La Transfiguration - Paroisse St Charles - 2ème dimanche de carême 2013.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

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 +Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit – Amen.

« Vers toi Seigneur, j’élève mon âme, en toi mon Dieu je cherche un abri », avons-nous chanté avec le psaume 24 pour l’introït de cette messe en ce 2ème dimanche de carême. Et l’évangéliste St Matthieu nous rapporte la transfiguration de Jésus, comme  pour  nous rappeler que nous devons être transfigurés par sa Parole en cette Année de la Foi.

C'est sur ce mystère de lumière intense que la liturgie nous invite aujourd'hui pour fixer notre regard, sur le visage transfiguré de Jésus où brille un rayon de la lumière divine. C’est cette même lumière qui resplendira le jour de la Résurrection et cet évangile de la Transfiguration nous apparaît comme une anticipation du mystère pascal, nous invitant à ouvrir les yeux du cœur, sur le mystère de la lumière de Dieu, présent dans toute l'histoire du salut.

Déjà, au début de la création, le Tout-puissant dit dans le livre de la Genèse : "Fiat lux - Que la lumière soit!" (Gn 1, 2), et ainsi eut lieu la séparation de la lumière d'avec les ténèbres.

Comme pour les autres choses créées, la lumière est un signe qui révèle quelque chose de Dieu: c'est comme le reflet de sa gloire, qui en accompagne les manifestations. Lorsque Dieu apparaît, "son éclat est pareil au jour, des rayons jaillissent de ses mains" rappelle le livre d’Habacquc. (3, 3sq).

La lumière, dit-on dans les Psaumes, que le St Père et toute la curie ont médités durant toute cette semaine de retraite au Vatican, animée par le cardinal Ravasi, est le manteau dont Dieu se drape (cf. Ps 104, 2). Ces psaumes doivent devenir tellement nôtres, qu’ils sont comme une « rumination de l’âme en prière ». Avec le Livre de la Sagesse, le symbolisme de la lumière est utilisé pour décrire l'essence même de Dieu : la sagesse, effusion de la gloire de Dieu, est "un reflet de la lumière éternelle", supérieure à toute lumière créée (cf. Sg 7, 27.29sq).

Dans le Nouveau Testament, c'est le Christ qui constitue la pleine manifestation de la lumière de Dieu. Sa résurrection a éliminé pour toujours, le pouvoir des ténèbres du mal. A travers le Christ ressuscité, la vérité et l'amour triomphent sur le mensonge et le péché.

En lui, la lumière de Dieu illumine désormais de façon définitive la vie des hommes et le chemin de l'histoire: "Je suis la lumière du monde - affirme-t-il dans l'Evangile. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie" (Jn 8, 12).

Oui, nous avons besoin, en notre temps, de sortir des ténèbres du mal, pour faire l'expérience de la joie des fils et des filles de la lumière, rappelait Benoît XVI dans une de ses homélies sur la Transfiguration. (6 août 2006).

Alors qu’il s’apprête à entrer dans une prière intense pour le Corps mystique de l’Eglise, nous voulons remercier notre pape pour ce pontificat, rempli de grâces et de bénédictions.

N’oublions jamais ce que nous avons reçu de lui, surtout nous qui en ce diocèse, en notre paroisse, bénéficions de cette liberté qui nous permet de prier et de célébrer avec l’usus antiquior. Merci également à Mgr Pontier, notre archevêque, de nous avoir donné cette paroisse, qui restera à l’avenir réservée aux célébrations selon le missel du bienheureux Jean XXIII.

Et je voudrais souligner, rappeler et remercier celui qui a « transfiguré » nos existence et notre liturgie, le pape Benoît XVI, rendant à celle-ci, droit de cité, l’éclairant d’une lumière toute spéciale en écrivant entre autre: « Aussitôt après le Concile Vatican II, on pouvait supposer que la demande de l’usage du missel de 1962 aurait été limité à la génération plus âgée, celle qui avait grandi avec lui, mais entre-temps, il est apparu clairement que des personnes plus jeunes découvriraient également cette forme liturgique, se sentant attirées par elle et y trouveraient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convient parfaitement… » (Motu proprio-Lettre aux évêques ; juillet 2007).

Et de rappeler aux évêques du monde entier que « votre charité et votre prudence pastorale serviront de stimulant et de guide pour perfectionner les choses. D’ailleurs, les deux formes d’usage du Rite romain, peuvent s’enrichir réciproquement : dans l’ancien Missel pourront être et devront être insérés les nouveaux saints et quelques une des nouvelles préfaces… et dans la célébration selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte que cela a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers la forme ancienne du Rite romain ».

