Jean le Précurseur

Publié le par Mgr Ellul

Mercredi 27 Juin 2007

 

Homélie pour les 23 et 24 juin 2007.
Dimanche et fête de St Jean le Baptiste.
 
Cette année, la liturgie place la fête de St Jean Baptiste, un dimanche. Nous nous en réjouissons ! C’est Luc qui dans son Evangile, nous en donne le récit. Luc est un véritable metteur en scène. En effet, le rideau s’ouvre dès le premier chapitre de son récit, et nous découvrons, au temps du roi Hérode, un prêtre nommé Zacharie. Sa femme est stérile, ils sont avancés en âge ; intervention de l’ange du Seigneur, trouble de Zacharie, annonce qu’il aura un fils. Il doute, et l’ange, un peu interloqué lui dit : « Je suis Gabriel, je me tiens devant Dieu et j’ai été envoyé pour te porter cette bonne nouvelle » ; ne faisans pas confiance à Dieu, il sera donc muet jusqu’à sa naissance.
 
Il nous donne d’assister à la rencontre des deux cousines, Elizabeth et Marie ; on entend alors le Magnificat ; texte ancien, dont Marie s’approprie certaines phrases d’Anne, la mère du prophète Samuel, alors qu’elle déplorait sa stérilité dans le sanctuaire de Silo.
 
Marie étant repartie à Nazareth, voici que les temps de la naissance du Baptise arrivent, et lors de la circoncision, jour où l’on donne le nom à l’enfant, son père est délivré de son mutisme en écrivant sur une tablette de cire, le nom que l’ange lui avait recommandé de lui donner. Dans la montagne de Judée on racontera longtemps les merveilles de Dieu, tout en se posant cette question : « Que sera donc cet enfant ? » En effet, précise Luc, la main du Seigneur était sur lui. On se rappelle également les paroles de Zacharie, ces phrases qui initient nos journées, lorsque dans la prière des Heures, au Bréviaire on dit ou chante : « Béni soit le Seigneur Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple… Grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu, quand nous visite l’astre d’en haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. »
 
Et depuis le début, des générations chrétiennes, ceux qui avaient suivi le Christ, vont se rappeler, la vie et le témoignage du Précurseur. Car Jean Baptiste, est plus qu’un prophète : de tous les enfants des hommes, il est le plus grand ! Ecoutons le Livre des Actes des Apôtres (13, 23-25) : « Comme il l’avait promis, Dieu a fait sortir de la descendance de David un sauveur pour Israël : c’est Jésus, dont Jean Baptiste a préparé la venue en proclamant avant lui, un baptême de conversion pour tout le peuple d’Israël. » Au moment d’achever sa route, Jean qui baptisait à Ennon disait : « Celui auquel vous pensez, ce n’est pas moi. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de lui défaire ses sandales. » Car on lui disait : « Qui est-tu ? » Et il répondait : « Je suis la voix qui crie dans le désert : préparez les chemins du Seigneur. » Et nous le savons, Jésus à souligné lui-même le rôle hors pair du Précurseur, quand il dit aux disciples : « Parmi les enfants des hommes, nul ne s’est levé de plus grand que Jean Baptiste. »
 
Oui, dit St Augustin, dont il faudrait en cette fête, relire les homélies sur l’Envoyé de Dieu : « La voix c’est lui, c’est Jean, tandis que le Seigneur Jésus est la Parole. Au commencement était le Verbe. Jean c’est la voix pour un temps ; le Christ, c’est le Verbe au commencement, c’est le Verbe éternel. »
 
