Fête de St Charles Borromée - Paroisse St Charles - Marseille

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Photo St Charles 038

Messe à St Charles – 4 novembre 2012.

Au nom du Père et du Fils et du St Esprit – Amen,

Chers frères et Soeurs,

Nous sommes heureux de fêter notre saint patron, St Charles Borromée. J’étais d’ailleurs venu en célébrer la mémoire, il y a deux ans, et nous avions pu découvrir une fois de plus, quel grand archevêque il fut.

Une vie pas facile, mais où les béatitudes qui résonnèrent dans son cœur, le firent changer radicalement de comportement, se mettant alors, et totalement au service de son diocèse, malgré les fatigues et les nombreuses contradictions qu’il rencontra.

Naître un 2 octobre 1538 ; être destiné, aux plus hautes fonctions ecclésiastiques, neveu d'un pape, nommé cardinal à 22 ans, Charles, celui que l’on nomme encore « Carletinno », est submergé de charges honorifiques très lucratives : son revenu annuel était de 52 000 écus, soit plus de « mille tonnes d'or fin ».

Il reçoit les revenus du diocèse de Milan, des abbayes de Mozzo, Folina, Nonatella, Colle, et de quelques autres légations : Bologne, Spolète, Ravenne… Il reste laïc, grand amateur de chasse et de musique de chambre. Mais la conscience de son devoir est telle, que dans la vie mondaine et brillante de Rome, il s'impose par sa rigueur et par son travail. Il collabore efficacement à la reprise du Concile de Trente, interrompu déjà depuis huit ans.

Et au moment de la mort subite de son frère aîné, alors qu'il pourrait quitter l'Eglise, pour la charge de chef d'une grande famille, il demande à devenir prêtre. Il est ordonné le 15 août 1563, en la fête de l’Assomption de la Vierge Marie, et la consécration épiscopale lui est donnée le 7 décembre suivant. C’est le 12 mai 1564 qu’il est nommé archevêque de Milan, mais le pape le retient, et la mort de Pie IV lui permet de rejoindre son diocèse. Désormais il accomplit par vocation ce qu'il réalisait par devoir.

Etre riche et devenir pauvre ! Etre nanti et tout donner ! Etre respecté, envié pour sa fortune et sa proximité avec son oncle le pape Pie IV, et tout quitter pour rejoindre enfin son diocèse comme le Concile de Trente, qui venait de s’achever depuis quelques années le lui recommandait.

D’autant qu’il en avait suivi, non pas l’esprit, … (qui déjà en ces temps-là… -permettait à d’aucuns… de prendre ses prescriptions à la légère ou de les rejeter-),… mais la mise en œuvre, c’est-à-dire que le concile recommandait : que l’évêque doit être le pasteur de son Eglise diocésaine, montrant l’amour et la dilection du Bon Pasteur, qui connaît ses brebis et qui marche à leur tête.

C’en était fini des « mercenaires » dont les diocésains ne reconnaissaient pas la voix ; terminé également, fêtes et somptuosités, dans les couvents de Milan, où l’on dansait et où l’on se déguisait. Non ! Tout cela devait disparaître, pour laisser place à la prière et aux sacrifices, à l’intériorité évangélique, que demandaient Jésus le Bon Pasteur.

Et comment mettre au pas, avec la douceur nécessaire, les prêtres et les religieux, qui ne voulaient pas se rendre à ses observations ? Mais en les priant de faire « le pèlerinage », chez l’archevêque, qui avec douceur, leur proposait soit la maison de retraite, ou le couvent, soit d’amender leurs mœurs, pour être au service du peuple de Dieu, dans leurs paroisses.

Tant d’adversaires vont essayer de le faire tomber, de le détourner du chemin qu’il s’est tracé, sous le regard du Christ, mettant en pratique le Concile de Trente ; comme ce groupe dit « les Humiliés », descendants dégénérés d’une sorte de tiers-ordre bénédictin, pseudo-moines, enrichis  dans le négoce de laines et qui vivaient à presque 200, dans des palais, au luxe scandaleux. Quand l’archevêque voulu les contraindre à plus de tenue, et surtout, à plus de pauvreté, ils se fâchèrent, et l’un deux, un dénommé Farina, lui porta un coup d’arquebuse en pleine messe.

Séminaires, restauration des paroisses regroupées en doyennés, liturgie rénovée, chant choral, et remise en forme du grégorien, offices en tous genres, tout cela faisait la fierté des Milanais, mais pour d’autre, cela faisait crier et geindre, car les mauvaises habitudes étaient ancrées.

