DEFUNTS D'AFRIQUE DU NORD 2011 - 15 h.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Homélie pour les défunts d’Afrique du Nord 5 novembre 2011.

Chers Frères et Sœurs, Chers amis,

        Les textes de la Parole de Dieu que nous venons de partager nous permettent de méditer en cette messe du souvenir pour nos chers défunts d’Algérie et d'Afrique du Nord. La lettre de Paul aux Romains, le psaume 33 et la proclamation des Béatitudes dans l’évangile de Matthieu, que nous avons déjà entendu lors des fêtes de Toussaint, nous redisent combien le Seigneur nous veut présents à son Eglise.

Malgré la pluie et le mauvais temps, nous nous retrouvons très nombreux dans notre basilique du Sacré-Cœur de Marseille ; Marseille, cette ville où nous arrivions pour la plupart, il y a maintenant près de 49 ans.

Je remercie de votre part, les Associations qui se chargent de fleurir nos cimetières d’Algérie ; c’est un beau témoigne pour tout ceux qui sont restés là-bas dans l’attente de la résurrection du Seigneur. Je vous laisse nommer dans votre mémoire et dans votre cœur, les noms et les prénoms de celles et ceux qui sont repartis vers le Seigneur depuis novembre 2010 et que nous confions à sa miséricorde.

L’année prochaine, dans quelques mois, nous nous souviendrons encore et toujours et plus particulièrement, nous ferons mémoire de tous ceux qui sont partis de notre terre d’Algérie, terre qui les a vus naître, pour essayer de s’enraciner là ou le destin nous envoyait. Nous aurions pu alors agir comme les « indignés » dont nous voyons depuis quelques jours les agissements et les prises de paroles sur nos chaînes de télévision. Mais pour nous il n’y avait pas place à l’indignation, non plus à la parole ; c’était le dénigrement, le mensonge, les quolibets. Tous les articles de journaux qui paraissent ou vont paraître ces jours-ci, ne pourront effacer cette souffrance et tout ce que nous avons vécu.

Rappelez-vous le racisme, l’ostracisme dont nous étions l’objet, et qui nous poursuit encore de nos jours, malgré notre volonté de nous inscrire dans la culture ambiante, celle de notre pays, qui a vu naître vos enfants. J’ai peur que dans quelques mois, alors que  nous ferons mémoire et que nous nous souviendrons, ces difficultés ne viennent ternir encore nos souvenirs.

C’est pour cela que je me suis permis de vous appeler à plus d’amitié, de pardon, de mansuétude lors de notre messe pour les disparus d’Oran, en juillet dernier. Nous somme du Christ, nous sommes au Christ, et du plus lointain du royaume, nos anciens, rejoints par tous ceux que nous avons connu et aimé, ainsi que les prêtres, religieux et les religieuses, semblent nous dire : « Allez, allez de l’avant… Sans rien oublier, vivez et montrer combien vous vous aimez ». Jésus nous le dit dans l’évangile de St Jean : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, que l’on vous reconnaîtra comme mes disciples ».

Oh, je sais ce n’est pas facile quand on a subi tant de sarcasmes, de vexations et de mensonges. Et pourtant, la puissance de l’Esprit du Seigneur doit venir compléter nos manques de pardon. Essayons de nous aimer les uns les autres, sinon comment pourrons-nous célébrer cet anniversaire l’année prochaine ?

Oui, nous devons montrer l’exemple ! Dans un pays où certains, même si c’est une infime minorité, ne respectent plus rien, et où sous couvert de laïcité, on se permet "christianophobie et blasphème", quand on voit lancer des cailloux, des grenades et des excréments sur le visage du Christ, comme cela eut lieu au Festival d’Avignon et aujourd’hui encore à Paris, même si quelques scènes ont été retirées de l’œuvre ; lorsque des jeunes manifestent, et comme ils ne sont pas dans l’air ambiant, on les traite de rétrogrades et de fondamentalistes chrétiens, mot qui est devenu à la mode, oui, alors on s’interroge sur le futur. Même traitement de la part des médias qui les jugent durement ; pourtant quand une bombe fait exploser la façade d’un journal connu, alors là tout bascule, car on a touché à la foi d’une autre religion, qui se doit d’être respectée, comme doit l’être la nôtre et toutes les autres. Laïcité ne veut pas dire irrespect, bien au contraire ! Peut-on rester sans se poser des questions ?  Et alors je me dis : pourquoi ? J’ai donc peur, en faisant ces constatations, pour nos célébrations du 12 mai 2012. Mais soyens serins, confiants et mettons-nous sous le regard de la Vierge Marie. Elle a su, avec Jésus son fils, pardonner à ceux qui l’avaient crucifié.

