Homélie pour la Pâques du 8 avril 2012 – Sacré-Cœur de Marseille.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

 

        Il est peut-être 6h du matin. Le soleil va se lever sur Jérusalem ce 16 Nisan, qui est un dimanche, le premier jour de la semaine. Des femmes se pressent et hâtent leur pas. Elles parlent à voix basse.

Le choc ressenti vendredi dans l’après-midi est toujours présent à leur mémoire. Elles ont vu Jésus, cloué sur la croix, couvert de sang et de crachats, le corps strié par les lanières du fouet, disant encore quelques mots à Marie sa mère et à Jean le disciple qu’il aimait, et d’une voix forte les premiers versets du psaume 22 « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » et assoiffé, mourant de tétanie et d’asphyxie, il a rendu son âme au Père.

En passant près du Temple, elles entrevoient les préparatifs de la fête de l’Omer qui va commencer, cette célébration où dans la journée, le Grand-Prêtre présentera la gerbe d’orge au Seigneur et priera pour que la moisson soit abondante.  

Comment oublier ces heures de douleurs ? La foule qui ne cesse de l’injurier ou se détourne, car cela ne les regarde pas ; comment ne pas revoir ce chemin du portement de croix qu’elles viennent d’emprunter de nouveau, revoir le soleil s’obscurcir, entendre les coups de fouets quand il tombe à terre sous la lourde croix ? Elles en parlent à voix basse et arrivent au tombeau.

Et c’est le 2ème choc ! Incroyable ! La pierre est roulée, elles regardent : le tombeau est vide. Bien sûr elles ont passé la nuit dans la maison de Jean sur le Mont Sion, elles ont entouré sa mère Marie, la consolant comme elles le pouvaient, mais enfin, elles sont bien réveillées et regardent encore. Rien ! Il n’y a plus personne ! Que faire, sinon partir prévenir Pierre et Jean. Marie de Magdala les laissent seules et part rapidement prévenir les disciples.

Lorsque les deux disciples Pierre et Jean reviennent, ils voient les choses comme elle le leur avait expliqué. En se penchant ils voient les linges et entrent pour constater que le corps de Jésus n’est plus là ! Jean se souvient que le « sudarium », le linge qui avait recouvert la tête de Jésus, sitôt sa mort sur la croix, est bien resté à sa place, là où on l’avait posé.

Mais le linceul ? Il a beau regarder … et regarder encore. Tout est bien posé comme hier, rien n’est dérangé, rien n’a bougé : le linge qui l’enveloppait, serré avec des bandelettes, est comme reposé sur lui-même, sans que quiconque l’ait touché. Même les petites fleurs déposées sur le corps à la hâte sont restées là…

Il n’y a aucun froissement de tissu. Oui le tombeau est bien vide ; Christ est revenu du séjour des morts, s’est relevé comme il l’avait annoncé ; Christ est ressuscité, il est vivant. Il leur a fallu ces instants d’interrogation et de doute, de perplexité raisonnée, pour comprendre enfin, que d’après les Ecritures, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

Ils en seront certains le soir de ce même jour, lorsqu’ils verront Jésus au milieu d’eux. Et pourtant,  les portes de la maison de Jean, le disciple bien aimé, ont été fermées par précaution car ils ont peur. Il ne faudrait pas qu’il y ait encore des interpellations, ou des questions venant du Shanédrin.

Ils sont à se poser tant de questions, qu’ils ne peuvent pas encore raconter ce qu’ils ont vu ! D’ailleurs qui pourrait les croire, tant c’est incroyable !

Mais Jésus est là, au milieu d’eux. L’homme des douleurs, l’homme de la paix, de la miséricorde et du pardon, lui qui pardonnait à ses bourreaux, car ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient, en clouant le roi de gloire à la croix de l’ignominie, lui le serviteur souffrant, dont ils avaient vu le corps transfiguré, était là, debout, près d’eux et leur souhaitaient la paix. La paix ? Ils en avaient tant besoin après tous ces événements et de surcroit, il soufflait sur eux et leur donnait l’Esprit-Saint, leur permettant de pardonner les péchés.

Nous imaginons leur joie, leur bonheur et nous nous tournons vers Marie. Nous voyons Marie, la mère des douleurs, venir près de lui et le regarder, pour voir si ses blessures et les souffrances qui lui ont été infligées, sont encore sur son visage.

Mais non, il n’y a plus rien, elle le retrouve comme avant, mais irradiée d’une lumière qu’elle avait perçue le jour de sa naissance, et désormais elle sait que les promesses de l’ange Gabriel se sont réalisées. Elle l’avait entendue tant de fois annoncer la Parole de son Père, elle n’avait pas douté un instant, mais devant tant de souffrance et de haine, comment le cœur d’une mère pourrait rester sans questionnement ? Là elle le voyait, lui souriait, pressentant déjà qu’il repartirait vers l’Eternel, lui le fils du Père, venue dans le monde pour témoigner de sa proximité et de son amour pour chacun d’entre nous. Quelle joie, des siècles plus tard de pouvoir, nous aussi crier, que Christ est ressuscité d’entre les morts et d’en être les témoins.

En cette année missionnaire, laissons-nous envahir par la joie du Vivant à jamais. Nous sommes tous un peu comme les disciples et nous devons partir annoncer sa résurrection. C’est là notre foi, cette foi que nous allons professer dans un instant, en renouvelant les promesses faites à notre baptême.

Frères et Sœurs, que le Christ ressuscité continue d’être en vous, qu’il provoque en vous ce sursaut de foi dont nous avons tous tant besoin, qu’il vous donne d’être des témoins intrépides de sa Vie Eternelle et qu’il vous soutienne encore et toujours, car il est présent dans notre vie. A vous tous, bonne et sainte fête de Pâques dans la joie du Christ ressuscité. Amen.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article