Album du Sacre-Coeur


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 Les Auteurs : Préface de Mgr Georges Pontier - Ont participé à cet ouvrage ; Mgr Jean-Pierre Ellul, recteur de la basilique ; Frédérique Bertrand, architecte d.p.l.g ; Régis Bertrand, professeur d'histoire moderne à l'Université de Provence   ; Michel Eisenlohr, auteur-photographe ; Emmanuel Laugier, historien d'art

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Homélies SAINT-VICTOR

Homélie pour le 27ème dimanche du temps ordinaire

 

C - 3 et 4 octobre 1998 - Saint-Victor de Marseille.

 

 

 

Frères et Sœurs

 

 

 

         « Seigneur, augmente en nous la foi » ! Combien de fois avons-nous demandé dans notre prière, que la foi que nous portons au fond de notre cœur, s'élargisse aux dimensions de l'univers ? Souvent et sans être entendu, pensons-nous !

 

         "Déracine-toi, et va te planter dans la mer !". Comment croire que cela pourrait se réaliser. Nous savons bien que non, que c'est scientifiquement impossible, que cela ne se peut pas... D'accord, comme exemple pris dans l'évangile... Mais enfin, soyons sérieux ! Oui, nous sommes croyants, mais nous manquons de foi, et pour éclairer notre propos, je voudrais très simplement faire mémoire de 4 chrétiens, de 4 saints, qui n'ont pas eu peur de prendre l'évangile au sérieux, d'en vivre ou milieu de leurs contemporains, d'être des témoins de la foi. Nous venons d'ailleurs de les prier ces jours-ci.

 

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte face. Elle à compris que la foi en Jésus, la conduirait, sans les quitter, au-delà des murs de son carmel, que la foi pouvait transporter les montages. Elle à fait des choses ordinaires, d'une manière extraordinaire, aimant Jésus comme l'un de ses disciple, sans l'abandonner, étant toujours fidèle. Elle est même, patronne des missions, alors qu'elle n'est jamais sortie de son monastère, mais elle à marché pour des missionnaires, elle à donné sa vie pour son époux et Seigneur bienheureux. Celle dont on avait fait une religieuse mièvre, lançant des pétales de roses, dont la vie et le message avaient été édulcoré, en relisant son Histoire de l'Ame, on comprit que comme nous, elle avait soif de réaliser sa vie à la lumière du Christ. Elle qui semblait bien loin des réalités de la vie, mais qui vivait dans l'amour de son Seigneur la vie évangélique et carmélitaine, qui sans cesse méditait la Bonne Nouvelle et par ses écrits la mettait à la portée de tout un chacun : elle est désormais Docteur de l'Eglise.

C'est d'ailleurs ce que fit également Saint François d'Assise, le pauvre parmi les pauvres, mais riche de la transcendance de Dieu, dont nous faisons mémoire aujourd'hui... Tout donner, radicalement, se séparer de tout, vivre en attendant tout de Dieu, de son amour et de sa miséricorde, partir par les chemins, pour prêcher sa passion et sa résurrection, prêcher aux oiseaux, aux animaux, quand les hommes n'écoutent plus, et recevoir les stigmates de la passion du Sauveur, pour bien montrer que ce ne sont plus des mots qui sont prononcés, mais toute vie donnée, offerte, sublimée, comme en une icône qu'il faut dépasser, entrouvrir pour contempler la béatitude éternelle et être enfin ébloui et comblé par la lumière bienheureuse. François dont la foi transporte, fortifie et sert exemple à l'évangile de ce dimanche.

 

         Nous pouvons également, plus proche de nous, faire mémoire du bienheureux cardinal Aloïs Stépinac, que le Pape Jean-Paul II à béatifié aujourd'hui, sur l'esplanade du sanctuaire de Marijia Bistrica, à Zagreb. Prêtre, archevêque, défenseur des droits de l'homme, martyr. Ainsi était titré depuis le Vatican, le commentaire de presse, dont je me sers, pour vous en parler aujourd'hui.

