Sexagésime

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Homélie pour le Dimanche de la Sexagésime 

Paroisse St Charles – 12 février 2012.

Note d'explication concernant la liturgie Tridentine dans le Temps de la Septuagésime. Ce temps dans la liturgie ancienne compte trois dimanches ; il commence toujours la neuvième semaine avant Pâques. Les noms de Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime, désignent non la semaine, mais la dizaine au cours de laquelle tombe chacun de ces dimanches. Ces dimanches préluent au Carême : plus de gloria, ornements violets, le chant de l'alléluia est supprimé. Ce dimanche de la Sexagésime, la station était à Saint-Paul-hors-les-murs. Les textes de la Parole de Dieu : la 2ème lettre de St Paul aux Corinthiens, 11, 19-33 ; 12, 1-9 et l'Evangile de St Luc 8,4-15.

Chers Frères et Sœurs,

        Ce dimanche de la Sexagésime, nous fait entrevoir que le temps de pénitence, le temps du carême, est tout proche et ces dimanches précèdent le mercredi des Cendres que nous célébrerons le 22 février prochain. Ce sera l’appel à la conversion du cœur…

        Comme St Paul, soyons fous, fous de Dieu, fous de porter et de témoigner son messager, fous de croire totalement, intégralement aux paroles du Christ. Rien ne pourra nous séparer de l’amour du Christ, rien ! Ni la faim, ni les persécutions larvées que subit notre Eglise catholique, même pas les critiques ou les quolibets. Rien !

Car nous restons les yeux fixés sur Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous vivons de lui et par lui. Comme l’apôtre St Paul dont nous venons d’entendre la lettre aux Corinthiens, nous tenons fermement dans la foi.

Que de souffrances et de tribulations et surtout pour lui, ce souci de toutes les Eglises. Il se veut tout à tous, prêt à tout, et se glorifie même dans sa faiblesse, car dit-t-il, même quand je suis faible, c’est alors que je suis fort !

Cela lui vient de cette prodigieuse révélation sur le chemin de Damas, lui qui fut élevé auprès du Seigneur de gloire.  C’est lui, Jésus qui l’a converti, qui lui a parlé au cœur, lui disant ces paroles secrètes qui ont bouleversé sa vie. Et il a porté témoignage, malgré l’écharde qu’il avait dans la chair, afin qu’il ne s’enorgueillisse pas !

Pour lui, la Parole de Dieu est tombée dans de la bonne terre. Rien n’a pu l’étouffer. Le semeur à bien lancé sa semence et atteint son but. Et pourtant dès son plus jeune âge, il ne fut pas tenant du Christ, il en était même le persécuteur ayant une haine farouche contre les premiers témoins de la résurrection. Pensons à Etienne qui fut lapidé. Saül était là, à regarder et à approuver. Mais la puissance de Dieu l’a retournée… cette Parole, - puisée dans la Thora, la Loi et les Prophètes,- cette Parole, la Parole du Père,- lui a été révélée dans son Fils Jésus-Christ. Le diable n’a pas pu l’ôter de son cœur, car il n’était pas sans racines, bien au contraire, et rien n’a pu l’étouffer. En est-il de même pour nous ?

Nous, ce qui nous marquera toujours c’est cette force de persuasion. Il est temps, de continuer de proclamer la Parole de Jésus dans notre monde et dans notre vie, dans nos familles, dans notre milieu de travail, à l’école et partout. On nous accusera de prosélytisme ? Non, nous ne sommes pas des prosélytes, nous sommes des croyants, nous sommes du Christ, nous sommes de l’Eglise catholique, nous avons la charge de porter humblement sa parole et d’en témoigner avec intrépidité au milieu du monde.

Changeons de vies ! Soyons en adéquation avec l’Evangile…

Encore me direz-vous ! Mais ce n’est pas moi qui vous le dit, c’est le Christ, c’est l’Eglise qui nous le propose avec force. Et nous, nous répondrons oui ! Oui, Seigneur, je veux porter ta Parole, je veux être au milieu des autres, un véritable témoin, rempli d’amour et d’espérance.

