Homélie pour le 27ème dimanche- 2 octobre 2011.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

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Chers Frères et Sœurs,

Alors que l’automne est là et que les vendanges se terminent, le texte d’Isaïe nous parle d’un vaste domaine et de son propriétaire qui en prend un soin jaloux. Il ne ménage rien et ainsi, une tour de garde et un beau pressoir, attendent qu’arrivent des grappes bien mûres. Mais la déception est grande ; ce ne sont pas des fruits savoureux, qu’a produit cette vigne, mais du verjus. D’où son geste de colère, il détruit tout et maudit l’endroit où il l’avait cultivé.

Pour Jésus qui continue d’être poussé dans ses derniers retranchements, par les chefs des prêtres et les pharisiens, c’est l’histoire de cette vigne qu’il leur donne en exemple, pour répondre à leurs questions insidieuses. Et devant leur colère -car ils ont immédiatement compris que c’est d’eux dont il parle- il précise : « le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire du fruit ».

Ce Royaume a été confié à l’Eglise, c’est-à-dire à nous tous, à tous ceux qui ont revêtu le Christ, et plus particulièrement à ceux qui l’ont rencontré sur le chemin de leurs vies. C’est pour cela que nous sommes ici, dans cette basilique, car nous sommes conscients qu’en célébrant les mystères du Seigneur, nous savons que chaque Eucharistie nous transforme. D’abord, parce que nous rencontrons le Seigneur Jésus, par la Parole qu’il nous adresse et qui jour après jour change notre cœur et nos comportements, puis par le pardon de nos péchés que nous recevons de lui. 

En communiant à son Corps et à son Sang, nourriture pour la vie éternelle, nous devenons des créatures nouvelles que l’Esprit-Saint ne cesse de faire grandir et prospérer.

Ouvrons l’évangile de Jean au chapitre 15. Que nous dit le Seigneur ?  « Je suis le vrai cep et mon Père est le vigneron, tout sarment en moi qui ne porte pas de fruits, il le coupe et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde ».

Le pape Benoît XVI a fait un beau commentaire de cette péricope, au cours de la messe célébrée au stade olympique de Berlin il y a deux semaines… Il explique que le vigneron prend le couteau, coupe les sarments secs et émonde ceux qui portent du fruit pour qu’ils en portent davantage. Pour le dire avec l’image du prophète Ézéchiel, Dieu veut ôter de notre poitrine le cœur mort, le cœur de pierre, et nous donner un cœur vivant, un cœur de chair (cf. Ez 36, 26).  Il veut nous donner une vie nouvelle et pleine de force, un cœur rempli d’amour, de bonté et de paix. Le Christ est venu appeler les pécheurs. Ce sont eux qui ont besoin du médecin, non les biens portants (cf. Lc 5, 31sv.). Et ainsi, comme dit le Concile Vatican II, l’Église est le «sacrement universel du salut», qui existe pour les pécheurs, pour nous, pour nous ouvrir la voie de la conversion, de la guérison et de la vie. C’est la mission continuelle de l’Église, que le Christ lui a conférée.

Pourtant certains regardent l’Église en s’arrêtant sur son aspect extérieur. L’Église apparaît alors seulement comme l’une des nombreuses organisations qui se trouvent dans une société démocratique, selon les normes et les lois de laquelle le concept «Église », qui est difficilement compréhensible en lui-même, doit ensuite être jugée et traitée. Si on ajoute encore à cela l’expérience douloureuse que dans l’Église, il y a des bons et des mauvais poissons, le bon grain et l’ivraie, et si le regard reste fixé sur les choses négatives, alors ne s’entrouvre plus, le mystère grand et beau de l’Église….

Par conséquent, il n’y a plus aucune joie pour le fait d’appartenir à cette vigne, qui est l’« Église ». Insatisfaction et mécontentement se diffusent, si on ne voit pas se réaliser les propres idées superficielles et erronées sur l’« Église» et les propres «rêves d’Église» ! Chacun de nous est mis face à cette décision, et elle vient du Christ. «Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on ramasse les sarments coupés, on les jette au feu et ils brûlent» (cf. Jn 15, 6).

A ce propos, saint Augustin commente: «Il n’y a que deux choses qui conviennent à ces branches : ou la vigne ou le feu ; si elles sont unies à la vigne, elles ne seront pas jetées au feu ; afin de n’être pas jetées au feu, qu’elles restent donc unies à la vigne» (In Joan. Ev. tract. 81,3 [PL 35,1842]).

Au début de cette année missionnaire les paroles du Saint Père sont pour nous tous une invitation à rester « enté sur le cep, unis à Jésus ». Je vous souhaite de retrouver tous les textes de ses homélies pour en faire la base de votre méditation en ce mois d’octobre, mois du Rosaire. Ils sont très beaux. (http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/travels/2011/index_germania_fr.htm)

Cette vigne nous a été donnée en fermage, mais comment l’entretenons-nous ? Et quand vient le temps de la vendange, allons-nous avoir l’attitude des serviteurs dont nous parle l’évangile de ce jour ?

Non direz-vous ! Oh non ! Nous respecterons à la fois les serviteurs et surtout son fils. Et nous avons raison de penser ainsi ! Car notre Eglise, nous la voulons belle, ouverte à tous, miséricordieuse et appelante. Pensons à tous ces jeunes qui se destinent au sacerdoce ou à la vie religieuse. Prions du fond du cœur pour que le Seigneur envoie des ouvriers pour sa vigne, des jeunes couples missionnaires, des laïcs consacrés, des chrétiens fervents, comme vous l’êtes tous ! Et pourtant quelques fois, nous nous laissons aller et nous devenons comme des enfants gâtés, à toujours demander plus de confort spirituel, dans une attitude tâtionne et critique. Allons-nous agir comme les serviteurs impies, allons-nous frapper, tuer, lapider ?

Au contraire, écoutons Jésus nous parler ; laissons-le nous aimer, et laissons monter en nous-même une profonde action de grâce pour notre Eglise et pour chacun d’entre-nous et surtout, remercions-le pour la grâce de la conversion qu’il nous propose.

Concluons avec St Paul et sa lettre aux Philippiens : « Si nous ne sommes inquiets de rien, si nous nous reconnaissons aimés et pardonnés par le Seigneur, le Dieu de paix qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera nos cœurs et nos intelligences. »

En ce début du mois d’octobre, demandons à Marie, Notre-Dame du Rosaire, qui nous as préservé de l’erreur, de l’erreur et de la mort spirituelle, de prier pour nous, afin que nous soyons des témoins de paix et d’amour, de bons serviteurs dans la vigne du Seigneur. Amen.

Mons. Jean-Pierre ELLUL.

 

 

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