 

Qualifié par Jean-Paul II de "figure la plus illustre" de l'Eglise de Dieu chez les Croates, le Cardinal Stépinac naquit le 8 mai 1898. Etudes supérieures, service militaire, il participe à la 1ère  Guerre Mondiale. En 1924, il prend la décision de se faire prêtre. Après des études à Rome il est docteur en théologie et en philosophie, et ordonné prêtre le 26 octobre 1930. Curé engagé dans les quartiers les plus pauvres de la capitale, Pie XI le nomme à 36 ans, évêque-coadjuteur de l'archevêque de Zagreb. 

 

         Le comité qu'il a mis en place et qui défend les droits de l'Eglise catholique, vient en aide aux personnes persécutées par le nazisme, ainsi que l'organisme d'assistance au Juifs réfugiés. Durant la 2ème  Guerre Mondiale, sa défense des droits de l'homme s'adressait à tous, et en particulier, à qui était persécuté, sans préjugé de race ou d'appartenance ethnique, de religion, de nationalité ou de classe sociale. Voici ce qu'écrivait dans sa lettre pastorale à l'occasion du centenaire de la naissance de son prédécesseur Mgr Bozanic, l'actuel archevêque de Zagreb qui hier, recevait le Pape : "Lorsqu'il fallut, devant les assauts de la violence, protéger la vie de Serbes ou de Juifs qui, pour survivre, désiraient se convertir au catholicisme, Stépinac adressa à son clergé une recommandation confidentielle : "Quand viennent à vous des personnes de confession juive ou orthodoxe, se trouvant en danger de mort et qui veulent pour cela se convertir au catholicisme, recevez-les pour leur sauver la vie. Ne cherchez d'eux, aucune connaissance religieuse particulière car les orthodoxes sont des chrétiens comme nous, et la foi juive est la racine du christianisme... Quand prendra fin ce temps de démence et de sauvagerie, pourront rester dans notre Eglise, ceux qui auront été convertis pas conviction. Les autres, une fois le danger passé, retourneront dans la leur".

 

         Il ne perdit pas une occasion de condamner le racisme. En défense des Droits de l'homme, en 1943, il écrivait : "Nous avons toujours mis en valeur, dans la vie publique, les principes de la Loi divine éternelle, qu'il s'agisse aussi bien des Croates que des Serbes, des Juifs, des Tziganes, des catholiques, des musulmans et des orthodoxes, ou de n'importe qui d'autre... l'Eglise catholique ne connaît pas de race qui dominent et d'autres qui sont esclaves. L'Eglise catholique ne connaît que des races et des peuples qui sont créatures de Dieu. Et si elle respecte quelqu'un davantage, ce sera la personne au cœur le plus généreux, et non pas celle au poing le plus fort".

 

         En 1945 la Croatie, entra dans le giron de la nouvelle Yougoslavie communiste. Cette année-là, à la suite d'une lettre qu'il avait écrite, dénonçant l'exécution de prêtres, par des miliciens communistes, il fut arrêté une première fois et échappa à une tentative d'assassinat.

 

         Quelques années plus tard, à la suite d'une compagne de dénigrement dans les médias, après avoir longtemps refusé de rompre les liens de son église avec Rome, de toujours dénoncer l'arbitraire des biens placés sous séquestres par le gouvernement, il fut condamné à 16 ans de travaux forcés et à la privation de ses droits civiques. En 1951, il fut libéré, pour être placé aux arrêts domiciliaires et le 12 janvier 1953, Pie XII l'éleva au cardinalat, comme exemple de zèle apostolique et de force chrétienne.

 

         Le chapeau lui fut accordé pour "récompenser ses extraordinaires mérites, afin aussi, d'honorer et consoler de façon spéciale ces fils et filles qui confessent résolument leur foi catholique en ces temps difficiles". A la suite de geste papal, le gouvernement yougoslave rompit ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège.

 

         Malgré les faiblesses qui ont pu être les siennes, malgré la campagne de dénigrement dans les médias  de ces jours-ci, le Cardinal Stépinac "à incarné, écrit le Père Joseph Vandrisse, la force radicale de la fidélité évangélique : celle de démasquer le mensonge de tout pouvoir qui vise à s'ériger en absolu, quand César veut se substituer à Dieu"...Témoin de la foi, il mourut le 10 février 1960, après 13 ans et 4 mois de prison,...il est pour nous tous un exemple.

