MESSE DES ARTISTES 2013 - TOILES DE NICOLAS FROPO DE HABART

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

 

 

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2013

Mercredi des Cendres 13 février

Au Sacré-Coeur de Marseille 

       

Chers Amis Artistes,

Chers Frères et Sœurs,

 

Je remercie tous les artistes d’avoir répondu à notre invitation. Je salue Mesdames Janine Imbert et Eske Palmiéri, déléguées à la musique et aux édifices culturels de la Mairie de Marseille. Merci d’être présentes parmi nous ce matin.

Je connais le Père Nicolas Fropo depuis de très nombreuses années et j’ai suivi son évolution picturale, ses joies, ses questionnements, ses hésitations, son application à rendre sur toile ou sur papier, cette parcelle de divinité que le créateur met en nous, pour nous permettre de vivre, de respirer, de dire, pour ne pas sombrer dans la désespérance, et faire transparaître la beauté du créateur.

Sous le ciel bleu des Hautes-Alpes, pendant les périodes estivales, c’est vrai que ses œuvres, -lorsque j’ai la joie de les découvrir, l’encre ou la peinture encore fraîche-, sont magnifiées par la beauté des montagnes, aux senteurs de tilleuls et de lavandes.

En regardant ses toiles exposées dans notre basilique, on pressent un mouvement de tendresse, un appel à vivre, une joie contenue.

Oui, c’est cela l’artiste ; c’est, comment dire « un humain confronté au dire, au vouloir », et Nicolas Fropo, cherche à représenter la vie de tout homme et de toute femme avec leur difficulté à être.

Les visages et les corps représentés sont vivants et souvent souffrants. Mais ils sont debout devant Dieu et l’humanité. Il n’a pas une approche tragique de la vie humaine car l’humain n’est pas en résistance.

Pourtant quelque fois, il proteste car il est blessé, cabossé, mais toujours en attente et  l’artiste ne peut pas fermer les yeux sur cet aspect de la vie des hommes.

On regarde la vie dans ses toiles, et la vie telle qu’elle est : belle et abîmée. Quand il peint les yeux, il les peint fermés, puis il fait ouvrir leurs regards… sur l’horizon… l’au-delà…, le dedans.

Un regard qui va vers…, un regard qui interpelle ; le visage, peut-être aussi un visage désolé, presque hagard, mais avec au lointain, comme une silhouette malingre, avec de longues traces brunes, ce gris-noir envahissant, avec çà et là, quelques touches de rouge de Venise, imperceptibles…

Comme tout artiste, tout peintre, ses mains sont tachées, comme couvertes de cendres ; il faut tant de reprises, pour aboutir à cet inachèvement !

Tout créateur se sent quelques fois perdu, et je l’expérimente souvent moi-même, lorsqu’on est comme au bord de l'abandon.

A quoi bon, cette lutte avec l'ange ? Pourtant, au lendemain, une lumière naissante apparaît, au cœur même de cette toile saturée d'ombres, de cette pâte de verre sortie du feu, de ce tissu qui prend forme, mais ce peut-être aussi, une œuvre délaissée, une toile abandonnée, du verre qui attend qu’on lui donne forme, pour qu’il puisse dire ou suggérer… ou même une chasuble qui ne se fera pas, car ce n’est pas le moment.

Nicolas Fropo écrit ceci : « Et si la peinture était l'ébauche de la rencontre avec Celui qui a promis de me saisir dans ses bras, après tant de rendez-vous manqués ?

« Faut-il pour cela que j'accepte la blessure essentielle, cette difficulté d'être, qui parfois m'étreint et cependant, ne se refuse pas à la joie ? Je le découvre, lorsque je suis devant le chevalet : il me faut consentir à descendre au creux de la matière défigurée, là même où la couleur meurt, où la nuit se livre, enfin, à la lumière. »

 

Valérie Duron-Pechere, après des années, a accepté ce lien incroyable entre l’Art et la spiritualité. Aujourd’hui, elle a la certitude d’avoir à transmettre quelque chose d’essentiel, qui devient source d’énergie. C’est elle, cette année qui dira la prière pour les artistes marseillais.

 

Pour les uns, comme pour autres, comme aussi pour Chantal Giraud, dont l’extrême sensibilité l’a poussée à aller plus loin, en se confrontant directement à la matière et à la lumière, le don que Dieu met en nous, est source de grâces et de bénédictions. A nous de le proposer, à nous de témoigner de la beauté, pour que le monde ne sombre pas.

 

Et mon regard se lève vers la tribune de l’orgue, pour redire à Christophe Guida un profond merci, car il nous aide à prier durant nos liturgies dominicales, mais aussi comme mentionnés sur vos feuilles, je salue la présence de Muriel Tomao, de Stéphanie Ventuso, de Cyril Achard et d’Emmanuel  Garoute, ainsi que les élèves de Mélodie 7 et à leur directeur Pierre Federicci. Je dis ma reconnaissance au Frère Dessolin, aumônier des Artistes du diocèse d’Aix et d’Arles, pour m’avoir permis de connaître Chantal Giraud, lors de la messe de la Culture que j’ai présidée en l’abbaye de Saint-Victor le jeudi 7 février dernier, lors des fêtes de la Chandeleur.  

