TRIDUUM DE PREDICATION A ST JOSEPH 17-19 Mars 2012

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Homélies pour le Triduum en l’honneur de St Joseph

Ensemble pastoral St Joseph-St Philippe

17-19 mars 2012

I

Samedi 17 mars 2012 – 18h

       Tout d’abord, merci à l’équipe sacerdotale, laïcs et prêtres, pour votre invitation à prêcher ce triduum de célébrations en l’honneur de St Joseph. Je vous avoue que lorsque le Père Xavier Maurin me l’a proposé le mois dernier, je me suis dit : « après tant d’années de prédication, et avec d’illustres prédicateurs, qu’ai-je encore à dire sur St Joseph… que vous ne sachiez pas déjà ? ». En fait c’est vous qui devriez venir à ce micro pour  faire la synthèse de toutes les homélies, commentaires, prières que vous avez entendus et auxquelles vous vous êtes unis depuis tant d’années. Et je vous propose, et ce durant trois méditations, d’entrer un peu plus avant, dans le mystère de celui qui, évidemment n’a rien écrit, qui n’a presque pas parlé, sinon à l’ange, et dont on ne mentionne même pas la fin de vie.

         Et pourtant quelle responsabilité a eu Joseph ; celle d’avoir eu, auprès de lui, le Verbe de Dieu, et de se charger de l’éduquer avec Marie son épouse. Je vous invite à vous transporter en pensée vers la ville ancienne de Séphoris en Israël. Du bas de la plaine, si on lève le regard, après avoir contemplé les magnifiques mosaïques que l’on a retrouvées dans les maisons anciennes, on peut apercevoir sur un escarpement, au lointain, la ville de Nazareth et l’on peut penser à cette ville, située sur la montagne, dont parle Jésus dans l’évangile et dont on aperçoit la lumière à la nuit tombante.

C’est là vraisemblablement, que Joseph et Jésus adolescent, puis jeune adulte ont travaillé. La tradition fait de Joseph un charpentier, un artisan, un technicien du bois, appartenant à une catégorie un peu plus élevée que les simples  manœuvres. Et même au IIe siècle, Justin le décrira comme façonnant des jougs d’attelage et des charrues. Il faut dire qu’à l’époque le bois ne manquait pas ; Nazareth était entourée de grandes forêts de chênes. Pour aller à Séphoris, il faut un peu plus d’une heure et demie de marche depuis le nord de Nazareth. Après avoir été brûlée, la ville fut reconstruite et le chantier se poursuivant jusqu’en l’an 25, avait fourni du travail à tous. Ils ont dû également travailler dans Nazareth, mais la ville est petite : une cinquantaine de maisons à l’époque, avec un peu moins de 250 habitants, bâties au milieu des collines de l’ancienne tribu de Zabulon, en basse Galilée, au débouché de la plaine de Yizréel (c’est-à-dire Dieu sème), terre à blé assez riche. D’ailleurs l’appellation Nazareth, vient du mot hébreu « netzer », qui signifie « le surgeon » ou « le rejeton », « le petit surgeon ».

Leur maison est modeste avec deux pièces, une cour abritant une citerne taillée dans le rocher, alimentée par les eaux de pluies, des communs. On en garde quelques vestiges dans la basilique de la ville actuelle, vénérées comme étant la maison de la sainte famille. On peut penser que tout le village était de descendance, de dynastie davidique, étant donné le petit nombre de ses habitants. Cela est sûr pour Joseph, le père légal de Jésus, et il est hautement probable que Marie, était du même lignage royal.

Si nous ouvrons les évangiles de Matthieu et de Luc, on s’aperçoit que le mariage de Joseph et de Marie a été arrangé par les familles. Or, les usages claniques de l’époque étaient assez contraignants. On ne transgressait pas la loi des ancêtres. On peut aussi s’appuyer sur Hégésippe, un juif hellénisé, converti au christianisme qui, dès le IIe siècle, avait recueilli des informations sur la famille de Jésus auprès des judéo-chrétiens, confirmant la tradition que Marie apparaît de la même tribu que Joseph, car selon la loi de Moïse, il n’était pas permis de se marier dans d’autres tribus que la sienne. Voilà quelques notations qui nous permettent de retrouver Joseph, époux de la Vierge Marie, et Jésus, qu’ils vont élever dans la tradition judaïque.

