Avoir la première place ?

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Homélie du 1er septembre 2013 – 22è dim. Sacré-Cœur e Marseille.

S’abaisser pour devenir grand ! Ce n’est certainement pas un slogan à la mode, car tout nous pousse à nous mettre en avant. L’important, pour nous, n’est-ce pas de paraître, d’être en prise directe avec la vie, avec ce désir d’être toujours le premier… pour exister ?

Oui, c’est ce que prône, la vie actuelle en société et… tant pis si nous écrasons l’autre, car il nous faut à tout prix garder notre place. Les temps sont durs et nous le voyons bien, et tous ceux qui travaillent dans les administrations ou les entreprises, ou encore sont chargés de communication, ou responsables de marketing, etc, doivent tout tenter, pour pouvoir faire valoir leur progression, établir des marges, ne pas être en deçà des objectifs. Sans parler de tous ceux qui sont en recherche d’un emploi : ont doit étaler ses diplômes et ses connaissances…pour être parmi les premiers, sur la liste des probables…mais bien des fois, l’inexpérience et surtout l’âge, nous mettent à la dernière place.

Peut-on alors, mettre en pratique ce que Jésus nous propose dans cet évangile ? La préséance et le désir de paraître, cette recherche de la meilleure place, de la première place ?

Nous en avons tous fait l’expérience, car nous avons tous eu, dans nos différentes activités, des personnes et même malheureusement des amis, qui essayent de passer devant, quitte à mentir ou à nous rabaisser. Discutez un instant et en toute vérité, avec ceux qui ont subi les vexations de leurs collègues de bureau, entendu des mensonges et des critiques à leur égard, pour comprendre, que tout n’est pas aussi facile.

La vie est dure, les passe-droits toujours existants. Alors dans ces conditions, essayez de parler de ce que nous propose le Christ ? Si on en parle, voyez les sourires et quelque fois ces regards de haine. Et pourtant, combien d’entre-nous, parce qu’ils sont chrétiens et ce, malgré les difficultés dont nous venons de parler, ont mis la paix et la sérénité, l’entente et la joie, dans leur milieu de vie professionnelle, à force d’être des témoins de Jésus et de l’évangile ? Combien ont aidé ceux qui ne peuvent s’en sortir, parce qu’ils sont timides et n’osent rien dire et restent à la dernière place ? Ce sont ces pauvres dont nous parle Jésus. Et c’est vrai qu’« il ne peut y avoir de charité sans humilité, car celle-ci consiste précisément dans ce décentrement de soi, qui permet le don désintéressé à l’autre dans l’amour. » [1]

Oui, « Laissons entrer Jésus dans nos vies en sortant de nos égoïsmes, indifférences et fermetures envers les autres », ne cesse de nous dire le Pape François. Car, la puissance de l’Esprit-Saint, nous aide à pratiquer la charité et l’humilité, dans l’amour et le respect de l’autre. Jésus nous le propose, Jésus nous le demande… et en ces jours de rentrée, alors que les vacances nous ont permis, j’espère, de faire le point sur notre vie quotidienne, il est bon de nous entendre rappeler que, nous chrétiens et avec d’autres, nous nous reconnaissons les enfants d’un même père et que nous sommes porteurs de paix et d’espérance.

Vous savez, quand on est responsable, qu’on a la charge d’une communauté, quand on doit être en première ligne, lorsqu’on doit commander, diriger, prévoir, il faut une bonne dose d’humilité, pour être à la hauteur du service que l’on nous demande, sans tenir compte des critiques inhérentes à la fonction.

Un exemple très court. Je reviens de vacances et dans le petit village où j’étais ; le nouveau curé m’a demandé de lui rendre service, dans les nombreuses paroisses dont il est chargé. Il en a plus d’une dizaine et s’en occupe très bien. J’étais heureux de pouvoir l’aider, (ce que je fais depuis 40 ans), en allant célébrer deux messes les dimanches du mois d’août, dans les villages qu’il m’avait indiqués. Et ce 15 août, certains de ses paroissiens n’étaient pas très heureux que la messe ne soit pas dans leur village, mais à quelques kilomètres de là. C’est vrai que c’était l’usage, les années précédentes. Mais je leur ai dit : « C’est votre curé qui a décidé cela, et moi je m’y tiendrai ! » Voyez c’est cela l’obéissance ! Surtout que pour un mois, j’étais « son vicaire »… Ne pas toujours faire ce que l’on désire et que l’on croit personnellement vrai, mais l’acceptation pleine et entière, dans le respect et la confiance de celui qui a la charge curiale. En plus on est libre, car en obéissant, on fait ce que le Seigneur nous demande.

Aussi, posons-nous la question en ce dimanche : comment allons-nous recevoir et mettre en pratique ce commandement du Seigneur sur l’humilité ? Suis-je toujours à la première place ? Place à laquelle je me cramponne ? En famille, en couple, au travail, est-ce que je regarde l’autre, est-ce que je respecte l’autre ? Est-ce que je le comprends ? Est-ce que j’écoute ce qu’il me dit ? Ou bien je fonce, croyant avoir toujours raison, faisant ce que j’ai décidé ? Dans les couples et en famille, surtout en ce temps de rentrée, ce que le Seigneur nous propose en ce dimanche, est primordial pour assurer un minimum d’harmonie et de sérénité en nous-mêmes et avec les autres. C’est à ce moment qu’il nous faut relire le texte de la première lecture, car tout s’éclaire : « Accomplis toutes choses dans l’humilité car plus tu es grand, plus tu dois t’abaisser ! », suggère Ben Sirac le sage.

Voyez, chers frères et sœurs, le Seigneur est là, il nous aime ; lui nous a montré combien est grande sa miséricorde, il nous a donné l’exemple, il s’est abaissé, donnant sa vie pour nous et même humilié, crucifié, il a pardonné. Et si nous, nous faisions de même ?

Allez, bonne reprise, bonne rentrée, grandissez encore dans la foi, soyez sereins, n’oublions jamais que nous sommes baptisés, marqués du sceau royal qui fait de nous des prophètes et des rois. Cela doit nous permettre d’être humbles et confiants, car nous sommes sous le regard de celui qui est tout amour.

L’Eglise nous propose de prier pour la Syrie et la paix dans le monde. C’est ce que nous ferons durant toute cette semaine, en implorant notre Dieu pour qu’il touche les cœurs et nous permettre de vivre en paix. Amen.

J-P Ellul.

[1] (Père Joseph- Marie – Famille de St Joseph).

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