Ste Jeanne d'Arc

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Homélie pour le 12 mai 2013 – Paroisse St Charles – Fête de Ste Jeanne d’Arc.

Chers Frères et Sœurs,

Le calendrier liturgique nous fait célébrer Ste Jeanne d’Arc, entre les fêtes de l’Ascension et de la Pentecôte, pour nous faire comprendre que Jésus élevé au ciel, ne nous laisse pas seul, mais de siècles en siècles communique à ses saints, à ceux qu’il a choisis, de porter sa Parole et de dire haut et fort son message d’amour. Ce message, Jeanne de Domrémy, l’a reçu de sa part, porté et proposé, aidée par les voix qu’elle entendait et par St Michel, le vainqueur du dragon maléfique.

Sa vie est une vie toute simple, dont on ne connait pas avec certitude la date de naissance, peut-être, avance-t-on celle du 6 janvier 1412 ? Mais on sait qu’elle était la dernière de 5 enfants. Ne sachant ni lire et écrire, elle saura signer son nom à la fin de sa vie, la légende en fait une bergère ; pourtant à son procès elle déclarera : « Chez mon père, je m’occupais des besognes de la maison, je n’allais jamais aux champs »…

Elle résolut de prendre comme ligne de conduite, les phrases des prières usuelles que sa mère lui apprit. Elle a une bonne éducation religieuse et souvent répète des phrases qu’elle entendait dans les sermons de son curé : « Si je n’y suis, Dieu veuille m’y mettre » ; ou « Le plaisir de Dieu soit fait ! » Une éducation qui comprend l’assistance quotidienne à la sainte messe.

Et puis résonnent souvent en elle ces paroles de l’évangile de Matthieu « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Dans une époque où les méditations et les prières quotidiennes se font avec un crucifix sous les yeux, en contemplant les souffrances du Christ sur la croix, beaucoup d’âmes sont prêtes à partir combattre l’envahisseur. Notons également la formation franciscaine et son rayonnement : robe brune de Jeanne ; coupe de cheveux ; dévotion du nom de Jésus ; mais aussi ce « bois des sortilèges », où l’on allait chaque année, à la vigile de l’Ascension et où le curé proclamait le dernier évangile de St Jean. Ainsi l’Eglise s’appliquait-elle à achever la ruine des vieilles superstitions paysannes.

Elle a près de 13 ans quand elle entend la voix de St Michel ; il évoque devant elle, la pitié du Royaume de France et lui propose d’assumer la tâche de rétablir la situation, lorsque d’autres voix viennent se faire entendre et l’encouragent : Ste Catherine et Ste Marguerite. Que lui disent-elles ? Nous ne savons pas car Jeanne gardera ce secret toute sa vie. Trois ans durant, les voix lui parlent, puis deviennent impératives : il faut partir, car les Anglais envahissent Orléans ; alors elle part, demande un costume de cavalier, un cheval et se fait conduire à Chinon. Charles VII ne veut pas la recevoir, mais admise en sa présence, alors qu’il est caché au milieu de ses gentilshommes, elle le reconnaît et lui demande des soldats, pour lever le siège d’Orléans. Cette jeune fille de 16 ans, habillée en homme n’inspire pas confiance et pourtant en le revoyant quelques jours plus tard, et en lui parlant d’un secret que lui seul connait, il décide de la confier aux clercs de Poitiers, pour apprécier la véracité de son message divin.

Vous connaissez la grande geste de Jeanne, je n’y reviendrai pas, car le plus important pour elle est de faire sacrer le Roi à Reims, ce qui fut fait le 17 juillet 1429. Et pourtant le sort de Jeanne était scellé.

Trop de bravoure, d’audace, de ténacité pour cette jeune femme, qui ne pouvait aller au combat sans entendre la messe avec tous ses soldats et communier. Il fallait qu’ils soient tous en état de grâce, car ils combattaient pour Dieu et pour la France. L’oriflamme de près de 4 mètres portait les noms de Jésus et de Marie, et blessée par deux fois, elle sera toujours sur la brèche. Mais Jeanne, venue à Compiègne, sortit de la place durant la bataille et le pont levis fut remonté. Elle fut capturée et les Anglais chargèrent l’évêque de Beauvais, réfugié à Rouen, Pierre Cauchon, de négocier l’achat de la prisonnière. Il l’obtint pour 10.000 francs d’or.

Elle fut accusée de sorcellerie, car comment comprendre toute ses victoires si le démon ne l’accompagnait pas de son aide ? D’autres disant qu’elle prenait des filtres, tout cela fut dévoilé durant le procès… et au cours des siècles, l’histoire populaire fit de Pierre Cauchon un mauvais évêque, un vendu ; mais c’était en réalité un homme de grande réputation qui en 1403 avait été recteur de l’Université de Paris, remplissant d’importantes missions diplomatiques et licencié en décrets, il connaissait bien les procédures.