On le disait trop « progressiste », on rejetait ce Concile de Trente, qui apportait trop d’ouverture, trop de changements. A l’heure où nous rêvons « d’un âge d’or » et d’un « retour en arrière », pensant qu’avant, c’était mieux, il a vécu lui-même, les affres de la révolte du clergé et de certains laïcs, qui ne l’entendaient pas ainsi.

Même l’ordre des jésuites était en « état de murmuration », car ils désiraient que leur Compagnie, bénéficiât des efforts de réformation, et que les meilleurs sujets, qui se présentaient pour l’état ecclésiastique, furent drainés chez eux. Charles Borromée pensait surtout à ses séminaires, à son futur clergé, et pour cela, il créa les Oblats de St Ambroise, sortes de missionnaires séculiers qu’il avait bien en main.

Et comme à Marseille en 1720, (et nous venons, il y a deux jours, en la fête de Toussait, de faire mémoire ce le 1er novembre, des 292 ans, de la consécration du diocèse et de la ville, au Cœur Sacré-de Jésus), comme Mgr de Belsunce le fit, en prenant exemple sur lui, St Charles Borromée, en 1576, subit le désastre de la peste, qui fut la plus horrible de l’époque. Les malades enfermés dans des lazarets mouraient de froid et de faim, d’autant que personne n’allait leur porter secours de peur de la contagion.

L’archevêque alla lui-même les visiter, célébrer la messe pour eux, leur donner l’extrême-onction. Il avait même le temps de faire écrire ses instructions, pour que les secours leurs parviennent, des lettres sublimes, qu’il nous faudrait relire, tant la charité, la miséricorde et la mansuétude du Christ, sont à toutes les pages, provoquant chez certains un retournement intérieur, venant l’aider dans son œuvre de salut. Il vendit tout ses biens, jusqu’à ses meubles et ses couvertures. « Il n’a plus de quoi vivre lui-même » disaient ses contemporains, mais on dirait qu’il ressuscite les morts par sa présence ». "Pour éclairer, la chandelle doit se consumer", disait-il à ceux qui lui demandaient de  se reposer.

Epuisé par tout cet incroyable effort, St Charles Borromée mourut, épuisé, en 1584, à l’âge de 46 ans, laissant à l’Eglise ce modèle d’évêque qu’après lui un St François de Sales et bien d’autres devaient suivre l’exemple. « De la richesse, devait dire son panégyriste, lors de son oraison funèbre, Charles ne connut, que ce qu’un chien reçoit de ses maîtres : de l’eau, du pain et de la paille ».

Pour nous, au-delà des ces quelques notes historiques, tirées des ouvrages « Catholicisme d’hier et d’aujourd’hui » (pages 992-994, tome II), ainsi que de celui de Daniel Rops, sur les évêques réformateurs issus du Concile de Trente, (Réforme Catholique, p. 14 à145),c’est l’exemple du don total qui en ressort.

Comme Jésus, il a donné sa vie pour ses brebis. Comme le Christ, il a été obéissant à Dieu, il a mis en pratique les béatitudes, ce sermon sur la montagne, ces phrases qui sont, pour tous les temps, et pour toujours, le code de la route évangélique, route qu’il nous reste, toujours et encore à emprunter, pour entrer dans le Royaume des Cieux.

Que cette fête renouvelle en nous, l’amour de la Ste Trinité et de l’Eglise, en étant toujours fidèles, à ce qu’elle nous dit.

Nous qui, en cette Année de la Foi, entrons dans une période de turbulence, où les valeurs s’étiolent ; nous chrétiens, nous ne pouvons pas laisser faire sans protester; non pour entrer dans je ne sais quelle guerre, mais pour dire, haut et fort, que nous ne voulons pas que l’on falsifie, pour l’agrément de certains, les lois morales, le sacrement de mariage… et l’éthique de fin de vie et la culture, qui font notre fierté de Français et de catholiques et de bien d’autres encore.

Nous avons à défendre ces valeurs, nous devons dire, haut et fort, notre désaccord, mais… en vivant une vie, digne de l’Evangile, dont nous nous référons.

Je conclus cette homélie, avec ces trois conseils de Saint Charles que vous connaissez certainement : -o- Aie grande confiance dans le Seigneur, il veut toujours ton bien. –o- Exerce-toi à la connaissance de toi-même. -o- Dans la prospérité, évite une trop forte allégresse. Elle risquerait de te faire oublier à ton âme, les misères et périls existentiels.

Que l’intrépidité de St Charles Borromée nous vienne en aide et que le Seigneur et son Esprit-Saint nous assistent et nous accompagnent dans notre démarche de foi.

Ainsi en est-il, de la part du Seigneur ! Amen.. Mons. Ellul.

Publié dans Homélies SAINT-VICTOR

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