Homélie pour la fête de Ste Rita - Paroisse des Trois-Lucs

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

  Samedi 22 mai 2010.

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Frères et Soeurs,

« Comment m'unir encore davantage à la passion du Christ ? »

Cette question, Ste Rita (1380-1447), ne cessait de se la poser, méditant chaque jour dans les Evangiles, ce que le Seigneur avait souffert, pour que nous puissions être libérés du péché et de la mort et être ressuscité avec lui. Voilà que Jésus repartait vers le ciel, laissant ses disciples et le peuple chrétien, vivre et témoigner de son message d'amour. Passons les siècles...

Les prédications en ce 15ème siècle, portaient sur le don total du Christ à l’humanité, rappelant aux fidèles qu’ayant donné sa vie pour eux, eux-mêmes devaient vivre en union étroite avec son mystère pascal. Tous ne l’entendaient pas ainsi et il faudra combien de missionnaires itinérants et de témoins de la foi, pour essayer de les faire revenir à une vie conforme au baptême qu’ils avaient reçu ; quant ce n’étaient pas les membres du clergé ou les ordres monastiques qu’il fallait réformer, les familles qu’il fallait réconcilier.

« Seigneur, je veux m'unir définitivement à tes souffrances, avoir en moi et sur moi les signes de ta dérision. » Cette supplication fut entendue, au-dessus de tout ce que Rita pouvait désirer... en écho à ces phrases du prophète Isaïe : "Mon serviteur réussira ; il montera, s'élèvera, il sera exalté !

En ce vendredi-Saint, alors que l’église du couvent des Augustines était dépouillée de toute ornementation, le frère Jacques de la Marche, prêchait sur les souffrances et la mort de Jésus. C’est en relevant son visage vers le crucifié que Rita sentit sur son front une souffrance indicible.

Signe de la présence du Sauveur, une épine s'était détachée de sa couronne, pour piquer profondément son front. Le bandeau qui retenait son voile fut tâché de sang et par-dessous une plaie qui ne devait plus se refermer. Elle aura tout le temps de redire et de prier longuement ces versets du psaume 39 : « Toi Seigneur ne me retient pas loin de ta tendresse ; que ton amour et ta vérité sans cesse me garder. Car les malheurs m'ont assailli : leur nombre m'échappe.. Je suis pauvre et malheureuse, mais le Seigneur pense à moi, Toi Seigneur tu es mon secours, mon libérateur. »

Penser à cet amour, qui lui venait du plus loin qu'elle l'imaginait ! Elle revoyait son enfance et les abeilles blanches dont on lui avait parlé ; la douceur de son existence de petite fille. Cette petite Marguerite, ses parents l’aimaient beaucoup… Et l’obéissance ! Elle qui voulait devenir religieuse, acceptera de se marier avec ce jeune héritier, que l’on disait jaloux et querelleur. Comment refuser lorsque l’on fait la volonté de Dieu par le choix de ses parents !

Près de 18 ans de vie commune, ponctuée par des violences, des injures, peut-être des coups. Supporter avec une indéfectible patience, mettre au monde ses jumeaux, les regarder grandir, espérer qu’ils ne seraient pas comme leur père. Mais surtout pardonner, montrer la douceur du Christ dans sa vie, accompagner son époux de tant de prières et de sacrifices qu’il convertira enfin son existence.

« Le Seigneur est la lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ; le Seigneur est le rempart de ma vie, devant qui tremblerais-je ? »

A quoi cela aura-t-il servi, se disait-elle dans sa petite cellule, où presque plus personne ne venait, tant la pestilence de sa plaie dérangeait ses visiteurs ? A quoi, répondait sa conscience ? Mais à lui avoir obtenu le pardon du Seigneur, à l’heure de sa mort, assassiné par ceux qui se vengeaient des outrances commises. Son mari mort, ses enfants morts également, il ne lui restait plus qu’à suivre le chemin qu’elle s’était tracé toute jeune : la vie religieuse.

Mais cela lui sera refusé plusieurs fois, puis en 1407, les religieuses acceptèrent cette jeune veuve, qui menait déjà dans le monde, une vie toute adonnée à la prière. Elle pouvait remercier St Jean-Baptise et St Augustin, dont le couvent était sous sa titulature, revêtant enfin la livrée du Seigneur. Même St Nicolas de Tolentino était comblé depuis le ciel, de la voir désormais suivre sa vocation première, lui dont la douceur et la prédication firent tant de convertis et grande impression sur son âme.

On pourrait ainsi continuer de décliner la vie de Ste Rita… Mais vous la connaissez parfaitement. On s’extasie devant le rayonnement mondial dont l’éclat brille dans toute l’Eglise du Christ. Et c’est vrai, car qui de nous, dans une période de tension, de drame intérieur, de désespérance, de deuil, ne fait pas appel à elle ?

La sainte des causes désespérées, nous conduit au Seigneur par son acceptation et son courage. N’a-t-elle jamais douté ? Si parfois, comme tous les grands mystiques, comme nous-même d’ailleurs. Mais au doute, fait place la foi, cette foi indéfectible qu’elle à toujours eue.