 

         Et je terminerai par Edith Stein, la bienheureuse Thérese Bénédicta de la Croix, qui sera canonisée le 11 octobre prochain à Rome, alors qu'ici, à Saint-Victor, nous célébrerons la dédicace de notre abbatiale. Nous ferons mémoire d'elle dans l'homélie du 18 octobre prochain. (voir l’homélie des 20ans de pontificat de Jean-Paul II)

 

         Saints et Saintes de Dieu, dont la vie et la mort ont chanté Jésus-Christ, sur la route des hommes, saints et saintes de Dieu, priez pour nous, montrez-nous le chemin, demandez au Seigneur d'augmenter en nous la foi.

 

         Jésus, Toi le Fils du Père, dans la motion de l'Esprit, fais que nous ayons toujours une foi vivante, rayonnante, à l'image de Marie, Ta Mère, une foi remplie d'amour, à l'abri des doutes et des peurs...

 

         Que la foi de l'Eglise, de notre baptême, que nous professons tous les jours nous permette d'aller à ta rencontre.

 

Amen.

 

Père Jean-Pierre Ellul

 

Curé de Saint-Victor.

 

 

 

        

 

Homélie pour la messe de la Fête de Marie de Jesus

 

 

Monastère de la Servianne, 27 Février 1997

 Chères Soeurs dans le Christ, Frères et Soeurs, 

   "L'Amour n'étant pas aimé. Elle fit le choix de l'Absolu". Nous pourrions résumer ainsi, à larges traits, la vie toute donnée au Seigneur de la Mère Marie de Jésus, votre fondatrice, assasinée un 27 février 1884 par un jeune anarchiste. Sa vie vous est bien connue, ainsi que ses écrits spirituels fondant la Société des Filles du Coeur de Jésus. Elle vécut dans un siècle où l'Eglise était persécutée, mais rien ne l'empêcha d'être témoin de Celui qui avait tout donné pour le salut du monde. Son message je l'ai relu avec foi depuis quelques jours, pour préparer cette célébration eucharistique. Quelle force, quel amour pour le Christ, l'eucharistie, le sacerdoce.

         Ce soir, nous nous transportons, en pensée, en Belgique, dans la basilique dédiée au Sacré-Coeur, à Berchem-les-Anvers, pour nous agenouiller devant la chasse où repose la bienheureuse Mère Marie de Jésus Deluil-Martiny, béatifiée par le Pape Jean-Paul II le 22 décembre 1989. Devant elle, nous faisons silence, pour entendre Jésus parler à notre coeur. "Oui, disait-elle, n'avoir qu'un amour : Jésus ! ... Qu'un désir : lui plaire et ne plaire qu'à Lui.... Me détruire, pour qu'il vive en moi !... Qu'un but : sa gloire, l'extension du règne de son Coeur ! Qu'un travail : le faire aimer ! Qu'une demeure : la plaie de son Coeur au Tabernacle.... Ne plus mettre de bornes à l'Amour !... Désespérer de moi, tout attendre de Lui!"... Sublimes paroles, qui résonnent au seuil de ce 3ème millénaire, comme en écho, à la lettre aux Catholiques de France, que les évêques viennent de nous adresser. Il y a de belles similitudes entre ce qu'elle écrivait et ces phrases extraites du  texte intitulé : "Proposer la foi dans la société actuelle".

