Dimanche des Vocations - 29 avril 2012

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

St Charles 009

En ce 49ème dimanche de prières pour les vocations religieuses et sacerdotales, je voudrais apporter mon témoignage. En effet, il y a 50 ans, c’était en 1962, que je rentrai au Séminaire. L’appel du Seigneur, ressenti alors que j’étais enfant, se manifestait de nouveau. J'avais 19 ans. Tout s’accélérait. La guerre d’Algérie touchait à sa fin ; l’Indépendance allait avoir lieu ; de nombreux Français d’Algérie quittaient la terre de leurs ancêtres. Avec cette question : où aller s’installer et dans quelles conditions ?

Alors que des milliers de personnes se posaient ces questions, j’étais au séminaire et où la préparation des célébrations de la Semaine Sainte, m’empêchait de me les poser à moi-même. Pour moi, le plus urgent d’était d’ouvrir la Parole de Dieu et d’en lire les paroles d’amour que je redécouvrais jour après jour, car je ne faisais pas encore la synthèse de tout ce que Jésus avait dit et accompli, et de rester en silence dans la prière et l’adoration eucharistique.

Et ce fut le départ et il me faudra prendre du temps, pour  laisser l’Esprit-Saint agir, faire confiance en l’avenir et marcher sans me retourner.

Quel contraste entre les assassinats, les bombes, les exactions de toutes sortes, le sentiment d’être balloté comme un fétu de paille et en France, le silence des Hautes-Alpes, les montagnes élevées, la vie quotidienne sans la guerre et le couvre-feu.

Le 15 août 1962, dans la petite église de Salérans, près de Laragne, je revêtais la soutane, comme pour proclamer haut et fort de mon appartenant au Christ et à l’Eglise. Le retour à Reims, en septembre, où mes parents avaient été mutés depuis Bône, fut un moment d’interrogation et le premier choc psychique ressenti. Je n’oublierai jamais l’écoute et la bonté de Mgr François Marty, alors archevêque de Reims et surtout l’accueil glacial du supérieur du séminaire, qui à la vue de la soutane que je portais, me regardait comme si j’étais un martien et surtout sa réaction, lorsque j’expliquais qui j’étais. Il me regarda et me dit : « Mais vous auriez dû rester en Algérie ! Après tout le mal que les français ont fait là-bas, vous osez revenir ici et vêtu ainsi ? Vous voulez prouver quoi ? » Je le regardais sans comprendre ! Les prémisses de mai 68, étaient déjà à l’œuvre, avec un certain racisme latent. Je me levais et sortais de son bureau. Où aller ?

C’est alors que l’évêque de Constantine et d’Hippone, Mgr Pinier, me donna la permission d’attendre à Salérans, qu’un diocèse de France, veuille bien nous recevoir, car nous étions à l’époque, 6 séminaristes. Aussi, je partageais le temps d’études philosophiques et scripturaires, entre l’accueil des personnes âgées qui ne savaient où loger et les familles de harkis. Des difficultés, j’en ai eue ma part, mais rien n’entamais ma confiance en Dieu.

Jésus était pour moi, et il l’est toujours, celui qui conduisait ma vie et en 50 ans de compagnonnage avec lui, jamais, une seule seconde je me suis posé la question sur ma vocation et le choix que j’avais fait. Oui, la vocation, "don de l’amour de Dieu pour nous", tel est le beau titre du message du Pape Benoît XVI pour cette journée de prière pour les vocations.

Il m’avait appelé, je répondais oui dans mon cœur de jeune adulte. Oui, car chaque jour, il me donnait la force de marcher sous son regard d’amour. La seule question que je me posais, c’était de me dire : « Pourquoi m’a-t-il choisi ? Moi qui n’avais certainement pas les capacités que d’autres avaient dans mon entourage ?

«  Mystère de l’appel, mystère de l’amour ». Le Seigneur appelle qui il veut… et comme dit le psalmiste, « dès le ventre de ma mère il m’avait fait signe », et c’est vrai que tout jeune, en servant la messe dans ma paroisse Ste Anne de Bône, l’appel du Seigneur avait pris place dans mon cœur. Mais c’était comme un secret ; puis vient le jour où l’appel se faisant plus pressent, il fallait répondre oui, et c’est ce que je fis !

Marseille et le diocèse de Marseille qui m’ont accueillis en 1965, et je remercie tout le presbyterium et les paroissiens d’hier et d’aujourd’hui, pour le soutien et l’amitié que beaucoup mont témoigné. C’est important pour laisser grandir et s’affermir une vocation.

Je passe sur quelques réflexions teintées, encore çà et là, de racisme, mais comment empêcher que l’on ne nous aime pas ? Il faut passer outre et prier plus intensément, pour ceux qui ne font pas l’effort de comprendre ce qui a été vécu en Algérie de drames et d’abandons.