C’est beau de penser que le Fils du Père éternel est là, avec eux, apprenant sur les genoux de Marie, les premiers rudiments de la langue, qui lui permettra de témoigner de l’amour du Père. De l’entendre répéter le « Sheema Israël », appris phrase par phrase, où il comprend lentement, dans sa conscience d’enfant, que Dieu est Dieu, qu’il est l’Eternel ; qu’il est celui qui a fait sortir son peuple d’Egypte pour le délivrer et lui donner mission de faire connaître son nom parmi les nations,  et qu’il l’a conduit dans la terre promise… Pourtant, ce peuple a multiplié ses infidélités, comme le rappelle le Livre des Chroniques. Ils ont été infidèles : Jésus a devant lui, Joseph, l’homme fidèle. Ils ont profané le Temple de Dieu : Joseph est là, devant le nouveau Temple, celui de la Parole, de l’amour, de la tendresse et de la miséricorde. Ce peuple a multiplié les mensonges, tourné en dérision les envoyés de Dieu : Joseph a écouté l’Eternel, par la voix de l’ange et, même s’il l’a questionné, il est resté fidèle à Dieu et a pris chez lui Marie son épouse, car il a compris que l’Enfant venait de l’Esprit-Saint.

Mais, après toutes ces réponses, Jésus encore jeune enfant, veut aller avec lui, rester avec lui, marcher un peu dans les rues du village. Voyez-le mettre sa petite main dans la main de Joseph, pour l’accompagner déjà à son travail. Lorsqu’il sera un peu plus grand, revenant de l’école rabbinique, avec ses copains d’enfance, il restera à jouer dans la rue, tout près de l’atelier et de leur maison, n’omettant pas de faire ses prières plusieurs fois par jour, puis aidant ses parents à préparer le repas. Une vie , non comme on nous la présente sur les peintures anciennes, mais une vie tout à fait normale, rythmée par la vie quotidienne mais où quelquefois la voix de Joseph a dû s’élever, pour rappeler qu’il faut être poli, écouter, l’aider et bien ramasser les clous comme on le lui a dit, placer les planches bien droites et ne pas oublier de jeter les copeaux dans le coin qui leur est réservé pour alimenter le feu. Alors que Marie passe peut-être la tête par le rideau et de lui dire dans un regard aimant, d’écouter ce qui lui est dit.

Je pense que Jésus a dû demander comment et où il était né, quelle était l’origine de sa famille, questions que tout enfant pose à ses parents, que nous avons nous-même posées. Les réponses se trouvent dans les évangiles synoptiques. Plusieurs auteurs mentionnent que Joseph n’était pas le vieillard qu’on présente dans les œuvres d’art, mais qu’il était jeune et fort ; sinon aurait-il pu travailler le bois comme il l’a fait ? Un beau poème de Charles Péguy, sur la passion du Christ dit ainsi, parlant de Jésus sur la croix : « il revoyait sa vie, la scie et la varlope, l’atelier, les beaux copeaux de bois qui s’enroulent et qui tombent délicatement sous la cognée, cette belle couleur brune et l’odeur du bois fraîchement raboté et qui sent si bon… ». Combien de fois, le soir, à la lumière vacillante de la lampe à huile, il a expliqué à Jésus ce texte du psaume 136, qui raconte l’histoire de son peuple, s’arrêtant sur les bords du fleuve de Babylone, où assis et en pleurs, se souvenant de Sion, de Jérusalem, ils n’ont pas pu chanter sur une terre étrangère et ont accroché leurs harpes aux saules ? Elever Jérusalem au sommet de ma joie disaient-ils tout triste, comment le ferons-nous et quand ? Jésus se souviendra de cette phrase lors de ses montées vers la Ville Sainte, pensant à Joseph, peut-être reparti vers son Dieu, le laissant avec Marie continuer son travail de charpentier, avant de tout quitter un jour, pour l’annonce du Royaume. Oui, Jésus a appris de Joseph à vivre sur le plan humain. Il l’a aimé comme un père aime son fils, il a pris soin de lui en lui donnant ce qu’il avait de meilleur. Car Jésus devait un peu ressembler à Joseph par les traits de son caractère, par sa façon de travailler et de parler ; par son réalisme, par son esprit d’observation, par sa manière de s’asseoir à table et de partager le pain ; par son goût pour exposer la doctrine d’une manière concrète, en prenant pour exemple les choses de la vie ordinaire où se reflète ce que furent l’enfance et la jeunesse de Jésus, ce que furent, par conséquent ses rapports avec Joseph.