         Dans la 2ème  partie, "Aller au coeur du mystère de la Foi", nous lisons : " Le signe de la croix, le mystère de la croix, révèlent pleinement l'humanité de Dieu dans l'épreuve du mal, sous toutes ses formes : violence, trahison, reniement, abandon... Mais Jésus, quand il est livré, fait de sa mort un acte de liberté, au point de devenir pareil au grain de blé qui tombe en terre, qui se défait... et qui porte du fruit. (Jn 12, 24). En passant ainsi de ce monde à son Père, Jésus inscrit dans le monde une autre logique, qui n'est pas de ce monde : celle d'un amour désarmé, qui au plein coeur du mal, veut et crée un monde réconcilié, car "en sa personne, il a tué la haine" (Ep 2, 16). Bien des fois, tout au long de l'histoire, et encore aujourd'hui, se vérifie cette fécondité de la Croix, vécue par des chrétiens qui donnent leur vie jusqu'au bout. Mais cette vocation est aussi la nôtre en permanence. Nous sommes appelés, à la suite de Jésus, à affronter l'épreuve du mal, avec la force de la foi, en y ouvrant des chemins de résurrection. Notre expérience de disciples de Jésus-Christ est déconcertante ; elle comprend en même temps des cris de souffrances, des luttes... et la joie de participer à l'enfantement d'un monde nouveau. C'est le signe que l'Esprit apprend aux chrétiens à "vouloir ce que Dieu veut"... Plus nous nous laissons guider par ce désir, plus nous décidons de nos actes... dans une dynamique d'amour, l'Amour même qui animait le Christ et lui faisait accomplir la volonté du Père (Ph 2, 6-11)."

          Dans une de ses lettres écrite à la Servianne, le 8 décembre 1882, Mère Marie de Jésus, parle de l'Amour, de cet amour..."au Coeur divin qui nous a conquises, et qui a ravi tous nos coeurs"... "Mes soeurs, mes filles, ... je voudrais vous donner la passion, la céleste passion de Jésus-Christ. Il est venu apporter le feu sur la terre ; et que désirerais-je, sinon qu'il embrase vos âmes, je voudrais vous voir dévorée de cet amour ; non point d'un amour de désir et de sentiments inféconds, mais d'un amour en oeuvre et en vérité, qui va jusqu'aux dernières extrémités du dévouement, et qui se laisse porter par le Bien-aimé jusqu'aux dernières extrémités de l'immolation..." (H. Arnaud, p. 106).

 

 

      Et comme en réponse, dans la  lettre des évêques il nous est dit : "Demeurer de manière stable dans ce don de Dieu est possible à la liberté humaine, avec toutes ses fragilités,... parce que ce don s'est fait pardon sur la croix du Christ, une fois pour toute. Il ne s'agit plus seulement de se demander :"Que dois-je faire, pour bien faire ?", mais aussi : "Qui dois-je être, qui dois-je devenir,... pour que ma vie soit réellement réponse au don qui m'est fait ?". "Le Christ devient alors la norme morale concrète, personnelle et universelle... pour le chrétien, selon sa promesse : "je vous ai donné l'exemple pour que vous agissiez, comme j'ai agi envers vous. (Jn 13, 15).Cette référence à la présence du Christ est exigente, mais d'une exigence libérante. Un seul chemin en ouvre l'accès : la contemplation de la figure du Christ, l'écoute de sa Parole éclairent et façonnent la liberté humaine, et la font entrer dans une vision de l'existence conforme au vouloir de Dieu"...

     "La figure de Mère Marie de Jésus mérite d'être honorée", disait le Pape Jean-Paul II, le lendemain de sa béatification, et je souhaite que vous méditiez le message de ses notes spirituelles et ... de la fondation de son Institut religieux. L'attachement de Mère Marie de Jésus à l'Eucharistie est exemplaire ; elle a compris en profondeur l'offrande que le Christ fait de lui-même à son Père pour le salut du monde. Les chrétiens de toutes les générations sont appelés à communier avec le Christ dans son acte rédempteur. La Mère Marie de Jésus montra admirablement le sens d'une dévotion eucharistique bien comprise, unissant à l'adoration, l'action de grâce, la supplication et l'offrande sincère de sa propre vie. Puisse sa béatification entraîner plus de disciples sur les voies tracées par son message et sa vie, dans la consécration religieuse, aussi bien que dans la condition laïque" !

     C'est ce que vous essayez de réaliser, Chères Soeurs, dans la prière et la contemplation des mystère du Christ, dans sa passion.  Vous y êtes aidées par la méditation quotidienne de la Parole de Dieu, les grands textes du magistère, les intentions de prière de notre Eglise diocésaine et les lettres de votre fondatrice, durant l'adoration eucharistique quoditienne. Dans ces temps, où il nous faut un sursaut de foi, pour être témoins du Christ, dans ces temps, où à l'extérieur,  tout va si vite,... où le bruit quelque fois, empêche d'entendre le frémissement de la parole de Dieu,... des hommes et des femmes, des jeunes, donnent leur vie, pour que dans le silence et la contemplation, ils soient, comme vous l'êtes, des témoins de l'absolu de Dieu. Que la Vierge Marie, comme à Nazareth, au Cénacle et au calvaire,  soutienne notre fervente prière, pour que des jeunes entendent l'appel du Seigneur, et répondent oui dans leurs coeurs, s'avançant pour être prêtres, diacres, religieux ou religieuses.

