Salvatore Martinez à Marseille du 8 au 10 mars 2013

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

 

Cette année le mouvement italien du

Renouveau dans l’Esprit Saint (RnS)

fête ses quarante ans : l’année 2012 est donc jalonnée

d’initiatives et d’événements spéciaux.

 

Le président du mouvement, Salvatore Martinez, trace pour les lecteurs de Zenit un bilan de ces derniers mois, mettant en avant le caractère actuel d’un charisme comme celui du RnS à une heure particulièrement chargée de défis spirituels.

 

Zenit – 2012 a été une année particulièrement dense pour le Renouveau : aux rassemblements habituels de Rimini se sont ajoutés l’initiative « Dix places pour Dix commandements », le projet sur « La construction du Centre international pour la Famille à Nazareth », et votre participation au synode des évêques, sans oublier l’audience spéciale que vous a accordé le pape à la veille de la Pentecôte. On dirait vraiment que l’Esprit Saint a beaucoup soufflé à l’occasion de cet anniversaire ...

S. Martinez - Si des vents de doctrine contraires à l’Evangile de Jésus et à son Eglise sont en train de souffler, l’Esprit saint souffle encore plus fort. Et nous en sommes témoins! L’année dernière, il y a eu un kairos de grâces inespérées, signe que nous ne sommes jamais seuls et que le Ciel n’est jamais gris pour ceux qui croient.

Nous avons vécu un vrai Jubilé missionnaire: un jubilé de foi renouvelé par le don de la communion ecclésiale, un jubilé porteur d’une nouvelle espérance pour une culture de la Pentecôte, souhaitée par l’Eglise et par le monde, d’une nouvelle charité, forte, particulièrement attentive aux jeunes, aux familles, aux prêtres, aux plus pauvres et aux personnes seules. « Un apport spécifique à la diffusion du Royaume de Dieu », nous disait le pape à l’audience spéciale qu’il nous a accordées place Saint-Pierre, venant d’hommes et de femmes qui sentent l’attraction du Ciel dans leur vie et qui font de la louange au Seigneur un nouveau style de vie ».

Les confirmations du bon chemin entrepris et de toutes les nouvelles ouvertures en direction de la Nouvelle évangélisation que nous avons enregistrées, sont nombreuses. Il y en a une parmi toutes que je voudrais souligner, c’est la décision du Saint-Père Benoît XVI d’ériger au Vatican une nouvelle fondation, appelée « Centre international Famille de Nazareth », destiné aux familles du monde entier, pour leur soutien spirituel, culturel et pastoral, et dont la construction et la gestion à Nazareth on été confiées au Renouveau dans l’Esprit.

 

Depuis des décennies, on discute du rôle des mouvements pour la Nouvelle évangélisation. C’est pour aller dans cette direction que Benoît XVI a décidé de créer un Conseil pontifical pour la promotion de la Nouvelle évangélisation. Dans son intervention au début du synode, le cardinal Donald Wuerl a fait l’éloge de ces mouvements. Dans l’ensemble, les pères synodaux étaient-ils plutôt ouverts aux réalités comme le Renouveau et les autres charismes?

 

S. M : Conceptuellement, il est difficile de nier l’existence, la valeur, et l’efficacité des pédagogies de foi proposées par les Mouvements d’Eglise et par les Nouvelles communautés, pour toutes les Eglises. Les signes et les fruits sont éloquents, dans certains cas une providence incontournable pour l’animation spirituelle et l’expansion du Royaume de Dieu dans tant d’églises pauvres de chaque continent. Au plan pastoral il y a encore des difficultés sur leur place en vue d’une meilleure intégration à la vie ordinaire des églises locales.

Mais il serait grave de confondre un don avec un problème. Un don reste toujours un don, même quand celui-ci pose des problèmes car, dans le discernement et dans la communion, ils sont toujours surmontables pour le bien de tout le Corps du Christ.