Il fut sur le plan humain, le maître, l’accompagnateur de Jésus, pourrions-nous dire. Il l’a entouré jour après jour d’une affection délicate, il a pris soin de lui avec une abnégation joyeuse. Joseph est maitre de la vie intérieure. C’est vrai qu’avec lui, nous apprenons ce que signifie « être à Dieu », «être de Dieu », ce que signifie l’écoute et la confiance, et aussi ce que nous permet le silence intérieur, contempler l’amour de Dieu. Joseph et Marie nous orientent vers celui qui est déjà le Temple de Dieu, celui qui est la lumière, celui que les hommes ont rejeté, mais qui est désormais vivant. Joseph a agi selon la vérité et il a vécu avec La Vérité, et sa vie est une belle vie, pleine et entière, puisqu’il a aimé, protégé, dirigé, conduit, vécu avec Jésus le Verbe de Dieu, et ainsi toute sa vie a été la contemplation de ce Dieu qu’il voyait près de lui grandir en taille en sagesse et en grâce.

Je voudrai conclure par cette prière : Joseph, comme tu as protégé la sainte famille de Nazareth, continue à protéger l’Eglise dans sa marche vers le ciel, car elle est la famille de Dieu et annonce le Royaume. Protège nos paroisses de St Philippe et de St Joseph, fais que tous ceux qui y habitent et vivent dans ces quartiers soient des témoins de l’amour, des hommes et des femmes de bonne volonté, s’aimant s’ils le peuvent, comme tu as aimé Marie et Jésus.

Avec toi nous essayons d’être des missionnaires de l’amour de Dieu pour tout homme ; aide-nous à ne pas oublier notre vocation, celle de nous aimer dans le respect et l’acceptation de l’autre. Amen.

II 

Dimanche 18 mars 2012 – 10h. 

         Obtenir la Vie Eternelle ! Grande question, qui accompagne toutes nos vies. Certains croient déjà l’avoir acquise. D’autres, comme chacun d’entre nous, sont en recherche… Il faut s’essayer à mettre en pratique l’évangile du Christ, convertir notre cœur, revoir notre vie, reprendre encore et toujours les préceptes évangéliques et surtout se persuader que notre vie est toujours perfectible et que nous ne sommes pas meilleurs que les autres. La rencontre de Jésus est primordiale. Il est là, présent en nous et nous devons désensabler cette source vive, souvent presque tarie par notre indifférence et notre péché. Il nous donc reprendre notre vie avec lui, dans la contemplation, le jeûne, la prière et le partage. Et ce temps de carême, est une proposition qui nous est faite pour nous y conduire car, lui seul nous ouvre les portes de la Vie qui conduit au Père. Il est venu pour nous sauver, il est la lumière qui vient illuminer notre vie.

