Triduum Pascal 2007

Publié le par Mgr Ellul

Homélie pour le Jeudi Saint 2007 Basilique du Sacré-Cœur.

 

 

 

C’est autour de notre archevêque, dans la cathédrale de la Major, au cœur de la messe Chrismale du Lundi Saint, que nous avons renouvelé nos promesses sacerdotales. Avec les chrétiens de Marseille, nous avons demandé à Dieu, de nous garder fidèle à l’appel que le Christ nous a lancé.

Pour les plus jeunes la proximité de leur ordination sacerdotale leur rappelait le pas qu’ils avaient fait, pour nous autres, nous nous souvenions de l’imposition des mains que chaque prêtre était venu nous donner, et nous avons prié pour l’évêque qui nous avait ordonné, pour nos familles et celles et ceux qui avaient accompagné les premiers pas de notre ministère de prêtre. Tant de chrétiens, venus se mettre au service du Seigneur, accomplissant leur ministère baptismal, conscients eux aussi de l’appel reçu pour accompagner le Christ-Pasteur, dans la personne de leur prêtre ou de leur diacre. Ils nous ont permis d’accomplir ce ministère avec désintéressement et charité et nous, de les conduire à l’unique source du salut : le Christ.

Et ce soir, nous rejoignons les disciples de Jésus. Nous sommes à Jérusalem et nous avons suivi, dans les ruelles étroites, l’homme portant une cruche, nous montrant la porte qui mène au Cénacle. Nous avons monté les marches et nous avons trouvé tout comme Jésus l’avait dit : une grande pièce toute prête pour le repas pascal.

Nous avons été invité à prendre place, avec eux autour du Christ, joyeux d’être là. Célébrer avec lui le repas du Passage, le rappel de la libération d’Egypte, le long cheminement dans le désert où la foi risque d’être ébranlée ou le péché nous rejoint dans l’interrogation et la peur de l’avenir. Nous avons apporté quelques herbes amères comme témoins de ces années d’errances et la sauce rouge pour mettre sur les linteaux des portes. Nous devions manger la pâque rapidement, mais Jésus s’est mis à nous parler au cœur. Il instituait le sacrement de l’Eucharistie et avant de se livrer lui-même à la mort, il confiait à ses disciples le sacrifice nouveau de l’Alliance Eternelle. Sous nos yeux, l’œuvre de notre rédemption s’accomplissait. Et ce soir nous allons comme en chaque Eucharistie, refaire les même gestes, rendant le Christ présent au milieu de nous en célébrant ce mémorial. Oh que ce mystère est grand ! Tellement profond qu’il nous faut ? chaque jour lorsque nous le célébrons, retrouver dans son origine première, ces gestes et les paroles de Jésus.

Regardez-le prendre le pain. Il nous regarde et nous dit : "Ceci est mon corps ». C’est ton corps Seigneur, donné, livré, meurtri pour nous et pour le pardon de nos péchés. Ton corps qui sera bafoué, frappé, percé d’épines, sur lequel on déposera le bois, pour te conduire au supplice. Mais ta vie, nul ne la prend, c’est toi qui la donne. Déjà à Carphanaüm, nous t’avions entendu nous parler de ta chair que nous devions manger et de ton sang que nous devions boire. Et combien sont partis sans comprendre le vrai sens de tes paroles. Mais ce soir, nous réalisons dans la proximité de ta présence, que tu nous transmets ces gestes pour que nous les refassions après Toi, pour nourrir spirituellement ceux qui t’appartiennent et qui se tiennent en ta présence pour te servir. Aide-nous à toujours prendre conscience du mystère que tu nous as laissé dans l’attente de ton retour.

