Homélie pour la messe de 19h - Fête du Sacré-Coeur-15 juin 2012

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

messe de 19h-15 juin 2012 17

En cette année missionnaire, j'avais invité le Père Saliba pour prêcher à la messe de 19h. Je l'en remercie bien cordialement.

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Voici son homélie.

 

Homélie du Père Renaud SALIBA. OMI

Je voudrais commencer par remercier Mgr Ellul pour son invitation à venir prêcher aujourd’hui dans votre basilique, en la fête du Sacré-Cœur de Jésus. Cependant, en préparant cette prédication, j’ai rapidement pris conscience que c’était moi en allant à Marseille, qui avait besoin d’entendre une parole de vie sur le Sacré-Cœur. Ce sentiment s’est confirmé en vivant cette journée de célébrations avec vous.

En effet, en 1720, Marseille n’est-elle pas devenue la première ville de France à être consacrée au Sacré-Cœur du temps de Mgr Belsunce ?

En 1922, les échevins de cette ville n’ont-il pas fait le vœu solennel de fêter le Sacré-Cœur, chaque année, en action de grâce pour la délivrance de la peste ?

A la même époque, la sœur Anne-Madeleine Rémuzat dont le cœur est conservé en cette basilique, n’a-t-elle pas œuvré pour diffuser la spiritualité et le culte du Sacré-Cœur ?

Alors oui, en venant ici, on est bien placé pour méditer et pour entrer dans la beauté de cette fête.

 

En regardant un peu l’histoire du culte rendu au Sacré-Cœur, j’ai été très étonné de voir que c’est une histoire assez mouvementée.

Cette vénération est très ancienne et très attestée. On peut en trouver les premières traces chez les Pères de l’Eglise et surtout elle s’enracine dans le texte même des Ecritures. Dans la Bible, il est plus de mille fois question du cœur.

Et pourtant, il a fallu du temps pour que cette fête soit instituée officiellement dans l’Eglise catholique au milieu du 18ème siècle.

L’Eglise n’a pas répondu tout de suite aux demandes formulées par soeur Marguerite Marie Alacoque puis par sœur Anne-Madeleine Rémuzat.

Pourtant la ferveur des croyants permettra que cette vénération devienne une fête solennelle de l’Eglise, célébrée onze jours après la Pentecôte.

Essayons donc de découvrir ensemble la profondeur spirituelle de cette fête.

 

Le cœur de Jésus est un cœur d’homme qui bat

Le premier accent de cette fête est de nous faire entrer dans le mystère de l’incarnation. Le Christ avait un corps d’homme, il avait donc un cœur d’homme. Jésus Christ n’est pas Dieu descendu du ciel mais il est Dieu fait homme. Il avait donc comme nous un cœur qui bat dans sa poitrine. Un cœur qui bat au rythme des émotions de la vie. Et quand on lit les évangiles, on ressent les différents battements de ce cœur.

Un cœur souvent submergé par la compassion quand il voit des hommes ou des femmes souffrants et méprisés, abandonnés sur le bord du chemin, ou quand il voit la détresse de cette veuve qui pleure la mort de son unique enfant dans le village de Naïn. « Ne pleure plus » lui dit-il.

Un cœur qui s’enflamme et se met en colère quand il découvre le commerce des marchands dans le temple.

Un cœur qui se sert terriblement au jardin de Gethsémani quand il sent que les gardes vont bientôt arriver pour le saisir.

 

Jésus aimait ses disciples aussi, il était attaché à eux, et il y a en avait un dont il était particulièrement proche, le disciple bien aimé dont nous parle l’évangile de Saint Jean.

Ce disciple bien aimé a eu cette grâce extraordinaire lors du dernier repas de poser sa tête sur la poitrine de Jésus et d’entendre les battements de son cœur d’homme.

Entendre un cœur battre ! C’est toujours une grande émotion : l’émotion des parents qui entendent le cœur de leur enfant battre pour la première fois à l’échographie.

Si seulement nous pouvions, de temps en temps, entendre battre le cœur des uns des autres. Je suis sûr que nous serions moins durs, moins piquants dans nos relations. Nous serions plus conscients de la fragilité de nos vies suspendues aux battements de nos cœurs.