Ce Dieu riche en miséricorde, dont nous parle Paul dans sa lettre aux Ephésiens, c’est lui, qui en fait, a permis à Joseph, de montrer au jeune Jésus, qui était Dieu son père. Il l’a instruit des mystères du salut, a pris du temps pour lui apprendre, jour après jour, comment Dieu avait promis un messie à son peuple. Comme nous le disions hier soir, il fut le premier avec Marie, à l’entourer d’amour et de tendresse, le regardant grandir,  révélant le mystère qui était en lui. C’est vrai qu’ils avaient devant leurs yeux, le mystère de l’Incarnation. Ils pouvaient le contempler, heureux d’avoir accepté humblement que l’œuvre de Dieu puisse s’accomplir. Marie reprenait tout cela dans son cœur et en gardait la mémoire. Combien de fois, à la lumière du jour finissant, se levant encore une fois, pour aller vers l’enfant qui pleurait dans son berceau, ils s’étaient regardés et Joseph de lui dire de ne pas s’en faire, et que malgré l’éloignement de leur village, ils rentreraient bientôt, lorsqu’Hérode ne serait plus un danger pour l’enfant. Ils se remémoraient à voix basse, le récit des événements qu’on leur avait rapportés de Bethléem, où tant d’enfants dans la région avaient été tués. Et souvent, ils avaient peur. Mais Joseph était là, que pouvaient-ils leur arriver ?

C’est alors que l’ange vint le prévenir dans un songe : « Prends l’Enfant et sa mère et retourne dans ton pays ; ceux qui lui voulaient du mal sont morts ! » Ils allaient pouvoir rentrer à Nazareth. Et sur la route, Joseph se souvenait du message dont parlent les Chroniques dans la première lecture : l’annonce du retour. Ils referont le chemin, comme le fit leur Peuple, revenant de Babylone, lorsque Cyrus les laissera partir, mais eux, non pour monter à Jérusalem, ils n’avaient pas le temps, mais pour retrouver leur pays, leur clan : celui des Nazaréens. Cette tribu était venue de Babylone pour s’y installer vers la fin du IIe siècle et elle s’appliquait à elle-même la prophétie messianique d’Isaïe : « Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera, jaillira de ses racines ... Une grande lumière venue de Galilée resplendira. Viendra alors le merveilleux conseiller, le Prince de la Paix, qui étendra son pouvoir sur le trône de David et sur son Royaume ». Ce petit peuple, c’était des paysans pacifiques, des cultivateurs, des artisans ruraux et ils se rendaient régulièrement au Temple à l’occasion des grandes fêtes. Pourtant, ils étaient surveillés par les grands prêtres et les autorités officielles, qui n’avaient aucun intérêt à voir se développer une agitation messianique remettant en cause le peu de pouvoir qu’ils tenaient des Romains. La famille de Joseph arriva à Nazareth. Ainsi la parole du prophète Jérémie était accomplie, lorsque Cyrus dit : « Tous ceux qui font partie du peuple de Dieu, que le Seigneur, leur Dieu, soit avec eux ».

            Le bienheureux Jean-Paul II, dans son encyclique « Redemptoris Custos », rappellera que désormais, lorsqu’ils reviendront à Nazareth, c’est dans un climat de silence, et c’est ce silence, qui va accompagner tout ce qui se réfère à la figure de St Joseph. C’est ce silence qui peut nous révéler sa vie donnée et son existence quotidienne de charpentier. Joseph va vivre tous les jours avec le mystère caché depuis des siècles, le Logos, le Verbe de Dieu, la lumière, qui de fait, a établi une demeure sous son toit. Oui, il vit dans l’immédiateté d’un Dieu qui se fait homme, qui grandit, qui a besoin de lui pour progresser dans son existence, pour l’accompagner sur la route de sa vie humaine. Mais aussi, Jésus regarde vivre Joseph et Marie ; il apprend d’eux comment se comporter en jeune juif, en enfant pieux, connaissant peu à peu ses prières et les mettant en pratique. A la fois le silence intérieur, mais également l’évolution joyeuse, humaine, de celui qui leur a été confié par l’Eternel. Que de questions ont-ils dû se poser ! Et lorsque Joseph était seul avec  Jésus, il devait le regarder en se demandant intérieurement qui il serait, ce qui lui adviendrait, comment se réaliserait la parole de l’Ange lors de l’Annonciation, quand lui-même aurait rejoint sa dernière demeure. D’où peut-être son silence, mais un silence empreint de contemplation, une plénitude de foi qu’il portait dans son cœur et qui guidait chacune de ses actions et de ses pensées. Oui, bien des questions ont dû se poser, comme nous nous en posons en famille, mais lui, avec ce souci constant de bien l’élever, dans une grande joie et une grande fidélité à la parole reçue de l’Ange.

