Messe à la mémoire du Général Bigeard

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Homélie pour la messe de Requiem célébrée à la mémoire du Général Marcel Bigeard - 29 septembre 2010

Sacré-Cœur de Marseille.

 

Monsieur le Maire,

Mesdames, Messieurs les Elus,

Mon Général,

Cher amis,

Chers Frères et Sœurs dans le Christ,

Et en ce jour, l’Eglise universelle propose à notre méditation la mémoire des archanges Michel, Gabriel et Raphaël. Nous venons d’entendre le livre de l’Apocalypse de St Jean nous parler de combat dans le ciel pour vaincre le Dragon, le serpent des premiers jours, celui qu’on nomme Démon et Satan.

Et cette voix qui retentit de toute éternité : « Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu et le pouvoir de son Christ ! » Le pouvoir du Christ, nous le savons est un pouvoir de service, dans l’abaissement et l’humilité, dans la grandeur et la force de la croix, dans ses souffrances pour nous tous et sa résurrection d’entre les morts. Et si nous pouvons présenter au Seigneur la vie et l’âme de nos défunts, c’est parce qu’il nous a préparé une place auprès de lui. Et tout homme le verra dans la lumière de la résurrection.

C’est ce face-à-face qui nous attend tous et lorsque nous paraîtrons devant lui, il essuiera toutes larmes de nos yeux et nous le verrons tel qu’Il est. Voilà pourquoi nous sommes nombreux dans cette basilique ce soir, pour prier et nous souvenir.

Le Général Bigeard est retourné vers le Seigneur le vendredi 18 juin 2010, à Toul, en Meurthe-et-Moselle, à l'âge de 94 ans et inhumé le 22  à St Louis des Invalides.

A la fin de cette eucharistie, c’est le Général  Maurice Schmitt fera son éloge, puis nous entendrons la prière du Para, dite par Jacques Midague.

«Ma vie, c'est une histoire trop rapide… La guerre, la gloriole. J'ai aimé ça, quoi !» Ainsi s’exprimait-il avec la faconde que vous lui connaissiez. Ce fut un choix de vie ; une vie de service et d’honneur de la France, de sa grandeur. Avec une parole vraie, percutante, aux accents de l’Evangile : « Que ton oui soit oui ! Tout le reste est inutile ou témoigne de la tiédeur.

Mais comment ne pas nous rappeler que le Seigneur demande à tous un chacun, d’avoir un cœur pur et une vie toute donnée, à sa famille, aux autres, à ceux qui nous sont confiés. Dans toute vie, il y a des ombres et des lumières. Il y a aussi l’obéissance aux ordres !

Grandeur et écoute, forte gueule, mais aimant les contacts humains, vrai dans son action et dans ses paroles. Est-ce pour cela qu’il prendra le prénom de Bruno, comme indicatif radio en Indochine, puis en Algérie ? Bruno, c’est l’homme de la  radicalité  dans la prière, dans le silence intérieur, dans la contemplation de celui qui est Amour et qui a donné sa vie pour ceux qu’il aime.

Puis-je me permettre de citer ces phrases d’un grand quotidien National ? « Partout où il passe, Diên Biên Phu ou Philippeville, il ne veut pas seulement être le meilleur, il veut être le premier : C'est une leçon que m'a transmise ma mère ! Quand je n'étais pas premier à l'école, je prenais une trempe. » C'est d'abord elle, Sophie Bigeard, qui a fait Marcel : une femme de fer, l'accablant pour sa promotion jugée trop lente, l'engueulant à son retour d'Indochine pour s'être laissé prendre. Un aiguillon pour aller de l'avant, envers et contre tout. »

L'autre femme de sa vie s'appelle Gaby. Elle habitait la maison à côté de la sienne, il l'a épousée en 1942 et elle l'a suivi partout, rejoint au fin fond de la jungle ou de la brousse, accompagné des remparts de Toul aux lambris des palais de la république. Nous pensons à elle ce soir et à sa fille.

« Bien faire et le faire savoir. » Cette maxime qu’il aimait tant, n’est peut-être pas tout à fait évangélique, encore que l’Evangile nous propose toujours de faire le bien, dans la reconnaissance de l’autre, dans le don de soi, mais également dans le rayonnement de ce qui nous a été donné de pratiquer, mais avec humilité. Oui cette phrase que l’on a si souvent rappelé au lendemain de sa mort, avait le mérite d’être percutante, dans ce monde où la parole doit être vraie ! Cela permettait aussi à ceux qui l’entouraient de savoir qu’en recevant son message, ils se grandissaient. Aux dires du Général Cann, l’un de ses lieutenants, il exerçait cet art subtil de les rendre complices de ses projets ; ou lorsqu’il demandait à ses paras de quitter les rangs et de se resserrer autour de lui, il avait des mots simples pour leur parler, un cœur à cœur qui les fascinaient…

Il aimait ceux qui lui étaient confiés et dont il avait la responsabilité. C’était un Français, un chrétien, un militaire, un visionnaire, un homme de droiture et de grandeur, qui avait forgé sa légende et celle de ses hommes en cultivant un style ascétique et le culte de l’effort physique.

Erwan Bergot, qui lui consacra une belle biographie, a écrit qu’il fut aussi un chef de bande qui peut tout demander à ses hommes, parce qu’il est prêt à tout leur donner.  «Être et durer. » Et ces hommes, ses soldats, savaient que la grandeur çà s’apprend !

Il retrouve dans le Royaume des Cieux tous ceux qui l’ont précédé, ses proches, ses amis, mais également tous ceux qui ont donné leur vie pour la grandeur de la France et pour notre liberté.

Il prend place dans cette trop longue liste dont les noms sont inscrits sur les murs de l’abside de notre basilique, témoins des grandes guerres, témoins de leurs vies héroïques, où jour après jours, ici, la prière s’élève pour le repos de leurs âmes et va les rejoindre. Dépassant l’amour d’eux-mêmes, ils sont allés jusqu’à la mort, rappelle l’Apocalypse.

Nous le confions à la miséricorde du Seigneur, ce Seigneur qui l’a reçu et qui, par ses souffrances sur la croix, nous a valut d’être introduits dans l’admirable lumière de son Royaume.

Qu’il repose dans la paix. Amen.

 

A la fin de la messe de Requiem :

« Remerciements à Mgr Aquilina, au diacre Georges Renoux, à tous les porte-drapeaux UNP 130 et LH et A.C aux ordres de Jean-Pierre Scalesse, ainsi que ceux qui ont œuvré pour préparer cette célébration et en particulier le président UNP 130 Daniel Angot, notre organiste Me Christophe Guida et tous les parachutistes.

 

Ref : Journal Le Figaro du 19 juin 2010

Le Spectacle du Monde n° 569 - juillet-août 2010

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