cœurs soient toujours ardents, pour accomplir ta volonté.

 

 

Oui fais de nous des témoins de ton Amour Miséricordieux. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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