 

    A la fin de la célébration, Mgr Ellul demande de prier pour le Père  André Gence, décédé depuis quelques années et qui fut son collaborateur le plus proche, lorsqu’il était responsable de la Commission diocésaine Art, Culture et Foi, que lui avait confiée le cardinal Robert Coffy (1987-2012), ainsi que pour Suzy Fouchet et Genevière Deltort et Mgr Charles Seinturier qui ont tant fait pour l'abbaye de St Victor et la musique à Marseille.

Reçu de Janine Moreau, ce courriel juste avant le début de l’Eucharistie : « trop lourd cette année, je ne serai pas parmi vous ce mercredi et le regrette fort. En grande communion avec vous tous pour cette belle cérémonie que j'aime. Que tous les artistes soient bénis. Affectueusement Janine MOREAU".

Merci à tous les artistes présents.

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Homélie du Père Nicolas FROPO de Habart

 

«Fragile comme un enfant, fort comme un dieu»

Tel est  l’artiste décrit par Andrée Lafon dans son ouvrage intitulé « Radioscopie d’un créatif ». Chacun de nous, je le crois, fait cette expérience étonnante et déroutante tout à la fois !

L’aventure artistique, l’immersion au cœur de la création est un véritable paradoxe : le doute peut survenir au moment même où l’œuvre nous semble achevée, la joie nous saisit parfois de ses bras puissants alors que le ratage nous guette, quand l’insatisfaction nous envahit, telle l’ombre d’un soir d’hiver.

Tantôt le regard d’autrui nous désarçonne - il est si impérieux, voire impudique, et pourtant nous cherchons avidement à le croiser, ce regard ! – tantôt la critique nous donne des ailes tandis qu’elle nous éreinte. Et puis à quoi bon poursuivre lorsque la fatigue nous accable, lorsque l’inspiration nous semble un trompe-l’œil, que la reconnaissance tarde. Pire, comment résister aux exigences économiques, comment conserver cette liberté essentielle, ce refus de la mode, du «  bien céans », des convenances ?

Telle une lame de feu, cette tension traverse notre vie d’homme et de femme ! Elle est de l’ordre de l’expérience spirituelle car, plus que  le reflet de cette « difficulté d’être » selon la belle expression de Cocteau, elle est le creuset d’un inachèvement fondamental, celui de notre condition humaine. De la déchirure naît le désir, de la dissonance, l’attente de la Rédemption… Et vous le savez, seule la béance laisse passer la lumière.

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Nous allons recevoir sur nos fronts marqués d’une étoile en forme de cicatrice, dans nos mains tachées d’ombres et de couleurs, quelques traces de cendre : ainsi sommes-nous appelés à devenir plus encore des êtres vibrants d’humanité. Tout homme l’est aussi. A cet égard, l’artiste ne se distingue en rien de ses contemporains. Il est pétri de la même glaise, taraudé par le même désir d’aimer, assoiffé de ces rencontres qui nous transportent au plus loin de nous-mêmes. Tout autant, sommes- nous heurtés par la violence et l’injustice du monde (parfois nous en sommes complices !) fascinés par l’émotion d’un regard et la pureté d’une ligne mélodique, la force des corps enlacés et l’indicible beauté d’une page d’écriture…« Convertis-toi et crois à l’Evangile !

Cette parole accompagne ce peu de terre brûlée qui va marquer nos corps. Convertis-toi, retrouve le chemin intérieur qui est le tien, cet intime au plus intime de toi-même où Dieu est là, discret et toujours aimant, quoique tu fasses ou que tu deviennes.

Dieu qui a chair humaine pour les chrétiens, demeure toutefois cet étranger vêtu de noir, ruisselant de lumière, qui me ressemble comme un frère, pour paraphraser Musset, cet éternel absent si proche et si lointain. Ce tout Autre qui a un nom et qui n’en a aucun, il a le visage du Christ et restera à jamais une interrogation troublante pour nombre d’entre nous. Convertis-toi, sois libre de Le rencontrer ou de L’ignorer mais cherche toujours. Poursuis cette quête intérieure, haletante, sans jamais connaître le bout du chemin. Laisse-toi dérouter…Crois aussi à l’Evangile, cette Bonne Nouvelle écrite page après page, dans la sueur et les rires, dans l’épaisseur de ta vie, dans le labeur de la création artistique.

L’art comme la foi, sont terre inconnue où le Christ nous a précédés ! Puissions-nous la parcourir au milieu des tempêtes comme au sommet des montagnes incandescentes…Et j’aime à penser alors, à Son visage qui nous ressemble tant, ce visage creusé par l’attente, mouillé par l’émotion, durci par la colère et souriant de tendresse, interrogatif parce qu’il ne comprend pas, lumineux parce qu’Il se sait aimé !

De tout cœur, je vous souhaite cette Rencontre tant espérée ! Puissions-nous murmurer un jour, tout simplement : « c’était Lui et c’était moi ! »

Nicolas Fropo.

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