Et le pape d’ajouter : « J’en arrive ainsi à la raison positive qui est le motif qui me fait actualiser, par ce Motu proprio, celui de 1988. Il s’agit de parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Eglise. En regardant dans le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques, où la division commençait à naître, les responsables de l’Eglise n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité ; on a l’impression que les omissions dans l’Eglise, ont eu leur part de culpabilité, dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider. Ce regard vers le passé nous impose aujourd’hui une obligation : faire tous les efforts, afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité, aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau ». (…)

« Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie, est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous et ne peut à l’improviste, se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Eglise, et de leur donner leur juste place. Evidemment pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale de la forme nouvelle du Rite romain ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté ».

Chers frères et sœurs, il me semble que ces phrases résonnent en ce dimanche, comme un testament de la part de notre cher pape, qui dans quelques jours sera dans la prière et l’abandon total au Seigneur.

Déjà hier soir, en participant à Toulon à l’ordination de nos deux confrères diacres,  Florent Molin et Matthieu Bévillard, conférée par Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, je remarquais la profondeur du rite et la prière fervente de l’assemblée, qui chantait d’une seule voix et dans une même communion, le Pater Noster, unissant leurs voix à celle du célébrant.

C’est ce que je préconisais humblement, dans les années 1970, malgré mon jeune âge et dès les premières années de mon ordination, rappelant que l’on aurait dû garder le double usage d’un même rite, car je prévoyais et remarquais la fracture qui s’opérait dans l’adaptation de la liturgie de ce temps-là, faite surtout de ce qu’on appelait « la créativité », et qui n’avait souvent plus rien à voir avec la liturgie voulue par le Concile Vatican II et qui a éloigné de l’Eglise combien de nos fidèles ?

Le pape le rappelait d’ailleurs la semaine dernière au clergé de Rome, parlant du vrai concile et du concile virtuel, véhiculé par les médias, opérant ainsi la coupure que nous avons connue. Le pape Benoît XVI va continuer de veiller sur l’Eglise. Depuis sa retraite dans l’ancien couvent des sœurs.

Depuis le lundi 11 février en la fête de Notre-Dame de Lourdes, le geste fort de Benoît XVI, historique et révolutionnaire, a été décortiqué, analysé, commenté. Et si les spéculations et conjectures ont déjà commencé quant au futur élu, beaucoup s’efforcent encore et surtout de tirer les leçons d’un pontificat trop longtemps malaimé et encore trop méconnu, dont on ne mesure pas toute la richesse et la portée, un pontificat qui n’a cessé de surprendre et de bousculer les clichés et qui restera dans les annales.

Benoît XVI n’a jamais voulu être l'acteur principal, il n’a cessé d’appeler les catholiques à revenir à Dieu. Homme secret, intellectuel brillant, il a voulu démontrer que la grande mission de l’Eglise était de relier foi et raison, le regard au-delà du tangible et la responsabilité rationnelle. Il nous faut nous souvenir, des problèmes rencontrés avec la lutte contre le scandale de la pédophilie, mais également le dialogue avec le judaïsme, l’apaisement avec l’islam – et des chantiers qui restent encore ouverts – la normalisation des rapports avec la Chine, le dialogue avec les Lefebvristes, etc…. Benoît XVI a surtout voulu plaider pour plus de vérité et plus de foi dans l’Eglise, seule façon de lutter sur le long terme, contre la dissolution du christianisme. (Romilda Ferrauto)

L’impulsion fondamentale a toujours été de dégager le cœur de la foi de ses couches sclérosées, et de donner à ce cœur, force et dynamisme.  « Cette impulsion, disait-il souvent, est la constante de ma vie ! » La clé, pour lui, c’était la primauté de Dieu, la référence absolue à l’obéissance de la foi. Ce pape, que l’on a présenté comme un conservateur, fut en réalité un réformateur, mais un réformateur spirituel: la réforme de l’Église qu’il a voulue est un retour au centre, et ce centre, c’est le Christ. Cette spiritualité s’est déployée tout au long de sa mission pontificale.

Chers Frères et Sœurs, en ce temps de carême, faisons-nous tout proches du St Père et j’espère que nous serons très nombreux, ce jeudi 28 février à 19h, dans la basilique du Sacré-Cœur, à participer à la messe, que notre archevêque Mgr Georges Pontier viendra célébrer avec tout le diocèse, afin de rendre grâce.

Que la lumière de la Transfiguration de Notre-Seigneur vous illumine et vous permette de vous tenir sous son regard d’amour, durant tout ce temps de carême. Avancez vers Pâques, avec un cœur converti, comme le propose St Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens : une vie toute donnée à Dieu, remplie de bonne œuvres et de sacrifices, sans péché, mais au contraire, une vie en Christ profonde, sous le regard de Marie, la vierge du bel amour. Amen. Mons. J-P Ellul.

 

Publié dans Homélies St Charles

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