Dimanche du Bon Pasteur

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Dimanche des vocations. 12 et 13 Avril 2008.

 

            Chaque année l’Eglise nous invite à prier pour les vocations, avec pour thème cette année : Les vocations au service de l'Église-mission.

C’est ce que ferons au cours des liturgies de ce dimanche, invoquant le Seigneur, le Bon Pasteur, pour les jeunes, garçons et filles, qui vont opter pour la vie religieuse, diaconale ou sacerdotale, sans oublier de prier pour les ministres consacrés, que sont les prêtres et les diacres. Car il vous faut aussi prier pour nous, qui dans la joie de vous conduire au Christ, supportons avec courage et lucidité, le poids des jours et du temps qui passe, sans entamer notre enthousiasme à être à votre service et au service du Christ ressuscité, qui nous a tous appelés.

Nous aurons évidemment une pensée toute spéciale pour le ministère épiscopal de notre archevêque, lui qui a en charge cette portion de la vigne du Seigneur, qu’est notre diocèse de Marseille.

Prier pour les vocations alors que rien n’est facile actuellement, diront certains ; mais il en fut ainsi à toutes les époques. L’essentiel n’est-ce pas de rester les yeux fixés sur le Seigneur Jésus, lui qui est la Porte et qui est venu pour que nous ayons la vie éternelle et soyons ses témoins dans le monde ?

D’ailleurs en parlant des vocations et de l’Eglise, ces derniers jours, dans la presse nationale, nous lisons certains articles qui pourraient faire penser, que le Seigneur n’appelle plus et que l’Eglise catholique va vers sa fin, -après un temps de prédominance sur toutes choses-, faute de prêtres et de diacres, de ministres ordonnés, pour assurer l’Eucharistie et la célébration des sacrements. On se plait à nous faire comprendre que cela est inéluctable, prenant les toutes dernières statistiques pour bien nous faire comprendre que la religion qui prédominera bientôt, c’est l’Islam.

Chiffres à l’appui, certains se « pourlèchent les babines » et se font les hérauts de notre chute prochaine, proposant même un échantillonnage des différentes tendances des catholiques de l’Eglise en France. Qui sont-ils ces catholiques ? Découvrons le ensemble. Il y aurait donc dans l’Eglise  :

-les observants, force tranquille du catholicisme ;  fantassins, sans états d’âme, ayant une foi tout d’une pièce, car elle est leur vie, leur honneur, leur combat, aux certitudes dogmatiques et morales intangibles. Evidemment pour bien « plier les choses », on les dit infiltrés à tous les étages du Vatican ;

-les traditonnalistes : dont l’horloge du temps s’est comme arrêtée ;

-les inspirés : à la confiance un peu naïve, dans le miraculeux et le mystère,… qui savourent un parfum de revanche, mais leur période de grande floraison (1970-1990) semble terminée ;

-les engagés : ils sont curés de campagne, aumôniers de jeunes ou partis dans le monde pour évangéliser, accompagnateurs de malades à l'hôpital, animateurs de «communautés de base», frères des campagnes ou des écoles, etc… fidèles au Pape et à l’Eglise, ils cultivent une certaine indépendance ;

-les silencieux : ceux qui ont tout quitté, pour vivre leur identification au Christ dans les monastères ;

-les zappeurs, qui ne voient guère d'avenir à l'institution stable et hiérarchisée et qui, hier encore, régulait les rapports sociaux ; ils se composent une religion «à la carte», flirtent avec d'autres traditions dans lequel certains voient une rupture avec une discipline catholique jugée trop stricte (…) une autre manière de canaliser leurs émotions, leurs énergies. Ils préfèrent, au catholicisme d'obligation, des modes d'appartenance souples et fluides, partagent avec d'autres, des expériences spirituelles ou des émotions ; ils fréquentent des communautés d' «élection», revendiquant la liberté de conscience, comme premier critère de jugement ;

-les rebelles : francs-tireurs ; ils ont ceci de commun, qu'au lieu de quitter l'Eglise, comme tant d'autres sur la pointe des pieds… de «zapper» vers d'autres formes de pratiques, ou de «flirter» avec d'autres traditions, non, c'est à l'intérieur de l'Eglise, qu'ils entendent rester et militer pour hâter sa transformation. Combat déprimant, tant ils savent qu'ils n'ont plus le vent en poupe, comme dans les années d'après concile, qu'ils sont identifiés aux combats d'hier et à des réformes «structurelles» de l'Eglise, dont il est de bon ton de dire qu'elles n'intéressent plus du tout les jeunes générations de catholiques ; ce sont des nostalgiques [...] des figures militantes de l'entre-deux-guerres en Europe qui voulaient sortir le catholicisme des ornières du cléricalisme..