On a beaucoup fait, mais on doit encore faire beaucoup, sans archiver la saison du renouveau postconciliaire sublimée par le pontificat de Jean-Paul II dans la promotion d’un laïcat organisé, et réaffirmée sous le pontificat actuel. La voie maitresse est de promouvoir, de manière adéquate, une «théologie expérientielle des charismes» et une « pneumatologie de la mission » dans la préparation doctrinale des prêtres. L’Eglise est charismatique ontologiquement, physiologiquement. Il ne saurait y avoir de séparation ou d’opposition entre son profil institutionnel, hiérarchique et son profil charismatique, missionnaire.

Voilà pourquoi les mouvements sont une sorte de « provocation bénéfique de l’Esprit Saint, pour que l’Eglise conscientise et explicite encore plus sa nature et son identité, en se déclarant toujours, dans chacun de ses membres, à parti du don de grâce de chaque baptisé, qu’elle est « tout charisme ». Si les charismes participent à la sanctification du peuple de Dieu (Lumen Gentium, 12), comment accepter l’idée que seuls quelques uns soient stimulés à les exercer ? Et comment taire qu’à partir du charisme de l’épiscopat, l’évêque est le premier charismatique à témoigner et favoriser l’exercice des dons de l’Esprit parmi ses fidèles?

La Nouvelle Evangélisation est une cause qui va exactement dans cette direction : redécouvrir notre foi, la ressusciter dans les cœurs et la montrer au monde, pas seulement dans son contenu dogmatique mais aussi dans son dynamisme charismatique.

 

Lors de votre intervention au synode, vous avez dit que « la mère de toutes les crises » est de nature spirituelle et qu’elle se cache aussi dans l’Eglise. De quelle façon ?

 

S. M : La mère de toutes les crises dont nous souffrons est une crise spirituelle, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Eglise. Une crise qui, avant même d’être affrontée au plan culturel, social, économique, doit être lue, combattue et vaincue à un niveau surnaturel. On pourra parler de nouvelle évangélisation lorsque nous saurons, par le biais de l’onction prophétique de l’Esprit Saint, redonner à l’homme sa forme « humaine » mais aussi sa forme « divine », et à nos sociétés néo païennes une nouvelle « éthique des vertus ».

Les nouveaux évangélisateurs naissent donc en contemplant Dieu, en priant; mieux, à genoux; encore mieux prostrés aux pieds devant la sainteté de Dieu. Ils sont les premiers adorateurs de Dieu, puis les révélateurs des mystères de Dieu. La foi en Dieu Amour est le cœur de la nouvelle évangélisation. Et Dieu sied d’abord au cœur puis à l’esprit. Il est donc urgent qu’il ya ait une vraie conversion du cœur de l’Église pour récupérer la sagesse de Dieu, une nouvelle compassion pour l’homme égaré et blessé, un dialogue plus profond avec l’humanité à parti de notre capacité à écouter et faire silence à l’intérieur de nous. De cette manière, nous sentirons refluer la présence, l’illumination, l’inspiration, les motions de l’Esprit.

Saint Paul, à ce propos, est clair et il nous met en garde: « C'est bien une sagesse que nous proclamons, mais ce n'est pas la sagesse de ce monde, c’est la sagesse de Dieu que, par l’Esprit, nous révélons, en interprétant de manière spirituelle ce qui vient de l’Esprit » (cf. 1Co 2, 6.10.13).

 

La dévotion mariale est-elle importante dans la spiritualité du Renouveau?

S. M : La « voie mariale » est la voie des laïcs, des charismes, que nous a enseigné le Bienheureux Jean Paul II. Comment se passer d’une Mère aussi dévouée à ses enfants et si puissante pour lutter contre le mal ? En observant le mystère de l’Immaculée, on constate en revanche combien est grand aujourd’hui le défi du mysterium iniquitatis. L’humilité de Marie, sa pureté, nous apprennent à vaincre la force dominante des systèmes politiques et économiques déshumanisants, l’orgueil des riches, la vanité des savants. Comment plaire à Jésus et comment profiter de ce qui plait à l’Esprit Saint, nul ne saurait mieux que Marie nous le montrer et nous le démontrer! Si Marie n’était pas là … il faudrait l’inventer ! Comment pourrions espérer accéder aux mystères de Dieu sans l’évidence de Marie? L’inatteignable Ciel qui descendit sur terre, nait aussi de nos terres, dans nos vies, pour la même adoption divine reçue de Jésus, par l’Esprit Saint. Marie, en vivant au milieu de nous, dans l’Eglise, nous rappelle que « rien n’est impossible à Dieu », car l’impossible a eu lieu en Elle.

