FETE DU SACRE-COEUR 1er juillet 2011

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

 

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Comme chaque année, pour la fête du Sacré-Cœur, l'archevêque métropolitain de Marseille, Mgr Georges¨Pontier, a présidé, le vendredi 1er juillet, la messe du Vœu des Echevins en la basilique du Sacré-Cœur du Prado, en présence des autorités civiles et militaires.

 

Mgr Pontier a prononcé une homélie sur un sujet d’actualité : "Humaniser nos sociétés". (ci-après)

 

A l'offertoire, le président de la Chambre de commerce et d’industrie a remis à l'archevêque le cierge de cire blanche, orné de l'écusson de Marseille,

selon la promesse faite en 1722 par les Echevins de la ville, après la grande peste qui avait ravagé notre cité deux années plus tôt.

 

Le doyen du presbyterium de Marseille, le P. Albert Devictor, toujours fidèle, participait à la célébration. Il a fêté aujourd’hui ses 102 ans.

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Toute la journée, l'Adoration Eucharistique s'est tenue dans la basilique où le Saint-Sacrement était exposé dans le grand ostensoir offert à l'occasion de la consécration de l'église en 1947 et nombreux ont été ceux qui ont prié pour les vocations religieuses et sacerdotales, et plus particulièrement pour les 60 ans de sacerdoce du pape Benoît XVI.

 

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Nous avons également prié pour Mgr Aquilina, toujours en convalescence à Château-Gombert et qui fêtait ses 74 ans d'ordination sacerdotale.

 

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Les vêpres solennelles ont été chantée à 18h 15, suivies de la messe qui était présidée cette année par le Père Gilles Lamache, un jeune prêtre de notre diocèse, ordonné le dimanche 19 juin 2011, avec la prédication au Père Matthias Vasseur, qui a su retracer cette douloureuse période de la peste à Marseille et attester que le Sacré-Coeur est toujours celui vers qui l'on va dans tous les moments de sa vie. Vous trouverez son homélie dans les jours à venir.

 

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Malgré le mistral, la procession voulue par Mgr de Belsunce, s'est déroulée comme chaque année dans le jardin jouxtant la basilique. La relique du coeur de la vénérable Anne-Madeleine Rémuzat,  était présente à toutes nos célébrations, rappelant qu'elle enjoignit à Mgr de Belsunce, de la part de Jésus, dont elle avait entendue le message dans une vision, dans le monastère de la Visitation des Grandes Maries, situé derrière l'hospice de la Charité, de faire consacrer la ville et le diocèse à son Coeur Sacré.

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Merci, et un grand merci à tous ceux qui ont participé à cette journée de prière, mais également ont préparé ces festivités, dans l'ombre et la discrétion, comme cela est de mise dans une communauté paroissiale. Le groupe choral était présent aux deux Eucharisties, et évidemment notre organiste Christophe Guida, auquel s'était joint le matin, pour la messe du Voeu des Echevins, Philippe Nava, trompettiste. Le tout sous la direction toujours aussi assurée de notre fidèle cérémoniaire Pierre Federicci, sans oublier toute l'équipe pastorale et évidemment Mgr Jean-Pierre Ellul, recteur de la basilique.

 

A l'année prochaine, sous le regard du Christ et de Marie sa Mère.

 

En vous souhaitant de très bonnes vacances.

 

Un paroissien,

avec l'autorisation de Dominique Paquier-Gaillard pour les photos.

 

 

 Homélie de Mgr Pontier

 

Messe du Vœu des Echevins 

Basilique du Sacré-Cœur

Vendredi 1er juillet 2011

 

Humaniser nos sociétés

 

Lorsque Mgr de Belsunce consacre la ville de Marseille au Sacré-Cœur en 1720, c’est au cours d’une épidémie tragique qui remplit chacun de peur. Il trouve dans sa foi en l’amour infini de Dieu pour l’homme la source d’une espérance plus forte que les puissances de mort. Il y puise également un élan de solidarité sans faille qui le pousse à reconnaître dans le pestiféré un frère humain à secourir, et duquel il se doit d’être proche. Et l’on a ces belles images de son engagement personnel, au plus près du terrain, comme de celui de bien d’autres citoyens, en ce temps d’épreuve et de peur, y compris, bien sûr, celui des responsables de la société d’alors, les Echevins.

 

De fait, la foi chrétienne a ceci de bien particulier qu’elle nous révèle le visage d’un Dieu à la fois tout autre que l’homme, et pourtant tout proche de lui.

Contempler le cœur transpercé du Christ ne peut se faire qu’en se souvenant qu’Il a dit « Qui me voit, voit le Père ». Et nous voyons le Tout Autre se faire tout proche. Nous comprenons que saint Jean ait pu écrire : « Aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour. » Désormais, le disciple du Christ verra sous le visage de tout homme celui d’un frère que Dieu regarde avec amour. Il voit cet amour inouï de Dieu prendre visage d’homme en Jésus de Nazareth, pour que d’un cœur d’homme sorte un amour divin, un amour sans limite, un chemin de réconciliation et de fraternité.