Hier en fêtant Notre-Dame de Lourdes, nous avons tous réentendue les Paroles de la Vierge Marie à Bernadette : conversion et pénitence ; priez pour les pécheurs, lui disait-elle, embrassez la terre en signe de pénitence, mangez l’herbe amère, lavez-vous avec l’eau que je vous donne, oui, grattez la terre pour trouver cette eau, et même si elle est sale, laissez-là couler pour en retrouver sa limpidité ; venez ici en procession, montrant que vous êtes un peuple de marche, que vous avez été lavés par l’eau du baptême et que, plongés en Christ dans le bain de régénération, vous allez vers le sacrement de réconciliation pour le pardon de vos péchés, afin de recouvrer la grâce baptismale.

Hier, la fête de Notre-Dame de Lourdes, en cette journée de prière pour les malades, nous rapprochait de la statue de la  Vierge de Saint-Charles, évoquée ici sous le beau vocable de Notre-Dame des Malades. Nous avons besoin de la tendresse de Marie, car elle nous montre le chemin d’amour que nous pouvons parcourir sous son regard, pour aller vers Jésus son Fils, dans l’Esprit-Saint qui nous fait découvrir l’amour du Père et l’amour que se portent les trois personnes divines.

La servante de Dieu, Sœur Anne-Madeleine Rémuzat l’a bien perçu au XVIIIe siècle, lorsque Jésus lui apparaissait dans son couvent de la Visitation, derrière la Vieille Charité. Là elle fut témoin de la tendresse et de la miséricorde du Seigneur, qui lui montrant son cœur, faisait d’elle une messagère de l’amour miséricordieux. Elle retournera vers son Seigneur, vers le Sacré-Cœur, le 15 février 1730, après qu’elle eut proposé à Mgr de Belsunce de consacrer la ville et le diocèse à son cœur sacré.

Que de révélations divines, dont Marseille et les marseillais ne se souviennent même plus, tant nous avons perdu la mémoire des saints et des saintes qui vivaient dans notre ville. Nous sommes une ville de grande sainteté, mais l’indifférence religieuse actuelle, précédée par le siècle des Lumières, la Révolution Française, les détournements de mai 68, et notre indifférence souvent, tentent d’effacer toutes racines chrétiennes. Mais après l’avoir constaté, comme pour nous en dédouaner, que faisons-nous ? C’est pour cela que nous vivons intensément cette année, comme une année missionnaire.

Revenons vers ces témoins de la foi, car ils nous montrent le chemin. C’est si simple actuellement de retrouver leurs vies et leurs messages. Ils nous renverront tous vers l’Evangile et vers l’Eglise, car ils furent obéissant à l’Eglise et au Magistère, et ce, même durant les temps d’épreuves qu’ils furent à affronter. Pensons, en ces années-là au Jansénisme par exemple… Jamais ils ne se séparèrent de l’Eglise, car ils savaient que là où est Pierre, là est l’Eglise.

Comme eux, nous restons fidèles à Pierre, c’est-à-dire au Pape et au Magistère de l’Eglise, sachant que lorsqu’on tient la main de Pierre on tient la main du Christ, que l’on ne se fourvoie pas et que l’on est dans le droit chemin de la proclamation du Royaume.

Voyez la Parole de Dieu est semée largement. Fasse qu’elle tombe dans de la bonne terre, la bonne terre de nos existences, afin que vous-même, vos enfants et vos petits enfants, toutes nos familles, soient des témoins privilégiés de la foi à Marseille, et que grâce à l’enseignement que vous leur permettez, ils soient nos continuateurs et puissent dire avec nous : « Nous croyons en toi Seigneur ; augmente notre foi et donne-nous le courage de la proclamer à temps et à contre temps. »

L’avenir de l’Eglise qui est à Marseille en dépend et notre archevêque, dans sa lettre pastorale, nous invite à toujours vivre du Christ, à le rayonner, à le proclamer, sous le regard aimant de la Vierge Marie. Le Seigneur sème en nous sa Parole, soyons confiants, soyons sereins, soyons témoins. Amen.

Publié dans Homélies St Charles

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