Et puis, il y a la prière qui doit monter à nos lèvres. Préparons déjà la célébration du souvenir ; ce sera une messe solennelle. Nous partirons de l’église Saint-Laurent et en procession nous rejoindrons la cathédrale de Marseille, et dans d’autres villes de Provence et de France se célèbreront des messes du souvenir ; nous remercieront le Seigneur et nous ferons mémoire de ceux qui nous ont précédé.

Il y aura aussi notre désir d’être unis, ensembles, pour que nos célébrations soient empreintes de paix et qu’elles soient célébrées dans une profonde union des cœurs ; ce sera, pour nos chers disparus, pour nos devanciers, pour tout ceux qui ont fait l’Algérie, un témoignage et un honneur que nous leur rendrons, car ils l’ont hautement mérité.

Dans l’Evangile, Jésus nous demande de ne pas être tièdes. Nous ne le serons pas ! Comment des Pieds-Noirs pourraient-ils l’être ? Non. Nous, nous regarderons le visage du Christ et en le contemplant, en le priant, nous y verrons inscrit un message de paix et d’amour, qui nous permettra d’aller bien au-delà de ce que nous aurions estimé faire.

Car faisons attention : la colère et la haine risquent toujours de déformer nos visages et éteindre nos cœurs. Surtout pas de ces comportements outranciers, pas de paroles radicales, dépassant la pensée ! Surtout pas !

De l’amour, de l’amitié, comme nous le vivions là-bas, avant que la guerre ne vienne tout déformer et séparer les êtres. Nos grands-parents seraient-ils morts pour rien ? Ils nous laissent la grandeur, la fierté, le bonheur d’être du Christ et au Christ. A nous tous, de le monter, de le démontrer.

Certaines déclarations, des articles de presse, des souvenirs, des révélations, vont ressurgir ces prochains mois et nous trouver interrogatifs ; certains questionneront nos souvenirs. Nous remettrons les choses dans le bon ordre, mais avec le sourire. Nous le savons bien, souvent nos souvenirs sont « embellis » par la volonté de retrouver nos racines et les vérifications de l’Histoire ne sont toujours pas conformes à ce que nous pensons intimement. Ce sera pour nous tous, le temps de la « métanoïa », c’est-à-dire, du retournement intérieur, de la conversion, du respect aussi de ce que nous avons vécu. De tout cela nous en parlerons avec les plus jeunes ; ils attendent toujours de nous, qu’on évoque les souvenirs de là-bas. Puis le temps du silence reviendra, mais pas le temps de l’oubli. Comment pourrions oublier ? Jamais ! Et pas pour toujours regretter ce qui était, mais pour ne pas oublier ceux qui ont fait l’Algérie, qui y ont vécu, rayonnant de leur foi chrétienne.

En ces temps-là, il n’y avait pas besoin de nouvelle évangélisation, tant nous étions fervents et enracinés en Christ. Désormais pour les plus jeunes de nos familles, il n’en est plus ainsi, car pour la plupart, ils délaissent la pratique de la messe et des sacrements. Mais nous prions pour eux, et le sursaut de la foi reviendra, car vous leur avez donné des bases solides, quant à l’éducation religieuse. Nous ne perdons pas courage. Nous sommes dans l’espérance.

Que nos chers défunts, nous donner ce surcroît de force et d’amour pour vaincre toutes les déviances. Une seule chose comptera au soir de notre vie : l’amour !

Alors, quand nous ouvrirons les mains de nos âmes et que le Seigneur y trouvera tout ce que nous avons fait pour vivre les béatitudes, il nous dira : "Entre dans la joie de ton maître, comme il l’a souvent dit à nos chers défunts."

Chers Frères et Sœurs, le Christ à vaincu la souffrance, le péché et la mort et il les a transformé en semences de gloire. Et aujourd’hui il nous redit : « Je viens pour essuyer toutes les larmes de vos yeux. Courage, j’ai vaincu le monde ! »

Que tous nos défunts reposent dans la paix.

Mgr Jean-Pierre Ellul.  

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