   Mère Marie de Jésus nous redit : "Confiance et intrépide action" ... "Mais que ferons-nous faibles femmes ?... nous prierons, nous réparerons, nous aimerons, nous souffrirons !... D'autres seront des apôtres, actifs combattants, ...jetés dans la mélée ! ... Nous serons, avec la très douce Vierge Marie, des holocaustes, cachées en Jésus-Christ, immolées avec Jésus-Christ, en achetant ...avec Lui,... par Lui,... en Lui, le salut du monde".  Que du haut du ciel, en cette année préparatoire au Jubilé de l'an 2000, alors que nous approfondissons le sens de notre baptême, et que nous méditons sur la vie du Christ-Jésus, le même hier, aujourd'hui et à jamais... la bienheureuse  Mère Marie de Jésus, intercède pour nous auprès de Celui qui est l'Amour !                                                       Amen.

 

Père J.P. ELLUL,

curé de SAINT-VICTOR DE MARSEILLE.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Homélie pour le  dimanche de la fête de Saint Martin

 

18 novembre 1997 ; Messe présidée par Mgr J. Sardou

 

Paroisse Saint-Martin 

 

Diocèse de monaco.

 

 

 

         Excellence, je voudrais vous remercier pour vos paroles de bienvenue, vous remercier également de m'accueillir dans votre diocèse pour cette fête de Saint Martin. Je me souviens, que votre première démarche, alors que vous étiez  archevêque-élu de Monaco, fut de venir à Saint-Victor, un vendredi Saint, en ce haut-lieu historique et monastique pour prier sur les tombes des premiers martyrs de la foi et vénérer Marie, la Vierge-Noire, Notre-Dame de Confession.

 

         Frères et Sœurs, 

 

Lorsque M. L'abbé Richard de Quay, votre curé, m'a proposé, au mois d'août dernier, de venir prêcher dans votre paroisse, j'ai été surpris. Peut-être voulait-il rappeler la similitude entre ce qui s'était vécu à Tours il y a 17 siècles, et l'implantation de la vie monastique dans ces mêmes années à Saint-Victor de Marseille, haut-lieu antique et historique où tant de moines bénédictins ont prié, qui est actuellement une paroisse, dont j'ai la responsabilité depuis 17 ans ? Je ne sais, mais je l'en remercie, car ce fut une joie pour moi, d'avoir pris le temps de redécouvrir la vie de Saint-Martin.

 

Les moines Cassianites de l'Abbaye de Saint-Victor, avait eux-mêmes vécu ce qu'à Ligugé, Marmoutier et Tours, Saint Martin avait essayé de réaliser, dans le silence, la prière, la contemplation. Alors qu'à Saint-Victor les anachorètes s'enfermaient dans une vie évangélique stricte, sans  contacts avec les fidèles du Christ, Martin au contraire partait sur les routes et les chemins, comme montreur de Dieu, de sa vie trinitaire, au plein vent de l'Esprit. Le prophète Daniel le note aujourd'hui : "En ce temps-là, viendra le salut de ton peuple et tous ceux dont le nom se trouvera dans le livre de Dieu".