Il n’est pas exagéré de penser, écrit Benoît XVI, que c’est précisément de son « père Joseph », que Jésus a appris sur le plan humain, la solidité intérieure, une parole sûre, et ce regard intérieur qui est le présupposé de la justice authentique, qu’il enseignera un jour à ses disciples. Quand à Marie, elle devait souvent parler à Joseph de la prophétie de Siméon concernant Jésus, et cette femme rencontrée à la sortie du Temple qui lui disait qu’elle souffrirait et que cet enfant serait un signe en butte à la contradiction. Pour l’instant ils étaient là, dans leur maison et Joseph avait du travail et ils rendaient grâce, en de nombreuses bénédictions, pour toutes les bontés que le Seigneur Sabahot leur accordait. Car en fait toute la vie de Joseph fut un pèlerinage dans la foi. Il ne comprit pas ce qui arrivait à sa fiancée… puis l’ange lui parla ; il accepta la parole de son Dieu et partit de chez lui pour le recensement. Après que le mystère de l’Incarnation se fut accompli, ils allèrent en Egypte, et revinrent enfin leur pays… Tout cela lui revenait à la mémoire. Mais plus tard, quand Jésus eut 12 ans, qu’ils le perdront dans la caravane et le retrouveront trois jours après, à Jérusalem dans le Temple, ils ne purent s’empêcher de lui dire : « Pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ton père et moi nous te cherchons angoissés. » Ils seront à la fois perplexes et étonnés de sa réponse, réponse qu’ils ont dû trouver un peu exagérée : « Ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? » Ils ne comprendront pas, dit Luc dans son évangile. Je crois qu’ils avaient compris, car pour eux, ce pèlerinage dans la foi, va leur faire découvrir qu’il  prend conscience peu à peu de sa messianité. Que lui dire alors ? Tout lui dire ? Vraisemblablement ! Mais nous ne savons rien, sinon que Marie, sera toujours là, discrète et présente, surtout lorsque Joseph ne sera plus de ce monde.

Oui, ils vont rester fidèles à l’appel de Dieu, et en ce qui concerne Joseph, la tradition l’appellera « le juste » ! Ce mot de « Juste » évoque sa rectitude morale, son attachement sincère à la pratique de la Loi et une totale ouverture à la volonté du Père. Même dans les moments difficiles, Joseph ne s’arroge pas le droit de mettre en discussion le projet que Dieu a sur lui. Il entend l’appel d’en haut et, en silence, il se laisse guider par le Seigneur. Une fois sa tâche reçue, il l’exécute avec grande responsabilité. Matthieu en parle comme le gardien plein de sollicitude de Jésus, l’époux attentif et fidèle envers Marie, celui qui exerce l’autorité familiale dans une attitude de service. Rien d’autre dans les Ecritures ; une existence vécue auprès de deux êtres, remplie de tendresse et d’amour. A ce Dieu qui a réconcilié en Jésus toute l’humanité, nous lui demandons, en ce triduum de prières en l’honneur de St Joseph, d’augmenter notre foi, surtout en cette année missionnaire qui nous conduit à la célébration du 50ème anniversaire du Concile de Vatican II, « boussole dont notre monde actuel a tant besoin ».

Demandons à St Joseph qui fut, dès l’origine, le gardien du Concile, de nous donner la force et le courage d’en relire fidèlement les textes et de les méditer, car comme Joseph et Marie, vivant avec l’Enfant Jésus, nous avons près de nous, avec nous, les deux Testaments de la Parole de Dieu et dans les textes de ce Concile, tout ce qu’il nous faut, pour nous conduire au Christ, à la Trinité, à l’Eglise et à nos frères humains, sous le regard aimant de Marie. Ce serait dommage de passer à côté de ce à quoi l’Eglise nous invite : être des témoins intrépides de l’annonce de la résurrection dans ce monde toujours en devenir et qui attend son avènement. Amen. 

III     

Lundi 19 mars 2012 – Fête de St Joseph – 18h 30.