Aux zones frontières de la vie, l’amour divin fait éclater les lumières d’une raison qui demeurerait trop étroite. Courir le risque de vivre ou de mourir pour l’autre reste ce choix irrationnel, mystérieusement inscrit dans le cœur de ceux qui cherchent le chemin le plus humain dans les situations décisives.

 

Avec beaucoup d’humilité, me permettez-vous de nous inviter à entendre cet appel à trouver, pour aujourd’hui, les chemins qui unissent les lumières de la raison et celle de l’amour de l’homme, les lumières qui nous libèrent des peurs qui n’ouvrent que des chemins inhumains et suicidaires pour chacun et pour nos sociétés ?

Les événements du pourtour méditerranéen nous y poussent : Tunisie, Libye, Egypte, Israël, Palestine, Liban, Syrie, Turquie, Grèce, Italie, France, Espagne, Maroc, Algérie. Ce simple énoncé fait naître en nous, j’en suis sûr, des perplexités, des espérances, des peurs, des enthousiasmes, des regrets, des souhaits. Chacun, nous sommes pris par des sentiments divers. Notre situation, nos responsabilités, nos histoires, nos liens, nos sensibilités colorent notre combat intérieur : que penser ? Que favoriser ? Que promouvoir ? Que défendre ? Vient un moment où se pose pour nous la question de l’homme en tant qu’individu et en tant que citoyen, dans ses appartenances diverses, où se pose la question de l’humanisation de nos sociétés et de nous-mêmes. Dans notre écoute du Christ, nous l’entendons nous dire : «  Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? » Le débat est en nous. Il est entre nous. Il est entre peuples. Il est avec nos croyances et nos convictions.

 

Au cœur de ce débat jaillit toujours, à un moment ou à un autre, le visage du plus pauvre, du blessé, de celui qui est du mauvais côté, de celui qui n’a pas de vie humaine, de celui qui est pourtant et toujours un frère en humanité. Que faut-il faire ? Le sacrifier pour le bien de tous ou ouvrir jusqu’à lui ce qui est le bien de tous ?

C’est un véritable combat spirituel, un combat qui engage notre vision de l’homme et des relations entre hommes, entre peuples. Aucune réponse ne s’avère collectivement, totalement satisfaisante. Il s’agit de ne désigner aucun coupable ! Il s’agit plutôt de chercher et de bâtir les chemins d’avenir à partir des plus fragiles.

 

Permettez-moi d’illustrer mon propos par deux témoignages ecclésiaux qui me sont plus familiers. Celui de l’archevêque de Tunis, Mgr Lahham, signant une chronique comparant l’attitude des Tunisiens face aux Libyens venant se réfugier dans leur pays et celle des Européens face aux réfugiés tunisiens venant chez eux. Il conclut ainsi : « J’essaie de me mettre dans la mentalité d’un Tunisien : 20 000 Tunisiens sont arrivés dans une Europe, en crise peut-être, mais riche tout de même, et ils sont mal reçus, alors que plus de 200 000 étrangers - dix fois plus - sont arrivés dans une Tunisie, pas aussi riche que l’Europe, mais surtout qui sort d’une grave crise politique, et les Tunisiens les ont reçus les bras ouverts, leur ont ouvert leurs maisons, leurs écoles et ont partagé avec eux leur pain quotidien. Vu de la rive sud de la méditerranée, où l’hospitalité est à la fois une valeur et un devoir, c’est incompréhensible … tout simplement. »

Et encore ce 11 juin dernier, notre pape Benoît XVI recevait au Vatican une forte délégation tzigane et rom à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance et du 75e anniversaire du martyre de l’un des leurs, le bienheureux Zeferino. Il leur a adressé des paroles d’encouragement et de responsabilité. Dans une Europe confrontée à la présence et à l’accueil de cette population différente, mais bien européenne, cet événement n’est-il pas passé trop inaperçu ?

 

La peste n’atteint plus nos villes européennes. La science en a triomphé. Une autre forme de peste atteint toujours nos cœurs fragiles, nos cœurs abîmés par les soifs illusoires de richesses, d’égoïsme individuel ou collectif, de pouvoir, d’indifférence, de peurs, de corruption. A qui les confier pour les guérir ?

A la suite de Mgr de Belsunce, il n’est pas vain de les confier encore au Sacré-Cœur de Jésus, à ce cœur divin qui suscite dans l’humanité une force d’aimer inépuisable et sans limite. Il n’est pas vain d’emprunter le même chemin que celui du bon Samaritain. Au lieu de se demander : qu’est-ce qui va m’arriver si je m’occupe de l’homme blessé sur le chemin de la vie, il se demande : qu’est-ce qui va lui arriver si je ne m’occupe pas de lui ? Voilà ce qui se passe lorsque le divin se fait humain !

 

Puisse le Sacré-Cœur de Jésus libérer en nous l’amour de tout homme, de tous les peuples, et faire de nous des insatisfaits réfléchis, mais audacieux, de l’amour fraternel.

 

 

               + Georges Pontier

                                                                                               Archevêque de Marseille

 

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