Défunts d’Oranie 5 juillet 2013

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Frères et Sœurs,

Chers amis,

Le souvenir de tous les disparus d’Oranie (5.07.1962), ne s’efface pas de nos mémoires, bien au contraire. Près de 51 ans après, ce 5 juillet est un jour de deuil pour bon nombre de familles. Touchées par le décès de l’un des leurs, de leurs proches, leur douleur est toujours aussi lancinante, d’autant que nos petits enfants, ne l’ayant pas vécu, se souviennent également car ils ont vu leurs parents désespérés parce qu’ils ne peuvent pas s’incliner sur la tombe de l’un des leurs. Combien d’entre eux n’ont pas de sépultures ? Le saurons-nous un jour ? Enlevés, égorgés, assassinés, disparus, ils ne sont jamais revenus et on ne les a pas retrouvés.

La plupart de nos paroissiens, samedi et dimanche dernier, lors des annonces, furent toujours et encore surpris de m’entendre dire que presque 3.000 personnes furent assassinées en ces jours-là. Les médias, journaux et télévisions essayent timidement de ne plus dissimuler la vérité, mais l’information reste retenue… Rappelons-nous, en plus des meurtres et des enlèvements, on livra des Harkis, on assista à des représailles gratuites, à des mutilations multiples. Je relisais ces jours-ci, comme en une prière, et pour ne pas oublier, le livre témoignage du Père Michel de Laparre de Saint-Sernin : « Journal d’un prêtre en Algérie, Oran 1961-1962 ». Il raconte, heures par heures ce qui a été vécu ces jours-là.

Depuis, l’apaisement semble s’être installé, … quelque fois le pardon. D’autres, minés par le désespoir et la dépression, sont morts de chagrin. Combien de nos familles déchirées par ce drame de l’Algérie Indépendante ? Et je le dis souvent, nous n’avions pas de psychologues et des psychiatres, de cellules d’écoute pour expliquer nos détresses.

Aussi, comme chaque année, nous faisons mémoire pour que l’oubli ne s’installe pas, et surtout pour que la paix du Christ soit dans nos cœurs, et en chacun de nous, car… du haut du ciel, ceux qui ont subi la haine, la torture et la mort, ne cessent de répandre sur nous, la lumière et la miséricorde du Seigneur.

Et encore, s’il est plus facile pour nous, un demi-siècle après, d’en parler pour ne pas oublier, ceux qui ont souffert dans leur chair, sont restés marqués pour toute leur vie.

Que le Christ Jésus, garde dans la lumière de sa résurrection ceux qui sont morts, qu'il étanche les flots de sang qui ont empourpré cette terre d’Oranie. Pour eux tous, nous invoquons la miséricorde du Seigneur.

Frères et Sœurs, en cette année de la Foi et de Nouvelle Evangélisation, alors qu’aujourd’hui vient de nous être proposée par le pape François l’encyclique « Lumen Fidei » (La lumière de la foi), remercions le Seigneur de n’avoir pas perdu la foi devant tant de souffrances et de haine. Au contraire, notre foi en Christ et en l’Eglise catholique, en la Sainte Trinité et en la Vierge Marie, est intacte, sortie renforcée par tant d’années d’épreuves, car nous restons dans le souvenir toujours vivants de ceux qui ont payé ce lourd tribu de haine.

« La foi, écrit le pape François, c’est la confiance en l'amour miséricordieux de Dieu, qui accueille et pardonne toujours, qui redresse les faux pas de nos vies. Elle est la disponibilité à se laisser transformer au simple appel de Dieu, c’est un don gratuit qu'il nous fait et qui demande le courage et l'humilité de se confier, pour découvrir le chemin lumineux de la rencontre entre Dieu et les hommes, qu'est l'histoire du salut. Le paradoxe de la foi est l'adresse perpétuelle à Dieu, qui stabilise l'homme et l'éloigne des idoles ».

Mais, ne sommes nous pas, avec tous les chrétiens, des «montreurs de Dieu », et rappelez-vous : l’an dernier nous avons marché ensemble, près avoir honoré nos morts et être allés par le Vieux-Port jusqu’au Monument aux Morts d’Orient, jeter nos fleurs pour que la Méditerranée les emporte jusqu’en Afrique du Nord, et en revenant salué Notre-Dame de la Garde, qui nous rappelle Notre-Dame d’Afrique, Notre-Dame de Santa Cruz, Notre-Dame du Constantinois et nous avons processionné face à la mer, vers la cathédrale de Marseille où tant de souvenirs ont été évoqués.

Le passage du relais de la mémoire, a permis à notre grande famille de pionniers, de faire mémoire, afin que chez les plus jeunes ne s’éteigne pas le souvenir de nos chers défunts et de ce qu’ils ont souffert.

Avec tous les saints et saintes d’Afrique du Nord, très nombreux, dès les premiers siècles de l’Eglise primitive, dès l’annonce de l’évangile par les apôtres et que l’histoire actuelle, si réductrice oublie de mentionner ; car nous le savons bien, cette terre, notre terre d’Algérie, qu’on le veuille ou non, fut ensemencée par le sang des martyrs chrétiens, dès l’origine du christianisme ; aussi nous leur demandons la force du témoignage, et nous, nous continuons d’élever nos prières pour que le Seigneur reçoive près de lui, ceux qui sont morts pour leur patrie, dans ce don d’eux-mêmes à la France.

En rappelant la mémoire de Mgr Lacaste et de Mgr Aquilina, implorons le Seigneur pour que tous ces défunts, connus ou inconnus restent dans la lumière de la résurrection, et pour conclure ces quelques mots de méditation, évoquons St Cyprien, St Augustin, Sainte Monique, Stes Perpétue et Félicitée.

Oui, Saints et Saintes de Dieu, dont la vie et la mort ont chanté Jésus-Christ sur la route des hommes, Saints et Saintes de Dieu, priez pour nous.

Requiem aeternam dona eis Domine et lux perpetua luceat eis. Qu’ils reposent dans la paix. Amen.

Mons. Jean-Pierre Ellul.

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