Obsèques de Mgr Mathieu Aquilina. Lundi 22 avril 2013. Homélie.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Monseigneur, Chers frères et sœurs,

Le Christ ressuscité nous rassemble autour de Mgr Aquilina qui accomplit sa Pâques. En nous, résonnent encore les textes de la Parole de Dieu que nous venons de partager.

Le 29 juin 1937, c’est dans la cathédrale d’Alger, que le jeune Mathieu Aquilina recevait l’imposition des mains et devenait prêtre du Seigneur.

Commençait pour lui, une vie toute donnée au Christ. L’humilité qui a caractérisé toute sa vie a été pour nous tous un exemple ; homme d’une grande sainteté, gardée cachée, exprimée dans un cœur à cœur journalier avec le Christ, son Seigneur. Simplicité, régularité, profondeur, et surtout obéissance. Lors des changements liturgiques et de la dissidence de certains, il disait : « Comment peut-on désobéir, à ce que l’Eglise nous demande ?

Se souvenait-il des paroles de son archevêque Mgr Leynaud, ami de sa famille et qui l’avait connu tout petit ? En lui donnant l’accolade à la fin de son ordination, il lui rappelait avec un grand sourire : « Mon cher fils, comme je te l’ai toujours dit : ne demande rien, ne désire rien, ne refuse rien ! Ton évêque sait ce que le Seigneur veut faire de toi.

Et c’est ainsi que dans tous les ministères qui lui furent confiés, il tint ferme grâce au conseil qui lui avait été donné.

« La régularité. Oui, c’est la base la sainteté et de toute progression spirituelle. « Vous savez, la règle de vie que je m’étais fixée au Grand Séminaire, je l’ai toujours suivie ».

Lever tôt, dès 5h du matin, méditation et prière du bréviaire, messe quotidienne, rencontre des personnes, sacrement de réconciliation, chapelet et surtout, tout remettre au Seigneur, par l’intermédiaire de Marie sa Mère, et laisser faire. Si vous accomplissez cela, dans la confiance et avec amour, que peut-il vous arriver ? Vous êtes dans la liberté de l’obéissance ! Et la prière intérieure et profonde vient alors illuminer votre âme ».

Les divers ministères qui lui seront confiés, seront pour lui, autant d’envois en mission, et disait-il, en ces années-là, une simple lettre vous arrivait, souvent en juillet-août, vous demandant de rejoindre la paroisse à laquelle l’archevêque d’Alger vous envoyait.

Temps heureux, vie en plein vent de l’Esprit, églises pleines, le temps s’écoulait…

Puis ce fut la Guerre d’Algérie. Une immense douleur. Voir ceux qui lui était confiés, divisés par les options politiques, la peur déjà du lendemain incertain ; ses paroissiens mitraillés un 26 mars 1962 ; et cette impression que tout s’écroulait, en juillet de la même année, et malheureusement ce n’était pas qu’une impression… Oui tout s’en allait, emmenant le temps, comme du sable filant entre ses doigts. Et aller à l’embarquement de ces bateaux, remplis de ceux qui partaient sans revenir, et lui, resté là, fidèle à sa promesse de servir cette Eglise d’Algérie, jusqu’au jour, quelques 5 ans plus tard, où il devra partir pour Marseille, où Mgr Marc Lallier lui proposait de venir servir au Sacré-Cœur.