Et il précise à ses auditeurs d’Hippone : « La solennité de ce jour demande un discours solennel, lequel est d'ailleurs bien vivement attendu. Aussi, Dieu aidant, nous vous présenterons ce qu'il nous donnera, mais sans oublier, mais avec la pensée bien précise, que le devoir de notre charge est de vous parler, non comme maître, mais comme ministre ; non comme à des disciples, mais comme à des condisciples ; non comme à des serviteurs, mais comme à des collègues. Car nous n'avons tous qu'un Maître, dont l'école est sur la terre et la chaire dans le ciel, et qui a eu pour précurseur ce saint Jean dont la tradition nous rapporte que ce fut aujourd'hui la naissance ; aussi la célébrons-nous aujourd'hui. Voilà ce que nous ont appris nos pères ; voilà ce que nous transmettons à la postérité avec une fidélité religieuse qu'elle devra imiter. » Et Augustin d’expliquer à ses auditeurs : « Jean naît à l'époque où le jour diminue et où la nuit commence à croître ; le Christ naît au moment où la nuit décroît et où le jour augmente. Ne semble-t-il pas que le précurseur ait eu en vue, ces époques mystérieuses des deux naissances, lorsqu'il disait : « Il faut qu'il croisse et que je diminue ? » Voilà ce que nous nous sommes proposés d'examiner et d'approfondir. Mais j'ai cru devoir mettre tout cela en avant, et si le défaut de temps ou de lumière nous empêche de pouvoir sonder tous les replis de ce profond mystère, il sera suppléé avantageusement à notre enseignement par Celui qui vous parle intérieurement, même en notre absence, par Celui en qui se repose pieusement votre pensée, que vous avez reçu dans votre cœur, et dont vous êtes devenus les temples. Jean paraît être une limite établie entre les deux Testaments, l'Ancien et le Nouveau. Le Seigneur même enseigne qu'il est en quelque sorte cette limite, lorsqu'il dit : «La loi et les prophètes… jusqu'à Jean-Baptiste.» Jean personnifie ainsi l'antiquité et annonce les temps nouveaux. Comme chargé de personnifier l'antiquité, il naît de parents âgés ; et comme chargé d'annoncer les temps nouveaux, il se montre prophète dès le sein de sa mère. Car il n'était pas né encore, lorsqu'à l'arrivée de sainte Marie, il tressaillit dans le sein maternel. Là déjà il était marqué du caractère prophétique, marqué avant de naître; et il montra de qui il était le précurseur avant même de l'avoir vu. Ce sont là des traits divins et qui dépassent les bornes de ce que peut la faiblesse humaine. »
 
Que c’est beau et émouvant de ré-entendre, au-delà des siècles ces quelques phrases tirées des nombreuses homélies que fit St Augustin pour la fête de celui qu’Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, mettra à mort pour obéir à sa promesse, mais surtout pour ne plus s’entendre reprocher avec véhémence la vie dissolue.
 
Jean le Baptiste, est le doigt qui montre Dieu et la main tendue qui le désigne comme l’Agneau de Dieu. Son souvenir restera vivace en Palestine, et sera pour la Provence et les provençaux, celui que l’on fêtera à la « Noël d’été. » En effet, dès les premiers temps du christianisme, ils vont célébrer, dans la proximité des cercles initiés par Jean Cassien, la fête de la lumière et du feu, dont St Isarn se servira, pour faire revenir les Marseillais à St Victor, tandis que le lointain souvenir de l’évêque Proculus et ses démêlés avec le Pape Zozine, lorsqu’il créera le diocèse de Gargaruis, fera dans la région d’Aubagne et de Gémenos, le centre où St Jean Baptiste est fêté encore de nos jours par tous les habitants alentours.
 
Qu’il nous montre le Christ, qu’il nous fasse distinguer le Christ au milieu de nos occupations, qu’il nous donne comme Zacharie de bien écouter la voix de Dieu, dans la confiance et l’espérance, pour être ceux qui suivent, celui est l’Agneau de Dieu, celui qui enlève les péchés du monde, et dont nous allons recevoir en cette fête le corps et le sang, pain de la route pour nous conduire à la vie éternelle et à cette rencontre, dans la lumière, qui nous attend tous. St Jean-baptiste, prie pour nous. Amen.                 
Jean-Pierre ELLUL

Commenter cet article