Après un procès très long, le jugement lui fut notifié le 23 mai 1431 : on l’exhorta à désavouer ses crimes et elle répondit : « Si je voyais le feu allumé, le bûcher, le bourreau, si j’étais moi-même dans le feu, je soutiendrais ce que j’ai dit au procès, jusqu’à la mort ! »

Jeanne fut condamnée à la détention perpétuelle, mais elle remit ses vêtements d’homme et de ce fait, elle fut déclarée relapse et condamnée de nouveau ; le 30 mai, vers 8h, elle fut conduite place du Vieux-Marché et brûlée vive. Au milieu des flammes, elle répéta que ses voix ne l’avaient pas trompée et mourut en disant : « Jésus, Jésus. ». Ce qui restait du corps, avec les cendres, fut jeté dans la Seine.

En fait, pensent les historiens, si elle avait été mise en prison d’Eglise réservée aux femmes et si on n’avait pas laissé près d’elle ses habits masculins, elle n’eut sans doute jamais été relapse. C’est ce qu’elle dira elle-même à Pierre Cauchon : « Evêque, je meurs par vous ; si vous m’eussiez mise aux prisons d’Eglise… ceci ne fut pas advenu.

Et bien qu’elle fasse appel au pape, le Saint-Siège n’intervint pas.

Allons maintenant à l’essentiel : son exemple et sa vie ! On peut dire avec ceux qui se sont penchés sur sa spiritualité, qu’elle n’appartient pas à un groupe constitué et au siècle du scrupule, elle fut sans problème. Au siècle de la souffrance réparatrice, elle resta pleine de vie et de naturel. Elle est simple, comme Dieu le veut, elle est à son service et elle croit d’une foi absolue et constante. Pour tous ses actes, « c’est à Dieu que je me rapporte » dit-elle.

Car c’est pour cela qu’elle se veut en état de grâce, ayant horreur du péché qui pourrait la priver de Dieu. En fait, Jeanne ressemble moins au chrétien qui lit l’Imitation de Jésus Christ, inquiet et un peu insatisfait qu’au bon homme paisible dont parle « l’Internelle consolatio ».

Sans s’attarder, comme les moniales nourries du Cantique des Cantiques, aux effusions mystiques ou, comme les familiers des maîtres de l’oraison, aux longues méditations, elle « prend tout en gré » et se borne à aimer de tout son cœur. Et je rappelle, qu’elle fit une place importante à la dévotion du Nom de Jésus. Beaucoup plus qu’un symbole à vénérer, ce nom était pour elle le rappel d’un Seigneur à servir.

Sa famille demanda en 1454 une sentence de réhabilitation au pape et finalement un jugement fut porté le 7 juillet 1456 à Rouen, au nom du pape Calixte III, par son légat, l’archevêque de Reims. Elle fut justifiée et la condamnation de 1431 frappée de nullité. Immédiatement, une messe solennelle et une grand procession lui rendit un hommage public.

Après un grand temps d’hésitation, l’essor de son culte fut très grand au 16ème siècle, puis vint un temps de discrédit au 18ème, durant les Lumières, mais elle alla vers la glorification dans les années 1780 à 1920.

St Pie X la déclara bienheureuse le 18 avril 1909 et Benoît XV, la canonisa le 19 mai 1920.

C’est le 10 juillet de la même année qu’une fête nationale eut lieu en son honneur et sa fête fixée au 8 mai. La fête liturgique est inscrite, le 30 mai au Propre de France. En 1922, Jeanne d’Arc fut déclarée par Pie XI, seconde patronne céleste de la France.

Et en 1929, le Vème centenaire de la délivrance d’Orléans, fut célébré avec faste en présence du Président de la république. C’est dire, après la tourmente de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la renommée dont elle jouissait.

Jeanne est devenue et reste pour beaucoup un symbole de la patrie qui, « chez nous est née du cœur d’une femme, de sa tendresse et de ses larmes, du sang qu’elle a donné pour nous », écrira Michelet. Mais je crois que c’est Charles Péguy, qui dès le début de sa carrière, approfondit ce thème et consacra à Jeanne, d’abord un poème dramatique en trois actes, puis développa sa vie et son message dans l’un de ses chef d’œuvre : « le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc » en 1894 et qu’il nous faudrait relire et méditer.

Que Jeanne nous vienne en aide, de la part de Dieu, dans cette époque troublée, où l’on veut « réapprécier » notre civilisation et nos valeurs humaines et chrétiennes. Certains résistent et ils ont raison devant cet état lamentable de la conscience et de la perte de notre identité. Fasse Jeanne, nous faire sortir victorieux de tous ces propositions qui mettent à bas la famille.

Que le Christ monté au ciel, intercède pour nous et que l’Esprit-Saint que nous célèbrerons le dimanche de Pentecôte, nous donne force et courage pour que nous soyons des témoins intrépides… pour défendre l’honneur de l’Eglise et de la France. Amen. Mons. J-P Ellul.

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