 

         Vous connaissez la vie de Saint Martin ! D'ailleurs toute cette année à été consacrée à célébrer le 16ème centenaire de sa mort. Ce temps de grâce, cette "année martinienne", fut inaugurée lors de la venue du Pape Jean-Paul II à Tours en septembre 1996, pour rappeler qu'il fut le témoin remarquable de la charité évangélique, et ce dimanche la clôture.  Martin de Tours, né en Hongrie (Panonnie), converti à la foi chrétienne  voulut offrir à ceux qu'il rencontrait sur le chemin de sa vie,  la chance de  découvrir le Christ. "Allez, de toutes les nations faites des disciples..." (Mt 28)...Il annoncera la résurrection du Seigneur jusque dans  sa famille. Le baptême de sa mère en est le signe, malgré les réticences de son père et de ses frères.  Légionnaire du Bas-Empire, romain, né de parents païens...  dès l'enfance, son éducation et sa présence dans l'armée lui donneront de garder durant toute sa vie, les vertus de discipline, de rigueur, d'engagement dans l'action mais surtout, le sens de l'affrontement et du combat contre l'ennemi. Il va d'ailleurs transposer dans le service de l'Evangile ce qu'il vécu dans le service des armes : désormais le soldat de l'Empire, devient soldat de Dieu.

 

         Mais Martin est surtout l'homme au manteau partagé. Ce pauvre, nu et tremblant de froid restera toute sa vie, comme celui de la rencontre privilégiée avec ceux qui représentent le Christ. Et pour lui d'entendre ces phrases de l'évangile de Matthieu : "J'étais nu, et vous m'avez habillé" (Mt 25,36). Le Christ est là devant lui, dans le froid et la nudité. Oui, ce pauvre c'est Jésus... Tel est bien le sens du rêve qu'il fit dans la nuit qui suivit la rencontre d'Amiens : il aurait vu le Christ, couvert de la moitié de sa chlamyde qu'il avait donnée à ce miséreux, dire aux anges : "Martin qui n'est encore qu'un catéchumène, m'a recouvert de ce vêtement". Martin traduit dans ce geste concret les paroles de Jésus annonçant le Jugement dernier : Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel... (Marc, 13 24-32). et il dira "venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde". (Mt 25, 34).

 

         Mais pour accéder au Royaume, Martin va laisser le Christ le saisir tout entier. C'est pour nous tous chrétiens, baptisés,  un exemple à suivre. Sa vie, après qu'il ait reçu le baptême, fut caractérisée par une recherche de la simplicité, louange quotidienne,  prière de tous les instants, mais également la méditation des paroles  de l'évangile que les disciples du Seigneur avaient laissées à son Eglise. Cette vocation à la vie parfaite, va trouver son accomplissement naturel dans l'expérience du monachisme. Etre moine, être seul avec le Christ, partir comme lui au désert, puis annoncer le message d'amour et surtout le vivre. Il connaît bien ce style de vie déjà pratiqué par Hilaire de Poitiers. C'est aussi le temps où il rencontre tous ceux qui résistent à l'arianisme. Martin les rejoindra, alors que dans ces années-là se développe le culte des martyrs, dont les moines se disent les successeurs par leur "martyr quotidien". On verra ainsi s'implanter des groupes monastiques à Marmoutier et Ligugé, mais également à Lérins avec Honnorat et à Saint-Victor de Marseille avec Cassien. Martin sera évêque de Tours avec quelques difficultés. Elles ne venaient ni de son manque de savoir, ni de sa sainteté, mais de sa tenue. Lors de sa consécration épiscopale l'accueil de ses confrères lui fut hostile : "Un homme à la mine pitoyable, aux vêtements sales, aux cheveux en désordre, était indigne de l'épiscopat!". L'extrême dépouillement, la pauvreté n'étaient pas une fin en soi. Elles visaient à le rendre libre, libre par le jeûne, libre par le refus de tout ce qui n'était pas strictement indispensable, libre pour chercher Dieu. Mais son style de vie rigoureux, son exigence d'absolu, ses pouvoirs de guérison subjuguèrent les foules des villes et des campagnes. Et il assuma sa tâche épiscopale, en menant de front sa vocation monastique, avec cet immense désir de rencontrer le Dieu vivant, mais également en participant, par de nombreux voyages, aux grand évènements politiques et religieux de son temps... Le premier biographe de Martin, Sulpice-Sévère, résume l'opinion générale de ses contemporains quand il lui décerne le beau titre "d'authentique successeur des apôtres". Cet homme de Dieu conçut sa mission épiscopale, difficile en tous temps, comme un combat où il affronta le mal sous toutes ses formes: erreurs païennes, maladie, possession, prestige trompeur des faux moines et des faux martyrs. De nos jours, lui qui ne fut pas un très grand orateur, il aurait su trouver les mots et les images pour stigmatiser ce crime qu'est l'avortement, le laisser-aller moral actuel, et défendre la Sainte Eglise, contre toutes les agressions subtiles que lui font subir les médias, les groupes de pression et les sectes.