Ce n’était plus Alger, mais pourtant le chanoine Resta en l’accueillant lui donna sa place, en fit son collaborateur, devint son ami. Il n’en sera pas toujours ainsi. Le temps d’une autre souffrance va venir, car on lui enleva ce qui lui était le plus cher : sa chorale La Cécilia, et ce, au retour d’un pèlerinage à l’étranger ! Tout avait été supprimé et sans l’avertir ! C’était, lui avait-on dit le Concile qui voulait cela. Un autre aurait tout quitté, serait allé voir l’archevêque. Non, il resta dans le silence et la prière, se contentant du peu qu’on lui donnait. « Ah, vous savez, je ne suis pas toujours facile ! Donc, je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même ». Et même marginalisé, il continuera de servir l’Eglise et notre diocèse, dans les cliniques du secteur, où inlassablement il se rendait pour écouter, confesser et accompagner ses frères malades. Les rapatriés d’Algérie venaient le voir pour le réconforter, l’écouter, ses confrères d’Alger, et cela lui procurait beaucoup de joie

« Quand on a promis obéissance, on doit obéir, même si cela fait mal. Qu’a-t-on fait au Christ, sinon de le trahir, de l’abandonner, de le crucifier. Mais au bout, il y a la lumière, la résurrection et la vie. Et c’est ainsi ; que je suis devenu « prêtre-sacristain et gardien d’église », mais avec joie, disait-il, car je n’oublie pas que j’ai reçu l’ordination de Portier et de Lecteur.

Comment peut-on entendre, sans en avoir les larmes aux yeux, qu’un prêtre, serviteur du Seigneur, parce qu’il porte la soutane, ne sera jamais reçu à la table de communauté, même lorsque l’archevêque venait pour une Confirmation ? En semaine, il célébrait seul, église fermée, tôt le matin…

Oui, sans forcer le trait, sa vie fut un exemple d’humilité et d’ailleurs, certains d’entre vous en ont été les témoins ; toutes ces souffrances intérieures, qu’il révèlera, lors de nos rencontres sacerdotales hebdomadaires et presque à la fin de sa vie, sont pour nous, autant d’intentions de prières que nous élevons pour celui qui rejoint la maison du Père.

Je lui avais promis, et c’était un jour où l’âme est en peine, en souffrance, comme Jésus au Jardin des Olivier, de n’en parler, que lors de sa messe d’enterrement.

« Mais il me dit en souriant, comme il savait le faire : toute cette souffrance n’est rien, auprès de la joie que j’ai eue d’être prêtre et reçu ici, dans ce diocèse, même si je suis prêtre du diocèse d’Alger. Qui sait combien d’âmes elle a sauvées ? Et puis, priez pour moi, « afin que je sois doux et humble de cœur », car souvent la colère me gagne. Alors, pour moi, une seule solution : aller devant le Saint-Sacrement, demander pardon et promettre d’essayer de rester dans l’humilité et le silence »

Voilà ce qu’a été, très, trop brièvement, la vie du Père Aquilina. Tout ce qu’il a vécu à Alger, ainsi que l’hommage que nous lui avions rendu lors de ces 65 ans et 70 ans de sacerdoce, se trouve sur les feuilles qui sont à votre disposition. Son espérance était de mourir dans son lit et dans sa chambre. Que ses obsèques soient célébrées dans la simplicité ! Je le lui avais promis, lors de ses premiers ennuis de santé ! Et nous remercions ceux qui l’ont accompagné jusqu’à la fin.

Quel bel exemple de profondeur et de sainteté. Un prêtre de Dieu, un bon et fidèle serviteur. Sa présence nous manque, et il a fallu s’habituer à ne plus le voir, car jusqu’au dernier instant de connaissance, il a voulu être là pour l’Eucharistie, toujours préoccupé par les intentions que les amis lui avaient confiées.

Désormais, il est auprès du Seigneur qui l’accueille comme ce bon et fidèle serviteur dont nous parle l’Evangile. « Si le grain de blé ne tombe en terre… » rappelle Jésus dans l’Evangile, et comme en écho le Livre de l’Apocalypse : « Heureux ceux qui s’endorment dans le Seigneur, qu’ils se reposent de leurs peines, car leurs actes les suivent. »

Qu’il repose dans la paix. Avec nos prières fraternelles et filiales. Amen.

Mgr Jean-pierre ELLUL

Obsèques de Mgr Mathieu Aquilina. Lundi 22 avril 2013. Homélie.

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