 

Le cœur de Jésus-Christ a accueilli l’amour infini de Dieu pour l’humanité entière.

Mais la fête du Sacré-Cœur de Jésus ce n’est pas juste célébrer son cœur d’homme, c’est aussi célébrer ce cœur qui a accueilli l’amour infini de Dieu pour l’humanité toute entière.

Cet amour divin était déjà annoncé dans le Premier Testament. Dans le très beau texte du prophète Osée au chapitre 11, on perçoit tout l’étonnement du prophète devant ce Dieu Père qui a cajolé Israël et qui s’est trouvé ensuite abandonné par lui, mais qui, au final, trouve un chemin de pardon vers son peuple.

Comme le dit Saint Paul dans la deuxième lecture, cet amour là « surpasse tout ce qu'on peut connaître », il a « une largeur, une longueur, une hauteur, une profondeur » qui dépasse toute mesure humaine.

Cet amour de Dieu nous le découvrons en plénitude dans le cœur transpercé de Jésus Christ crucifié. Du côté ouvert jaillit d’abord le sang. Ce sang répandu est le symbole de la vie donnée. Une vie donnée pour qui ? Pour ceux qui précisément le rejettent. Tel est le mystère de cet amour que le cœur de Jésus a su abriter.

 

Le disciple bien aimé est là encore, à proximité, au pied de la croix et il regarde. Il y a comme un renversement dans l’évangile que nous venons d’entendre. Au début, il est question de descendre rapidement le corps, de le soustraire vite aux regards parce que c’est une veille de sabbat. Mais à la fin du texte, il s’agit plus de lever les yeux et de contempler avec intensité ce cœur transpercé : « Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé »

Ce cœur transpercé, c’est bien le lieu de notre conversion, car une conversion chrétienne c’est toujours une double découverte :

- la découverte de l’amour que Dieu nous porte : j’ai de la valeur aux yeux de Dieu.

- la découverte de notre péché : par mes fautes j’alourdis le poids de la croix.

C’est l’expérience de conversion qu’a faite le fondateur des Oblats de Marie Immaculée, Eugène de Mazenod, dans sa jeunesse lors d’un vendredi saint devant un crucifix.

C’est pour cela que dans les moments difficiles, les moments de décisions, nous sommes toujours invités à prendre notre croix d’Oblat à la main : « médite sur ce cœur transpercé et vois ce que tu veux faire de ta vie ».

 

v nos cœurs sont maintenant configurés à celui du Christ

Cela m’amène à la dernière dimension de cette fête. Il ne s’agit pas simplement de contempler le Sacré-Coeur, il s’agit de se laisser transformer par lui. Nos cœurs sont maintenant configurés à celui du Christ.

Paul nous l’a dit : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné. »

Car après le sang, symbole de la vie donnée, c’est l’eau, symbole de l’Esprit Saint, qui jaillit du côté ouvert. Oui l’Esprit Saint est donné et il nous invite nous aussi à vivre de l’amour de Dieu.

 

Rappelons nous le dernier chapitre de l’évangile de Saint Jean. Jésus ressuscité discute avec Pierre et par trois fois, Jésus lui demande m’aimes-tu ? Ce qu’il lui dit en fait c’est : « est-ce que ton cœur s’est transformé Pierre ? Est-ce qu’il est devenu comme le mien ? Est-ce que tu es capable d’aimer ? Si c’est oui, alors soit le berger de mon troupeau, soit le bon pasteur celui qui est capable de donner sa vie pour ses brebis ».

 

Dans sa belle homélie de ce matin Mgr Pontier, nous a présenté la fête du Sacré- Cœur comme la fête de la fraternité, dans cette fête nous célébrons la source de ce qui peut nous unir. Et je voudrais finir en citant le Pape Léon XIII qui a trouvé des mots simples et justes pour définir ce que nous célébrons aujourd’hui.

" Il y a dans le Sacré-Cœur de Jésus un symbole et une image claire de l'amour infini de Jésus-Christ, amour qui nous pousse à nous aimer les uns les autres."

 

Amen.

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