Le temps de maturation intérieure, que l’on m’a proposé au Grand Séminaire de Marseille, m’a permis d’être ce que je suis. Après mon ordination sacerdotale en 1969, dans les paroisses où j’ai été nommé, j’ai voulu me présenter avec en main et dans le cœur, la Parole de Dieu et les textes du Concile de Vatican II, me disant que je n’étais pas propriétaire des paroisses et des âmes que l’on me confiait, mais que je devais les conduire à Dieu. Certains textes du Concile : Dei Verbum, Lumen Gentium…ou Presbyterorum Ordinis, que j’avais lus et relus tant de fois, m’ont facilité la tâche, pour mettre en pratique ce que l’Eglise proposait.

Aussi combien de fois, en relisant la Constitution sur la Liturgie, ai-je déploré « l’esprit du Concile » de certains,  qui allait à contre-courant de ce qui était proposé par l’Eglise à nos communautés chrétiennes, qui peu à peu, dans certaines paroisses s’étiolaient, choquées devant ces réactions adolescentes et brutales ? Nous aurions évité tant de drames et de séparations dans l’Eglise, si nous avions agis comme le Concile le demandait.

Aussi, j’ai voulu, en ce dimanche de prières pour les vocations, apporter ce simple témoignage personnel, pour dire aux jeunes qui entendent la voix du Seigneur, de ne pas refuser d’écouter son appel. Aujourd’hui, on fuit les difficultés ; on s’attache à l’accidentel et non à l’essentiel ; on veut se protéger, avoir du plaisir et se faire plaisir !

Mais c’est tout le contraire d’une vocation, qui se doit d’être en plein vent de l’Esprit. C’est lui, Jésus le Christ,  qui nous mène, là où nous ne voudrions pas aller ! C’est lui qui nous fait découvrir que nous ne sommes pas prêtres ou diacres, religieux, religieuses, laïcs consacrés pour nous-mêmes, mais pour l’Eglise et pour les communautés chrétiennes auxquelles nous sommes envoyés.

Il nous fait comprendre également, que celui qui a été à l’origine de notre vocation, celui qui était devenu notre référence, - et n’est bien légitime, lorsque qu’on est jeune, d’avoir un exemple sous nos yeux- doit toujours nous ouvrir à l’essentiel, c’est-à-dire à Jésus et à l’obéissance ! Nous ne pouvons pas garder des âmes ou des personnes en notre seul pouvoir ! Nous devons les accompagner dans l’Esprit-Saint, puis les laisser libres d’agir comme le Seigneur le leur demande, dans la sérénité, dans la liberté, dans l’amour du Christ, qui agit dans l’Eglise et par l’Eglise. Car c’est l’Eglise, c’est l’évêque, qui appelle au ministère et envoi en mission.

Souvent, on peut avoir comme l’impression, que l’Eglise ne nous donne pas ce que nous aimerions avoir ! Attention à ne pas nous fabriquer une vocation, un ministère, qui serait un enfermement stérile. C’est la réponse positive, que nous donnons, dans la foi et la confiance, et quelques fois sans comprendre, qui nous rend libre d’agir comme le Seigneur nous le propose. C’est lui qui nous donne de porter des fruits, pas nous… sans lui. C’est lui qui irradie nos vie, nous trace le chemin, nous propose de le suivre librement. Attention à l’orgueil spirituel !

En fait, lorsque l’on se retourne sur l’histoire de sa vocation et sur sa vie personnelle, on découvre que nous sommes comme les pèlerins d’Emmaüs. Jésus est là, cheminant avec nous. Nous ne le reconnaissons pas immédiatement… Il nous explique les Ecritures. Nous sommes tellement touchés par ses paroles, que nous lui demandons de rester avec nous. Et il entre avec nous, pour être là, dans l’intimité de notre vie. Nous voulons qu’il partage totalement notre vie, mais souvent il semble disparaitre à nos yeux.

Mais nous le découvrons dans l’Eucharistie que nous célébrons, dans sa Parole, que nous enseignons et proclamons, dans les sacrements que nous célébrons, dans l’amour que nous essayions de vous communiquer, quelques fois bien maladroitement.

Mais il est là ! C’est lui qui agit… et il nous propose de prier, plus particulièrement, en ce dimanche des vocations, pour que son appel touche le cœur de nombreux jeunes, afin qu’ils à se mettent à son service et à se consacrent à lui totalement.

Chers Frères et Sœurs, merci d’avoir écouté mon témoignage. Je n’ai pas tout dit... J’ai voulu très simplement rappeler les merveilles que le Seigneur accomplis en nous, malgré nos pauvretés,  nos lâchetés et nos péchés.

Mais comme il nous aime, il vient à notre rencontre, nous prends sans ses bras et à l’oreille, dans un murmure, nous dit : « Viens, suis moi, je t’aime d’un amour fou, sois témoin de mon amour et de ma miséricorde ! »

Que répondre ? Sinon, oui ! Oui, Seigneur, je viens vers toi, aide-moi à être comme toi, dans ma vie. Amen.

 

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