Rappelons-nous ses prières pour la conversion de son mari. Qui aurait pu croire à un tel retournement ? Et sa demande, pour pouvoir participer à un pèlerinage à Rome : elle obtient que le Seigneur, lui témoignant sa miséricorde, referme pour quelques semaines, la plaie qu’elle avait au front. Elle attendra dans le silence et la méditation, elle pressentait que ce ne serait pas facile d’obtenir ce qu’elle demandait dans sa prière. Et pourtant ! La plaie si infectée se referma, laissant son entourage interdit. A son retour, sa vie de recluse lui permit de lire dans les consciences et d’accompagner combien d’âmes éprouvées par le péché, le mensonge, la vie dissolue.

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Toute cette puissance venait de son Sauveur, venait du Christ, qui était désormais sa vie, car elle ne vivait plus pour elle-même, c’était le Christ qui vivait en elle.

Quand je vois souvent des paroissiens entrer dans la basilique et aller directement à la statue de St Rita pour demander une grâce, et ne pas s’incliner devant le St Sacrement, je me dis qu’elle ne doit pas être très contente de ce manque de foi en la présence réelle du Christ. D’ailleurs à St Victor, il y a quelques années, où nous n’avions pas sa statue, d’aucuns me disent un jour de Chandeleur : « Mais enfin, nous avons fait le tour de l’église, et vous n’avez pas Ste Rita, ici ? Non dis-je, mais voyez le St Sacrement est exposé, faites votre demande par son intermédiaire et vous recevrez la grâce demandée. Et de m’entendre répondre : « Ah ! Vous n’avez que çà ? »  « Non, merci, nous allons aller ailleurs ! »

Ste Rita à toujours renvoyé au Seigneur. Sa vie même fut une vie enracinée en Christ. En ces temps-là, on découvrait le petit livre de Thomas a Kempis, l’Imitation de Jésus-Christ et de nombreux chrétiens en firent leur livre de chevet essayant d’y vivre l’Evangile. Il faudrait peut-être le relire, en y découvrant ce que Ste Rita à vécue.

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Son ministère de compassion, elle l’a vécue sans fards, mais auréolée de la lumière du Rédempteur. Elle nous donne l’exemple de l’amour et de l’acceptation dans nos vies.

Alité, un peu avant sa mort, elle a voulu que nous mettions le temps de nos maladies, au service des autres, dans la prière, dans les sacrifices, dans la souffrance rédemptrice. Ce n’est pas facile d’écrire cela, disait le Cardinal Robert Coffy, atteint d’un cancer des os : « Ne parlez pas de la souffrance à la légère, car tant que vous n’avez pas souffert, vous ne savez pas de quoi vous parlez vraiment.»

Elle, elle le savait et pour prouver la puissance de Dieu sur cette terre, et la confiance que l’on doit avoir dans nos demandes, elle osa inviter l’une de ses parentes qui la visitait, à aller dans son petit village de Roccaporena, situé à près de 700 mètres, en plein mois de janvier, sous la neige, lui cueillir une rose, puis d’aller près du figuier pour lui rapporter une figue. Passons sur le merveilleux hagiographique, pour ne voir que la confiance et l’espoir, pour montrer la gloire et la puissance du Seigneur lorsqu’on à foi en lui.

Son premier biographe, le Père Agostino Cavalucci de Foliggno, pourra écrite en 1610, que Ste Rita c’est cela : une grande sainte, une femme, une religieuse, d’une simplicité de vie, d’une totale adhésion au Christ et à son Evangile. La confiance, l’espérance, une foi à toute épreuve, mais par dessus-tout une vie conduite par l’Esprit-Saint, dans l’acceptation totale de son amour.

Sous son patronage peuvent se mettre, les religieuses qui veulent vivrent dans le don total, le silence et la simplicité de vie, mais aussi les femmes brutalisées, battues et toutes les épouses et les mères de famille, qui veulent vivre dans leur foyer, comme des lumières ardentes, témoins de la mansuétude et de l’amour du Seigneur, venant des dons reçus par le sacrement de mariage.

Prions-là, Frères et Sœurs, car lorsque les lourdes épines de l’existence tombent sur nous, à travers les deuils, les maladies, des tourments, les nuits de l’âme, les divorces et les séparations, et malheureusement quelque fois, le dégoût des choses divines ou que nous sommes durement frappés, pensons à Jésus, à ses souffrances, à sa mort et à sa résurrection, pour nous faire entrer victorieux dans la gloire de son royaume.

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Ste Rita, aide-nous à avancer sans fléchir.

Ste Rita, regarde-nous !

Comme toi, nous nous consacrons au Christ Jésus, en cette fête qui nous rassemble, et comme Marie, nous gardons tous les souvenirs de notre vie dans nos cœurs et nous les présentons à Dieu Trinité, par ton intermédiaire.

Accompagne-nous, soutiens-nous lorsque c’est trop dur et que nous faiblissons. Sois notre guide, conduis-nous plus près de Jésus, à qui tu as consacré toute ta vie, pour que nous aussi, nous essayions de devenir des êtres de silence, de prière et d’adoration, de pardon, de confiance, sûrs de la parole du Christ : « Tout ce que vous demanderez à mon Père, dans la prière, il vous l’accordera.

Amen.

 

J-P. Ellul.

 

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Chasse de Ste Rita à Cascia

Mgr Renato Boccardo

Archevêque de Spoletto-Norcia 

en prière le 22 mai 2010

(photo archi-diocèse de Spoletto-Norcia)

 

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Publié dans Divers

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