Nous voici arrivé à la conclusion de ces trois jours de prières et de célébrations, et, cette fête de St Joseph nous a permis un approfondissement en nous référant à ce que disent Matthieu et Luc dans leurs évangiles. C’est vrai qu’il y a très peu de notations, surtout dans Luc où le nom de Joseph est seulement souligné comme étant l’époux de Marie. Matthieu est un peu plus précis. Sinon rien : c’est le silence qui entoure la vie de cet homme. N’allons surtout pas consulter les quelques 6 ou 7 textes des évangiles apocryphes, nous n’aurions que des notations embellies, à l’imagination pieuse et non conformes à ce que l’Eglise primitive a retenu pour sa prédication. Très tôt ils ont été mis de côté, même dans les communautés qui les avaient proposés à leurs fidèles.

Les premières relations écrites furent probablement celles de Justin le martyr et d’Hégésippe, ce juif hellénisé. Ils donnèrent quelques indications qui se veulent historiques et qui datent du IIe siècle. D’autant que les témoins oculaires de la résurrection de Jésus, partis pour annoncer le kérygme, ne se sont pas arrêtés à ces particularités familiales. L’important pour eux, après la Pentecôte était d’un tout autre ordre : montrer que durant près de trois ans, Jésus le Nazôréen, cet homme que Dieu avait accrédité auprès de son peuple, était passé en faisant le bien, qu’il avait été livré et crucifié, mais qu’il était ressuscité, qu’il s’était relevé du séjour des morts, qu’il était vivant, et que, remonté auprès du Père, il avait envoyé l’Esprit-Saint sur toutes créatures.

         La dispersion des premières communautés chrétiennes, dès 70 par Titus, l’établissement des églises apostoliques, la vie de ces premières communautés, avec leurs joies et leurs problèmes internes, ne laissèrent pas la place aux questions que certains auraient pu se poser concernant la parenté de Jésus. D’autant que parmi ces juifs, convertis à la Voie, Matthieu en donnait déjà la généalogie dès les premières pages de son évangile pour attester de son rang davidique. On en restait donc là. Alors me direz-vous et Joseph ?

On peut trouver quelques notations plus tardives. Elles sont étroitement liées à la christologie et surtout à la mariologie. Les Pères de l’Eglise des 4 premiers siècles, insistent sur les raisons providentielles qui ont conduit Joseph à être l’époux de Marie ; son souci d’être le père nourricier de Jésus ; plusieurs textes font allusion à sa vie intérieure, rappelant ses doutes et ses hésitations, mais on souligne toujours sa fidélité à la parole de l’Ange de Dieu. St Augustin reprend tous ces thèmes et y imprime sa marque et son génie, mais il ne sera pas suivi par les pères latins postérieurs, qui préfèrent eux, les développements de St Jérôme. St Pierre Chrysologue, amorce alors un parallèle entre les deux Joseph, de l’Ancien et du Nouveau Testament et présentera le mariage de Joseph et de Marie, comme un symbole de l’union du Christ avec l’Eglise. Isidore de Séville, conclut que St Joseph, se trouve ainsi député à la garde de la sainte Eglise. Mais il faudrait une conférence de plusieurs heures pour faire le tour de tout ce qui, durant les siècles passés, a été proposé sur Joseph…

Le Haut Moyen-âge puise encore et toujours trop, dans les Apocryphes. Au XIIe siècle, le mariage de Marie et de Joseph, devient une question classique dans les écoles de théologie, puis à la Renaissance et à l’époque moderne, les auteurs ne se contentent plus de données éparses. Ils exposent les grandeurs de St Joseph, dans des traités ou dans les sermons. Puis au XVIe siècle, des volumes complets décrivent la vie de St Joseph, d’autant que Ste Thérèse d’Avila écrit sur lui de très belles pages de méditation.