 

         Evêque pendant 26 ans, de 371 à 397, il sera par sa prédication, un "véritable bastion" de la foi trinitaire, faisant siennes les paroles de l'apôtre Paul :"Soit que je vive, soit que je meure, la grandeur du Christ sera manifestée dans mon corps" (Ph 1, 20). Il est à la fois le modèle du baptisé laïc, du moine, et de l'évêque, réunissant dans sa vie donnée, tout le sens évangélique qui nous fait dire :"Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi". Pourtant il n'a rien laissé de ses écrits, seul son biographe, Sulpice-Sévère dans sa "Vita Martini" rappelle quelques uns de ses propos ; ils tiennent en deux pages, et sa biographie n'en a que 60. Mais c'est elle qui a contribué à révéler le profil religieux de Martin. Cela explique le rayonnement du culte de Martin en Europe, mais également dans le monde.

 

Des milliers d'églises ont été placées sous sa protection. Il est le témoin de l'évangile du Christ, dans sa simplicité et sa radicalité et ici, dans votre communauté, vous êtes, vous aussi, les héritiers de la charité et de la sainteté martinienne, et vous devez rayonner, - comme vous y invite souvent votre Archevêque, et les prêtres de votre paroisse - du dynamisme de la foi qui l'animait.

 

         Frères et Sœurs, en relisant sa vie, on prend conscience du besoin de nous sentir réveillés, stimulés, poussés dans nos résolutions, afin  de vivre d'une façon digne les engagements de notre baptême. "Ne vous conformez pas au monde présent", nous dit l'apôtre Paul dans sa lettre aux Romains. Pour retrouver le sens de l'Eglise, de la vérité,  du véritable amour conjugal et de la famille, pour devenir plus conscients et plus résolus dans les objectifs d'éducation morale des enfants et des jeunes... nous devons comme lui pratiquer, dans la prière : amour, justice et charité ! Comment serons-nous les héritiers de Saint Martin, l'homme du partage, si restons emmurés en nous-mêmes, insensibles ou indifférents à toutes les détresses et misères humaines qui nous entourent ? En ce dimanche où nous nous penchons sur le sens de la pauvreté et du partage, nous nous souvenons que Mgr Rodhain, prit Saint Martin comme patron du Secours Catholique. Et nous faisons notre, les appels à la solidarité, que les évêques réunis à Lourdes, nous ont proposé.

 

         Je laisse le Pape Jean-Paul II, conclure cette méditation. Voici les phrases de l'homélie qu'il prononça le 21 septembre 1996, à Tours, lorsqu'il rencontra les "blessés de la vie", dans la basilique où repose Saint Martin. "Frères et Sœurs, Saint Martin vous laisse un témoignage exceptionnel d'appartenance au Christ. Sa disponibilité totale est pour vous un modèle et un encouragement : continuez à annoncer l'évangile, comme il le fit lui-même "à temps et à contre-temps" ! Offrez votre vie au Christ avec confiance et sérénité : il l'a prendra et lui fera donner le meilleur d'elle-même". ! Saint Martin a été un apôtre admirable, mais il ne suffit pas de s'en souvenir. Dans les conditions différentes d'aujourd'hui, soyez à votre tour des membres vivants de l'Eglise vivante, des communautés unies et accueillantes, sachant "rendre compte de l'espérance qui est en elles"... Quelques années seulement nous séparent du 3ème millénaire : soyez au rendez-vous ! Saint Martin vous accompagne" ! 

 

Revêtons-nous du manteau de Martin, partageons-le avec les plus démunis, et que l'Esprit Saint, que nous invoquons en  cette année de préparation au Jubilé de l'an 2000, nous  aide, comme le fit Marie, la Théotokos, la Vierge fidèle, à découvrir et à écouter toujours mieux le Christ-Jésus.

 

Amen.

 

Père Jean-Pierre Ellul,

 

Curé de Saint-Victor

 

 

 

        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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