Ascension du Seigneur - jeudi 13 mai 2010

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

 

 

img_0002.jpgLa Vierge Marie a vécu ces 40 jours après la résurrection de Jésus son fils, avec une intensité comparable à l'attente de celui qu'elle portait en elle, lorsqu'elle était enceinte sous la motion de l'Esprit-Saint.

Depuis quelques temps, elle a écouté discrètement les bruits qui venaient de la ville, ces propos incroyables tenus par Pierre et Jean, lorsqu'ils revinrent du tombeau vide, dans le jardin près du calvaire. Elle les méditait dans son cœur. Elle était dans l'allégresse.

Et cette joie de le voir vivant. Je crois qu'elle n'oubliera jamais ce moment. Non vraiment, pour cette femme qui venait de le suivre sur le chemin du Calvaire, de la souffrance, de la dérision, s'en était trop. Elle se disait pourquoi, sans vraiment trouver de réponse. Ce questionnement, elle l'avait toujours en elle. Pourquoi tant de haine, pourquoi tant de mal ? Elle savait qu'une épée devait lui transpercer le cœur, et elle s'attendait à ce que cela arrive. Et cela arriva, en ce vendredi qu'elle n'oubliera jamais.

Et voilà qu'il était ressuscité, qu'il était vivant. Il montrait ses plaies glorieuses, préparait un feu de bois pour faire griller du poisson pour ses disciples, car pour un temps, ils étaient retournés à leur travail.

Elle savait tout cela ! Ceux qui l'approchaient la découvraient rayonnante, mais changée, un peu vieillie. Allez dire à une mère qui a perdu un être cher, qu'il est revenu du séjour des morts ! Le croirait-elle ? Sûrement que non ! Encore que dans le tréfonds de sa conscience, une maman sait qu'un enfant ne meurt jamais, car elle le garde dans sa mémoire, dans son amour, dans sa chair, dans sa prière, avec ces pensées qui bercent les souvenirs ; ce geste qu'elle avait fait si souvent quand il pleurait, elle qui l'avait déjà bercé dans son sein, attentive à ses premiers mouvements, à ses coups de pieds, à cette vie de Dieu qui était en elle.

Oui, Marie, était là, au soir de la résurrection. Elle écoutait encore une fois, le récit de ses apparitions, elle l'avait touché, pris dans ses bras, embrassé, regardé avec amour, avec cette retenue qu'on lui connaissait, toujours un peu à l'écart, mais présente.

Elle savait qu'il partirait, qu'il remonterait vers le Père, comme Elie parti sur son char de feu. Mais lui, il remontait vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu. Avait-elle de le peine? Oui, celle de le voir partir, mais pressentant qu'un jour, il la couronnerait de gloire et de splendeur. C'est pour cela qu'elle se rendit avec les disciples vers Béthanie. Ah Béthanie ! On y était allé si souvent. Béthanie, lieu de l'amitié partagée, lieu de la résurrection de Lazare, et puis le Mont des Oliviers, de l'autre côté ; il fallait y revenir, comme les disciples étaient revenus de la Galilée depuis quelques jours, pour le retrouver, pour attendre ce que la Père avait promis, cet Esprit qui ferait comprendre toute choses.

Mais elle, elle le savait déjà, qu'il repartirai vers le Père. Elle l'avait entendu dans la pièce des femmes, voisine de la pièce haute sur le mont Sion, où avec ses disciples il avait repris les paroles de la synagogue de Capharnaüm, en ajoutant, donnant pour l'éternité ce Sacrement Saint: "Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang. Il leur donnait le corps qu'elle avait porté, le sang dont elle l'avait infusé, ce don total de sa personne et elle serait désormais présente au sein même de l'Eglise. Il n'y avait plus besoin de Temple, car c'était lui le Temple de Dieu. Et elle se disait qu'elle aussi avait été un temple, puisqu'elle l'avait porté pendant neuf mois. Elle était l'arche d'alliance, le vase mystique, la porte sainte par laquelle on passe.

Elle se disait cela intérieurement, avec l'humilité, la retenue qu'on lui connaissait. Humble fille d'Israël, elle était devenue la mère des douleurs, puis celle de la tendresse et enfin celle de la joie. Elle avait entendu qu'il leur disait qu'il devait partir, mais qu'ils ne les laisseraient pas orphelins, qu'il leur enverrait l'Esprit promis.

Je suis sûr que comme moi, vous auriez voulu entendre la dernière conversation qu'ils eurent, elle et lui, avant qu'il ne reparte vers le ciel. Que se sont-ils dit ?

On ne le saura jamais. Les textes évangéliques sont très discrets sur ces choses-là. C'est le secret de Dieu. Pourtant nous aimerions savoir et surtout voir le visage rayonnait du Christ penché vers sa mère et l'embrassant avant de rejoindre le ciel et elle, le regardant encore et le retenant presque, faisant attention de ne pas toucher les plaies de sa passion, pas tout à fait refermées, de ne pas le tenir comme le fit Marie-Madeleine le jour de la résurrection. Reste encore !

Et voilà qu'une nuée le déroba à ses yeux et à ceux des disciples. Et virent les anges, des hommes vêtus de blanc, qui leur demandaient de ne pas regarder ainsi le ciel, mais de porter leur regard vers la terre, vers le monde, vers tous ceux qui attendaient, sans le savoir, la promesse faite à Israël. Car il leur faudra bientôt partir, porteur de la parole de vérité et remplis de l'Esprit-Saint, pour annoncer qu'il était ressuscité et remonté au ciel.

Et Marie est là, près d'eux et avec eux, continuant la présence de son Fils, femme de prière, de silence, de proximité. Oui, elle serait là, pour faire le lien avec les disciples et celles qui l'accompagnaient, femmes de sa famille, femmes de réconfort et de témoignage, les saintes femmes, pour préparer la venue du Paraclet.

Ils monteront encore dans la chambre haute, referons les mêmes gestes de Jésus, chantant les psaumes de louange, eux qui avaient eu cette expérience de la proximité de Dieu. Elle leur demandait d'avancer avec un cœur sincère, dans la certitude que donne la foi, et surtout le cœur purifié de ce qui souille notre conscience.

Et elle nous le demande encore aujourd'hui, en cette fête l'Ascension de son Fils.

Dans l'attente de l'Esprit-Saint, Vierge Marie, donne-nous le courage de continuer sans fléchir, afin que nous puissions affirmer notre espérance, en la venue de ton Fils, retour que nous hâtons en chaque Eucharistie.

Jésus monte parmi l'acclamation ! Cette clameur nous la poussons du plus profond de notre cœur, pour remercier le Christ de nous donner la force de la foi et du témoignage. Avec Marie, nous sommes dans la joie, car nous savons que Jésus est avec nous, tous les jours jusqu'à la fin des temps. Amen.



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