Le Pape Benoît XVI

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

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Homélie pour le 1er dimanche de Carême – Année C – 17 février 2013. Basilique du Sacré-Coeur de Marseille.

 

        C’est avec surprise que nous avons appris, le lundi 11 février dernier, la renonciation au siège de Pierre, du pape Benoît XVI, annoncée en la fête de N-D de Lourdes. Elle nous a laissés et laissé les journalistes sans voix, et avec eux, nous nous sommes mis à rechercher depuis quand un pape avait renoncé à son pontificat. Nous le savons désormais : ce fut le pape Célestin V, Pape durant cinq mois en 1294, de juillet à décembre, qui fut le seul pontife de l’histoire à avoir démissionné de son plein gré, se sentant indigne de la fonction, pour retourner à sa vie monastique.

Il était près de midi, lorsque Benoit XVI dit en latin aux cardinaux : « Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l'avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministèrepétrinien. Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli, non seulement par les œuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière. Cependant, dans le monde d'aujourd'hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l'Evangile, la vigueur du corps et de l'esprit est aussi nécessaire, vigueur qui ces derniers mois, s'est amoindrie en moi d'une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m'a été confié. C'est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d'Evêque de Rome, à partir du 28 février 2013. A vingt heures, le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave, pour l'élection du nouveau Souverain Pontife, devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire ».

On se surprend alors à réfléchir sur ce qui a dû se passer en lui, durant de longs mois, avant d’annoncer en toute conscience, la décision de mettre fin à son mandat pontifical !

Les 3 tentations de Jésus au désert, proposées par St Luc, peuvent nous donner une idée des réflexions spirituelles qui ont dû se présenter au Saint-Père : - longs moment de prière et de méditation pour se persuader du bien fondé de sa décision ; puis ce temps de désert, de solitude, pour en garder le secret ; - évaluation des conséquences, avant d’annoncer une telle décision, et les répercussions que cela aurait pour l’Eglise universelle !

Souvenons-nous de l’annonce de sa nomination comme pape, lorsque la fumée blanche s’éleva de la chapelle Sixtine en avril 2005 et que son nom fut prononcé : consternation pour les uns, hommage unanime pour les autres, avec un grand respect pour cet homme, qui avait accompagné la réflexion théologique au Concile Vatican II, puis durant de longues années à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Car dès la mort de Jean-Paul II, les journalistes et les vaticanistes, avaient déjà fait leur choix dans le long listing des 115 cardinaux, qui allaient entrer en conclave. Les préférences allaient bon train, les paris aussi : un Sud-Américain ou un cardinal originaire de l’Afrique ; mais alors, pourquoi pas de l’Océanie ? On ne nommait pratiquement jamais les pays arabes, on écartait ceux qui ne plaisaient pas, car trop progressistes ou trop retardataires. C’était sans compter sur l’Esprit-Saint !

Le chant de la litanie des saints, qui accompagnait l’entrée des Cardinaux dans la chapelle Sixitine, était accompagné du répons : « Soutiens le nouveau Successeur de saint Pierre », car le conclave fut d’abord une célébration, empreinte de prière et de confiance. Un conclave rapide qui vit l’élection de Joseph Ratzinger, lequel les jours précédents, au cours des messes de Requiem pour le pape défunt, n’avait pas adopté « la langue de buis » : il avait dit haut et fort, ce qu’il convenait de changer dans l’Eglise, pour qu’elle soit fidèle au Christ. Lui qui avait eu la responsabilité de l’Eglise, durant la vacance du siège, devenait le successeur de Pierre, et pour lui, pas de tentation de grandeur.

Car le jour de son intronisation, il disait que son véritable programme de gouvernement, était de ne pas faire sa volonté, de ne pas poursuivre ses idées, mais, avec toute l’Église, de se mettre à l’écoute de la parole et de la volonté du Seigneur, de se laisser guider par lui, de manière que ce soit lui-même qui guide l’Église (…).

 

Puis, il rappelait l’image du pasteur et de celle du pêcheur, avec un appel très explicite à l’unité. « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur» (Jn 10,16). Il évoquait le récit des 153 gros poissons, faisant la constatation joyeuse que malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré ! (Jn 21,11).

« Hélas, disait-il, sur la Place St Pierre, ce 24 avril 2005, hélas, Seigneur bien-aimé, aujourd’hui le filet s’est déchiré, et nous aurions envie de le dire avec tristesse ! Mais non, nous ne devons pas être tristes ! Réjouissons-nous de ta promesse, qui ne déçoit pas, et faisons tout ce qui est possible, pour parcourir la route vers l’unité que tu as promise. Faisons mémoire d’elle comme des mendiants, dans notre prière au Seigneur. Oui Seigneur, souviens-toi de ce que tu as promis. Fais que nous ne soyons qu’un seul Pasteur et qu’un seul troupeau ! Ne permets pas que ton filet se déchire et aide-nous à être des serviteurs de l’unité ! »