Contempler Jésus avec les yeux de Marie signifie être les nouveaux acteurs de la nouvelle évangélisation. Le RnS prie sans cesse la « Vierge aux mains levées », comme étant la voie d’accès, brève, sûre et parfaite, pour accéder à l’Esprit Saint, Epoux mystique.

Quand Marie est « dérangée », il se passe toujours des merveilles. Nous en avons fait mille et mille l’expérience.

On dit souvent que les mouvements catholiques sont en compétition entre eux. Est-ce la vérité ou un lieu commun ? Des charismes différents peuvent-ils collaborer à la Nouvelle Evangélisation?

S. M : C’est la diversité des dons et des ministères qui fait la beauté et l’unité de l’Eglise. Mais le prix est toujours celui de mourir pour rester en communion et nous présenter au monde comme « un seul » corps, afin qu’il croit. De la suspicion de l’autre on est passé au respect, même si les jalousies et les envies existeront toujours. Celles-ci couvent au fond du cœur de l’homme, nous rappelle Jésus : seule une vie spirituelle renforcée peut arriver à les combattre. Alors qu’il est si beau de se reconnaître dans le don de l’autre! C’est l’autre qui complète mon « être » Eglise, en m’offrant ce qui manque à ma manière de la percevoir et de la vivre. N’oublions pas: chaque charisme, même s’il est donné à un membre du corps du Christ, est toujours pour la totalité du corps.

Donc, chaque don est pour moi, est toujours à mon avantage. En effet, de par la nature même du don qui repose sur la force d’expression, une certaine dose d’autoréférence à soi est inévitable. Chez le jésuite par exemple c’est comme ça, non pas au mépris du dominicain ou du franciscain, mais à partir de ce qui fait de lui un jésuite, c’est-à-dire l’obéissance au charisme de son fondateur Saint Ignace. Il s’agit donc d’une saine autoréférence à soi qui s’exprime dans l’humble considération de soi et la juste évaluation de l’autre. Ce sont des préceptes que je répète depuis 1998, depuis l’historique « Pentecôte avec les Mouvements » voulue par le bienheureux Jean Paul II, quand il s’est trouvé à représenter tout le laïcat catholique lors d’une conférence de presse au Vatican, pour présenter l’événement. Nous avons fait beaucoup de route ensemble ; nous nous connaissons bien et nous nous reconnaissons dans les œuvres et dans les activités qui nous distinguent d’un mouvement à l’autre.

La collaboration est déjà à l’œuvre : Pensons, en Italie, au « Forum des Familles », à «Science et Vie », aux « Réseaux Action » catholiques où l’on s’oriente vers des engagements communs dans la diversité des méthodes et expressions de chaque réalité.

La nouvelle évangélisation rendra encore plus exigeant et je pense que cette synergie est providentiellement plus efficace, surtout lorsqu’il s’agit de défendre l’homme et la justice sociale.

 

Parlons maintenant des Dix Places, un projet très ouvert qui n’accueille pas seulement des personnalités du monde catholique: d’un côté on a surement de grandes possibilités d’évangélisation, de l’autre il y a ceux qui contestent l’opportunité d’initiatives comme celles du « Parvis des Gentils », prétextant que l’on se limite finalement à une pure dissertation intellectuelle où la partie catholique n’est pas en mesure d’exprimer un point de vue fort, autrement dit de transmettre l’Evangile. Mais vous, quels objectifs et quelles attentes concrètes reposez-vous sur cette initiative?

S. M : Partons de ce que dit saint Paul: « Tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8,28). Et comme dirait encore plus Jésus lui-même : « Celui qui n'est pas contre nous est pour nous » (Mc 9,40). Il n’y a donc pas à avoir de doutes sur le fait qu’il y a nécessité d’entreprendre un nouveau dialogue avec le monde, de lui réaffirmer notre identité chrétienne. Cela peut se passer sous des formes et des expressions différentes, en tenant compte des contextes où nous marchons. Le Parvis des Gentils se tourne vers les non croyants, les agnostiques, vers tous ceux qui éprouvent le désir de se confronter à la culture chrétienne engendrée par la vie et par l’Evangile de Jésus Christ, en restant dans ses propres positions. En un mot, nous pourrions dire que ces initiatives sont une « pré-évangélisation ».