Mais, plus proche de nous, en Provence, c’est au mois de juin 1660, au Mont Bessillon, dans l’actuel diocèse de Fréjus-Toulon, que St Joseph apparaitra à un humble berger. Gaspar RICARD a soif, et celui qu’il vient de rencontrer lui propose de déplacer un gros rocher. Comme le berger reste incrédule, il lui dit : « Je suis Joseph, enlève-le et tu boiras ». C’est le départ de grandes dévotions, prières et processions, d’autant que Louis XIV, venu à Cotignac, désire lui consacrer son royaume et c’est ce qu’il fera le 19 mars 1661, 10 jours après son accession au trône et Bossuet prononcera son panégyrique en la chapelle royale de Versailles. Et samedi dernier, 17 mars, à Cotignac, plus de 4.000 personnes ont participé à la consécration du diocèse à St Joseph par Mgr Rey. 

Mentionnons les enseignements des papes, où plusieurs actes pontificaux concernant son culte sont proposés aux fidèles. La phase décisive commencera avec la proclamation de St Joseph, par Pie IX, comme patron de l’Eglise le 8 décembre 1870, à la demande des pères du 1er Concile du Vatican ; et Léon XIII, expliquera les fondements théologiques de ce patronage universel dans son encyclique « Pluries Quamquam», le 18 août 1889, considérée comme la charte des grandeurs et des privilèges de St Joseph.

Si vous voulez tout savoir : en 1892 est instituée l’Association de la Ste Famille et Joseph est proposé, comme le patron spécial des ouvriers et des pères de famille. Ses Litanies seront approuvées par Pie X en 1909 et Benoit XV, le propose comme modèle pour tous les chrétiens. Pie XII institue la fête de St Joseph ouvrier, et la place au 1er mai en 1956. Plus près de nous, Jean-Paul II, dans l’exhortation apostolique « Redemptoris Custos » du 15 août 1989, parlera de sa vie et de sa mission, puis suivront des textes de Benoît XVI, dans des homélies ou ses catéchèses du mercredi. Oui, tout un mouvement, surtout au XIXe siècle en faveur de St Joseph, où ce siècle faisait coïncider les progrès du culte de la Sainte Famille, avec les demandes nombreuses et réitérées pour que l’on puisse mentionner son nom dans le confiteor, ou au canon de la messe (1815 et 1869) et que soit invoqué publiquement, son « cœur très pur ». Rome ne sera pas favorable à toutes ces demandes et même condamnera certaines déviations, comme celle de « sa conception très pure et immaculée » et « sa divine paternité réelle ». Elle demanda même des rétractations. Nous percevons donc, quels étaient les enjeux d’une telle conception de sa vie : ne pas faire de celui qui avait vécu dans la simplicité, une sorte de « super saint » !  Joseph reste et restera toujours, celui dont parlent brièvement les évangiles. Rien de plus ! Il est là pour garder les mystères du salut, il est « le constructeur » disent les textes, de la maison du Seigneur. De nombreuses congrégations voient le jour sous son vocable et au début du XXe siècle, ainsi que la construction de la grande basilique du Mont-Royal au Canada.

Mais revenons aux textes liturgiques. Nous avons bien perçu dans la première lecture et dans le psaume 88 ce qui est dit : « construire ma maison » ; « je serai pour lui un père » ; « ta fidélité je l’annonce d’âge en âge » ; « il me dira : tu es mon père, mon Dieu, mon roc et mon salut ». Et évidemment ces phrases de Paul dans la lettre aux Romains. Elles concernent Abraham, mais nous pouvons les appliquer à Joseph : « Espérant contre toute espérance, il a cru... » « En raison de sa foi, Dieu estima qu’il était juste ». Et la préface en cette fête de St Joseph, redira, en phrases ramassées, tout ce qui le concerne.