Lorsqu’il s’assit sur sa cathèdre, -non à St Pierre, mais à St Jean de Latran-, n’oublions pas que le Pape est évêque de Rome, le samedi 7 mai 2005, il souligna que : « dans ce mystère de l’Eucharistie, l'amour du Christ se fait toujours tangible parmi nous. Là, il se donne toujours à nouveau. Là, il laisse son cœur être toujours transpercé à nouveau ; là, il tient sa promesse, la promesse qui, de la Croix, devait tout attirer à lui… Le ministère du Pape est la garantie de l’obéissance au Christ et à sa Parole. Le Pape, ne doit pas proclamer ses propres idées, mais se lier constamment, lui-même et l’Eglise, à l’obéissance à la Parole de Dieu, devant toutes les tentatives d’opportunisme. Aussi, son pouvoir n’est pas au-dessus, mais « au service de la Parole de Dieu » et sur lui, repose la responsabilité de faire que cette Parole puisse conserver sa grandeur et puisse résonner dans sa pureté, et non dispersée au gré des changements continuels des modes ».  

L’impulsion fondamentale du pape Benoît XVI a toujours été de dégager le cœur de la foi de ses couches sclérosées, et de donner à ce cœur, force et dynamisme. « Cette impulsion, disait-il souvent, est la constante de ma vie ! » La clé, pour lui, c’était la primauté de Dieu, la référence absolue à l’obéissance de la foi. Ce pape, que l’on a présenté comme un conservateur, fut en réalité un réformateur, mais un réformateur spirituel: la réforme de l’Église qu’il a voulue, est un retour au centre, et ce centre, c’est le Christ. Cette spiritualité, s’est déployée tout au long de sa mission pontificale. Ainsi, face à la crise de la pédophilie parmi le clergé, qui fut une grande souffrance pour lui, le pape a toujours préféré la vérité. Il a eu le courage de se confronter à la réalité, pour obéir à Dieu. (Mgr Bruno Forte).

Chers Frères et Sœurs, en relisant ces quelques extraits des textes de ses premières homélies et des réactions que sa renonciation à suscitée, nous redécouvrons combien ce pape a aimé l’Eglise et l’a servie, non comme un puissant de ce monde, mais comme un humble serviteur de la vigne du Seigneur. Et durant les interviews qu’il a quelques fois accordées, à ceux qui voulaient retracer sa vie, il fut très clair sur la tâche que lui avait confiée le Seigneur, disant que si ses forces venaient à lui manquer, il renoncerait à en exercer la charge, en toute liberté.

C’est au nom des cardinaux présents au consistoire en ce 11 février, après l’annonce du St Père, que le cardinal Angelo Sodano, cardinal-doyen, lui dit :"Je me souviens du 19 avril 2005 lorsque je vous ai demandé, à l'issue du conclave, si vous acceptiez votre élection canonique au pontificat suprême, et de votre acceptation, à la grâce du Seigneur et sous les auspices de Marie, la mère de l'Eglise. Ce jour-là, comme elle, vous avez dit « oui » et ouvert ce beau pontificat, dans la continuité de l'histoire de l'Eglise, dont vous avez tant parlé, et dans le sillage de vos 265 prédécesseurs; de l'apôtre Pierre, le simple pêcheur de Galilée, jusqu'aux grands papes du siècle passé, de saint Pie X au bienheureux Jean-Paul II".

"Très Saint-Père, avant le 28 février, jour que vous avez fixé pour terme d'un ministère pétrinien, fait de tant d'amour et accompli avec tant d'humilité, nous aurons l'occasion de mieux vous exprimer notre attachement, à l'instar de tant de pasteurs et de fidèles, de tant de personnes de bonne volonté et de responsables de par le monde. Et puis nous aurons encore la joie d'entendre votre voix de père et de pasteur (…) aux prochains angélus dominicaux. Ceci dit, votre mission se poursuivra, puisque vous nous avez assurés de votre proximité et de votre témoignage dans la prière. Comme les étoiles du ciel, celle de votre pontificat continuera donc à briller parmi nous.

Chers Frères et Sœurs, en ce temps de carême, faisons-nous tout proches du St Père et j’espère que nous serons très nombreux, le jeudi 28 février, ici à 19h, dans notre basilique, à participer à la messe, que notre archevêque Mgr Georges Pontier viendra célébrer avec tout le diocèse,  afin de rendre grâce.

Je vous souhaite de ne pas avoir trop de tentations durant ce carême : ni de suffisance, ni d’arrogance, ni d’orgueil ; au contraire, comme Jésus, rejetons tout cela, pour faire place à la prière, aux sacrifices, aux bonnes œuvres, au jeûne et au partage, sachant que « nous ne vivons pas seulement de pain, mais de toute parole venant de la bouche de Dieu », et ainsi, comme le dit St Paul, rappelant l’Ecriture : « en invoquant le nom de Dieu, nous serons sauvés de nos péchés ». Amen. Mons. J-P Ellul. 

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 Bibliographie : Discours de Benoît XVI - site du Vatican -Jean-Marie Guénois : Benoit XVI, le pape qui ne devait pas être élu - JC Lattès - 2005 - Site de la Conférence Episcopale Française. - Entretiens de Peter Seewald avec le Cardinal Ratzinger - le sel de la terre - Flammarion-Cerf - 1997

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