Et nous, dans quelles catégories nous plaçons-nous ? Je vous vois sourire… Nous, nous sommes des chrétiens de base, fervents et réguliers…

Voilà comment, dans son dernier livre - Les Catholiques, -à paraître le 15 avril, chez Grasset - le journaliste Henri Tincq, du journal Le Monde, explore la planète catho. Nous lui laissons bien évidemment la responsabilité de ses propos, que je ne fais que mentionner brièvement, pour vous faire prendre conscience, de ce qu’un jeune pourrait penser en lisant ces lignes, s’il avait l’intention de s’engager dans l’Eglise !

Ne se dirait-il pas : vers quelle catégorie de chrétiens serais-je envoyé, si je suis prêtre dans quelques années ? Je ne crois pas que cela puisse le démotiver. Bien au contraire, car l’Esprit Saint est là, et c’est lui qui nous donne les moyens de faire face aux difficultés rencontrées et nous montre le chemin.

Le cardinal André Vingt-Trois, Archevêque de Paris et Président de la Conférence Episcopale, dans son discours d’ouverture de l’Assemblée Plénière à Lourdes, il y a quelques jours, disait : « En notre nom à tous, je voudrais exprimer aux prêtres de nos diocèses, notre confiance et notre affection. Elles vont à tous les prêtres qui sont associés, jour après jour à notre ministère et particulièrement aux prêtres diocésains, qui sont nos collaborateurs les plus proches et les plus fidèlement attachés à nos diocèses. Nous savons tous, combien leur tâche est lourde. Mais, plus que la lassitude quotidienne, qui ne nous effraie pas, ce qui pèse le plus lourd, c’est le sentiment, plus ou moins fort, d’être entraînés comme dans un tourbillon, dont ni le sens, ni le but, ne nous sont toujours clairs et de ne pas voir encore se lever, la génération de nos successeurs. » (…)

Consacrés pour enseigner, sanctifier et gouverner le Peuple de Dieu avec les évêques, les prêtres ont une boussole, pour discerner avec leur évêque, les terrains prioritaires de leur engagement dans le service de l’Église. (…) Nous voudrions partager avec nos prêtres la confiance qui nous habite, notre joie d’être embarqués avec Jésus sur la barque apostolique, et notre espérance qu’il nous conduit bien au port….»

 

Voyez, Frères et Sœurs, le Seigneur appelle toujours ; il est toujours là, à frapper à la porte de notre cœur, nous demandant humblement si nous voulons le suivre. Je dis humblement, car le Seigneur est discret et ne force personne. C’est nous, bien souvent, qui nous détournons de son appel, et faisons comme si nous n’avions pas entendu. Mais un jour, sur la route de notre vie, comme pour les pèlerins d’Emmaüs, un évènement, un témoin du Christ, un simple chrétien, comme nous le sommes tous, fait signe de sa part, et nous saisissons alors, qu’à travers eux, c’est lui qui nous parle. Si nous avons dit oui, c’est parce qu’ils étaient là ! Quel jeune, quel adulte aujourd’hui, n’entend pas l’appel du Christ ? Dans quelle Eglise seront-ils accueillis ?

Dans une Eglise aux portes largement ouvertes, qui leur proposera de vivre dans la fidélité et la joie, dans une totale consécration au Christ, et qui leur montrera ce qu’est «l’ekklesia », une communauté, une paroisse, une famille, faite de croyants de toutes sortes, d’hommes et de femmes, à qui il faut, toujours et encore, faire découvrir le visage du Christ et permettre à sa parole d’amour, d’être perçue, et célébrer les sacrements qu’ils nous demandent.

            Oui, avec le Pape Benoît XVI, prions le Seigneur, Lui qui est la Porte, le Bon Pasteur, afin que tous ceux qui entendent l’appel à la vocation, y répondent positivement. « Ce don des vocations, écrit-il, l'Église le demande chaque jour à l'Esprit Saint. Comme à ses débuts, recueillie autour de la Vierge Marie, Reine des Apôtres, la Communauté ecclésiale apprend d'elle à implorer du Seigneur, la floraison de nouveaux apôtres, qui sachent vivre en eux la foi et l’amour qui sont nécessaires pour la mission. » (3 décembre 2007)

Que la Vierge Marie, Reine du Temps Pascal, Mère du Ressuscité et Mère de l’Eglise, veille sur eux, et sur nous tous. Amen.

                                                                                                               Mgr. Jean-Pierre Ellul

 

 

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