Je parlais hier dimanche, du pèlerinage à Jérusalem, proposé par l’évangile de cette fête, lorsque Jésus avait 12 ans et de la réaction de ses parents : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fais cela ? Vois comme nous avons souffert, en te cherchant ton père et moi. » Oui, ils seront perplexes et étonnés de sa réponse, la trouvant… exagérée. Trois jours durant ils vont le chercher dans les divers groupes de pèlerins que forme la caravane du retour. Tous les parents imaginent le désarroi et la peur en pensant à ce qui lui est peut-être arrivé. Et c’est dans le Temple qu’il est assis, au milieu des docteurs de la Loi, à écouter et à poser des questions, lui, le petit villageois de Nazareth ! Tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. Pourquoi Luc fait-il mention de cet épisode dans son évangile ? Pour montrer que déjà, Jésus questionne, et que Marie et Joseph commencent à percevoir en lui ce qu’il est : le Fils de Dieu. Ils le savent évidemment, mais pour convertis et les futurs baptisés, dans les premières communautés chrétiennes, on voulait leur faire découvrir que peu à peu, ils ont à découvrir Jésus, Fils de Dieu, celui qui est l’Alpha et l’Oméga. L’exégète Jean Carmignac, pense que cette incise, vient d’un texte très ancien, d’un présynoptique d’origine hébraïque, qui a été la source de Luc pour cet épisode. Ce sont d’ailleurs ces phrases qui concluent la première période de la vie de Jésus, puisqu’il redescend avec ses parents et rentre à Nazareth pour y vivre encore quelques années. Le rôle de Joseph va se continuer dans l’accompagnement de Jésus adolescent et jeune adulte. Désormais on ne parle plus de Joseph dans les textes de la Parole de Dieu.

En concluant ce tryptique de méditation, je voudrais tout d’abord remercier l’équipe pastorale, pour son invitation à dire quelques mots sur Joseph, le Juste, dans cette paroisse qui est sous son vocable. Mais, je n’aurais pas dû lire l’histoire de la fondation de cette paroisse, car lorsque vous découvrez les noms de tous ces illustres prédicateurs, qui dans la chair de cette église, ont commenté les évangiles et la vie de l’église diocésaine marseillaise, vous refermez tous vos documents et vous vous mettez en prière. Et vous vous posez la question : « Que dire de plus ? » Que dire, après ces conférenciers célèbres, tels que les Pères Eymieu, Didon, Lacordaire, le cardinal Lavigerie, archevêque de Carthage et d’Alger, à qui l’on doit tant pour sa lutte anti-esclavagiste et dont on ne parle plus… et la voix de Saint Jean Bosco, venu prêcher pour les enfants pauvres… et combien d’autres encore.

Personnellement, j’ai redécouvert combien St Joseph est présent à l’Eglise, présent et discret. C’est un beau message en ce temps de carême. Discrétion, pour aider ceux vers qui nous allons, pour leur témoigner la miséricorde et l’amour du Seigneur, mais aussi grande présence d’amitié et de soutien. Puisse ces quelques notes spirituelles, et ce triduum en l’honneur de St Joseph, nous conduire maintenant vers la célébration des fêtes pascales, dans un esprit tout donné et un cœur ouvert aux réalités quotidiennes.

La visite pastorale de notre archevêque dans notre secteur, la célébration de l’anniversaire de l’ouverture du Concile de Vatican II, et la belle exposition qui nous avait été proposée ici l’an dernier, vont nous permettre, et permettre à beaucoup d’autres, de marcher à la rencontre du Seigneur Jésus, dont Joseph est le gardien. Regardez-le. Il porte Jésus sur ses genoux et dans un geste, le soulève et le tend vers nous. Là encore nous retrouvons la simplicité et l’humilité de celui qui a accompagné le Christ pour le donner au monde.

L’année de la foi, «La porte de la foi», qui introduit à la vie de communion avec Dieu est bientôt là, proposée par l’Eglise, pour que nous allions plus loin dans notre vie spirituelle. Nous en franchirons le seuil pour méditer la Parole de Dieu en nous laissant modeler par la grâce qui transforme. Traverser cette porte implique de s’engager sur ce chemin qui dure toute la vie. Nous aurons à être témoins du Christ ressuscité et nous le ferons dans la joie, avec l’aide de Marie et de Joseph. Amen.

Jean-Pierre ELLUL

Recteur de la basilique

du Sacré-Cœur de Marseille

Bibliographie :

Evangiles de Matthieu et de Luc - Acte des Apôtres

Catholicisme n° 25 – Joseph - 1965

Jésus de Jean-Christian Petitfils – Fayard

Manuel pour préparer la consécration du diocèse de Fréjus-Toulon – 2012. 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

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