Le Projet Dix Places pour Dix Commandements (en fait il y en aura onze) est lui plus confessionnel et il a valeur de témoignage, il donne des thèses sans antithèses. Il a pour ambition de ramener la Parole de Dieu parmi les hommes par la créativité; de réaffirmer la primauté de la loi de l’amour de Dieu, qui est à la base de styles de vie corrects, universels, durables, pour chaque culture et civilisation. A une époque où les gens meurent et se laissent mourir, avec le Décalogue nous offrons des vraies leçons de vie, des exégèses du vécu avec les yeux et les accents différents de croyants qui représentent le monde de la science, de l’économie, du sport, des mass médias, de l’art, de la politique. Des personnes connues ou ordinaires qui, entre témoignages, prières, réflexions, musiques et projections d’images, rappellent à nos villes qu’il vaut mieux inclure Dieu dans l’horizon humain de nos sociétés et de nos familles.

Nous avons déjà produit trois relectures du premier commandement à Rome, du second à Vérone, du quatrième à Naples, avec une réponse extraordinairement positive et une très large appréciation de la part de toutes les institutions concernées. Le pape aussi a été et sera très présent avec un message vidéo réalisé exprès intitulé: « Quand l’amour donne un sens à Ta vie … ».

Nous avons recommencé le 8 juin à Milan, avec le troisième commandement, durant les 4 samedi de juin et les 4 samedi de septembre. Une caravane de l’Esprit qui traversera toute l’Italie, en s’échangeant la barre de la Nouvelle Evangélisation.

 

Nous voici désormais en pleine période de l’Avent : comment le RnS se prépare-t-il au Noël? Quel message donnez-vous d’habitude à vos membres?

S. M : Cette année j’ai voulu reprendre « le rappel » de Dieu aux sept églises de l’Apocalypse, en faisant de chaque appel à la conversion une prière en vue de la nouvelle évangélisation. Jésus revient encore parmi nous, en homme, prélude historique de son retour glorieux et définitif. Comment préparons-nous ces « derniers temps »? Comme des enfants dans l’attente désireuse de recevoir un nouveau cadeau ? ou comme des vieux, comblés et fatigués de vivre, incapables de s’étonner devant les nouveautés ? Il faut de nouveaux sens spirituels, renouvelés par l’Esprit, pour que cette nouvelle venue de Jésus ne nous laisse pas indifférents et remette en mouvement de nouvelles énergies de bien.

Les souffrances se multiplient autour de nous: le Noël éradique l’indifférence, l’amour tiède, l’activisme sans cœur, l’impatience devant le mal, la peur de faire du bien. « Ne vous lassez pas de vous adresser au Ciel », nous recommandait Benoît XVI le jour de l’Audience spéciale au RnS. Il faut vraiment lever les yeux, nous détacher de la pointe de nos pieds. Les mages arrivent vers l’Enfant Jésus, en observant le Ciel et non pas en marchant à vue d’homme. Qu’il en soit ainsi aussi pour nous : pour retrouver Jésus, dépassons les limites aveugles et désespérés de ce monde.

Donnons une haute mesure à notre foi, en produisant des dignes fruits de conversion. Ce Noël ne sera alors pas seulement un « bon Noël » mais un « saint Noël », c’est-à-dire une renaissance de la sainteté de Dieu en nous et en dehors de nous. Et en nous Jésus ne restera pas un nouveau né : il grandira et nous avec lui, en force et sagesse.

 

 

Salvatore Martinez, sera à Marseille,

du vendredi 8 au dimanche 10 mars 2013,

invité par la Communauté du Cœur de Jésus.

Nous vous tiendrons au courant

des différentes célébrations et conférences

que ce soit en la basilique du Sacré-Cœur

où dans Marseille.

http://www.communautéducoeurdejesus.com/

http://sacrecoeurprado.over-blog.com/

 

Publié dans vu sur l'Internet

Commenter cet article