Avec le pape Benoît XVI, en pèlerinage à Turin

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

St SuaireFrères et Sœurs,

 

Avec le pape Benoît XVI, nous partons à Turin, pour nous incliner devant le Linceul, devant le Saint-Suaire, devant cette longue pièce de lin, jauni par le temps, mesurant 4, 36m de long sur 1, 11 m de large, portant une image intense, poignante, constituée par la double empreinte, face et dos, du corps nu d'un homme flagellé, couronné d'épines, crucifié, blessé au côté et par des tâches qui semblent du sang.

 

Pour beaucoup la contemplation du Saint Suaire ne laissera pas indifférent. Personne ne peut dire « C'est le linceul du Christ » mais personne ne pourra dire « Ce n'est pas le linceul du Christ ».

 

L'Eglise ne s'est pas prononcée et ne se prononcera pas. Mais avec ces coïncidences avec l'Evangile, ce drap rappelle au croyant, Celui qui est l'origine de sa foi et les derniers instants de la vie de Jésus Christ. Pour celui qui est en chemin de foi, il le questionne. Pour celui qui le découvre pour la première fois, il ne le laisse pas indifférent. (Mgr Ballot).

 

Cette ostension sera « une occasion propice, pour contempler ce mystérieux Visage, qui parle silencieusement au cœur des hommes, en les invitant à y reconnaître le visage de Dieu ». Mais le Linceul n'est pas un objet de foi. L'Eglise n'a pas la compétence spécifique pour se prononcer sur ces questions. Elle a depuis des décennies confiées aux scientifiques, le devoir de poursuivre les recherches, afin de réussir à trouver des réponses aux interrogations liées à ce Suaire qui, selon la tradition, aurait enveloppé le corps de notre Rédempteur lorsqu'il fut déposé de la croix.

 

Ce qui compte pour le croyant, c'est qu'il est le miroir de l'Evangile. Mais c'est également l'image de l'amour de Dieu. Il nous invite à redécouvrir la cause ultime de la mort rédemptrice de Jésus. Dans cette souffrance indicible, dont ce dernier porte les signes, l'amour de Celui qui "a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique" (Jn 3, 16), devient palpable.

 

Face à lui, les croyants ne peuvent que s'exclamer en toute vérité : "Seigneur, tu ne pouvais pas m'aimer davantage !", et se rendre immédiatement compte, que le responsable de cette souffrance, c'est le péché : ce sont les péchés de chaque être humain.

 

Oui, la contemplation de ce Corps martyrisé, nous aide à nous libérer de nos égoïsmes. On pourrait aussi avoir l'impression que le Saint-Suaire murmure à celui qui le contemple : "Crois en l'amour de Dieu, le plus grand trésor donné à l'homme, et surtout fuis le péché."

 

Mgr Philippe Ballot, archevêque de Chambéry, en pèlerinage à Turin disait : " Devant le St Suaire, je me suis senti invité à aller au cœur de la Passion du Christ et de ce qui s'est vécu pour moi, à travers la mort du Christ.

Quand j'étais devant ces blessures, devant les traces qui correspondent à ce qui est décrit dans la Bible, ce corps allongé et mort, m'a fait comprendre, avec encore plus d'intensité et de profondeur, que Celui auquel je crois, qui est Jésus Christ, a souffert, est mort, pour moi.

Quand je contemplais ces signes, je me rappelais ce que saint Pierre dit : « Par ses blessures, nous sommes guéris » (1 P2, 24). Je me disais : « Jusqu'où a été l'amour de Dieu, pour porter le péché de l'humanité, …. mais le mien aussi ? » En le contemplant, je prenais conscience de l'amour de Dieu pour moi, cet amour qui me rejoignait, jusque dans mon péché. Dieu a endossé la blessure que provoque le péché de chacun - et donc le mien - en aimant jusqu'au bout."

 

J'ajouterai que le Saint-Suaire est aussi une image du silence et notre époque a besoin de redécouvrir la fécondité du silence, pour surmonter la dissipation due aux sons, aux images, aux bavardages, qui empêchent trop souvent d'entendre en nous, la voix de Dieu.

 

Le pèlerinage que des foules nombreuses accomplissent depuis quelques semaines vers Turin, est précisément, un "venir voir", un déplacement de foi, un pèlerinage pour contempler en silence, ce signe tragique et illuminant de la Passion, qui annonce l'amour total.

 

Cette icône du Christ, abandonné dans la condition dramatique et solennelle de la mort, qui depuis des siècles est l'objet à la fois de controverses et de vénération, nous exhorte à aller au cœur du mystère  de la rédemption.

 

        Le Christ est ressuscité d'entre les morts et il nous ouvre les portes du royaume.

 

Devant le St Suaire, "miroir de l'Evangile", nous sommes invités à prier, à nous convertir, à faire silence et à aimer, à aimer comme le Christ vient de nous le demander dans l'Evangile de Jean.

 

Ainsi nous serons ses véritables disciples.

                                                                                                                                     Jean-Pierre ELLUL

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