Mais tu te lèves. Certains ont déjà compris, lorsqu’ils te voient nouer un linge autour de ta taille. D’autres veulent t’en empêcher. Comment ? Prendrais-tu la place du serviteur ? Moi, je me suis reculé pour ne pas me faire voir. Me laver les pieds ? Mes pieds sont sales, comme ma conscience, des fautes que je commets et je n’ose les montrer au Seigneur. Mais lui sait tout, vois tout et déjà s’avance vers mois et je sens l’eau couler sur mes pieds. Lave-moi Seigneur, que je sois pur comme l’hysope, fais que mes péchés, même rouges comme l’écarlate, deviennent blancs comme neige en ta présence d’amour. Oui, lave-moi tout entier comme vient de te le demander l’apôtre Pierre, car nous ne sommes pas tous purs.

Nous t’écoutons parler, nous faire tes adieux. Le cep et la vigne, la paix, la réalisation des promesses à Israël… Notre cœur n’a pas à se troubler, car tu es le Chemin, la Vérité et la Vie. Nous t’entendons nous dire que l’Esprit va venir et que toi –même, tu reviendras bientôt, et puis comment retenir en entier cette belle prière, où les yeux levés au ciel, tu pries le Père, car l’heure est venue et que tu ne veux pas nous laisser seuls ? Tu nous as fait connaître son nom pour que l’amour dont le Père t’aime, soit également en nous tous et toi en nous. Mais voilà que tu prends la coupe remplie de vin et que cette coupe devient la Nouvelle Alliance en ton sang. Tu nous dis de la prendre et d’en boire. Ce sang, tu vas le verser pour nous, pour la multitude, en rémission de nos péchés. Nous promettons de refaire ces gestes en mémoire de toi.

Mais nous sommes déjà partis,  pour le jardin des oliviers, et en chemin, ces paroles d’amour retentissent en nos cœurs et rythment notre marche. Quand allons-nous refaire ces gestes ? Comment ? Avec toi ? Tant de questions que nous ne pourrons résoudre en ces jours qui viennent, car tu vas être livré à la main des hommes et vivre ta passion. Il est grand le mystère de notre foi !

Nous sommes dans l’émerveillement de ce mystère, étonnés de la conversion transsubstantielle de ce pain, de ce vin en ton corps et en ton sang, Seigneur Jésus. Oui c’est une réalité qui dépasse toute compréhension humaine. Elle est le résumé et la somme de notre foi. Nous le savons, la foi de ton Eglise est essentiellement une foi eucharistique. Grâce à l’Eucharistie, l’Eglise renaît sans cesse, à nouveau ! C’est vraiment le don que Jésus fait de lui-même, nous révélant son amour infini, car Jésus nous aima jusqu’au bout.

Dans l’Exhortation apostolique « Sacrementum Caritatis », reprenant cette affirmation, le pape Benoît XVI écrit : « (…) La célébration et l’adoration de l’Eucharistie nous permettent de nous approcher de l’amour de Dieu et d’y adhérer personnellement, jusqu’à l’union avec le Seigneur bien-aimé. L’offrande de notre vie, la communion avec toute la communauté des croyants et la solidarité avec tout homme, sont des aspects inséparables du culte spirituel, saint et agréable à Dieu, dans lequel toute notre réalité humaine concrète est transformée pour la gloire de Dieu » (SC 94).

Comment te remercier Seigneur de nous avoir invité ce soir, à célébrer avec toi le mémorial du passage ? En gardant fidèlement tes paroles, dans un cœur rempli d’amour, pour toi et pour nos frères. Aide-nous à toujours mieux approfondir le sens de ce mystère de ton corps et de ton sang. Fais de nous tous, des orants, les mains levés vers toi, des adorants devant ton eucharistie, afin qu’en nous relevant de notre prière, en sortant de ton église, nous n’oublions pas que ceux que nous rencontrerons, c’est toi.

Toi, dans les petits et les souffrants, toi, dans les pauvres et les délaissés, toi, dans ceux qui sont riches et repus, toi, enfin vers qui nous devons aller, pour vivre avec ceux qui ne croient pas et qui par nous, te rencontreront. Car c’est Toi qui donne à ton peuple dont nous faisons partie, la dignité du sacerdoce royal. Et nous voulons être de vrais témoins de ta charité et de ton amour, prêts à donner nos vies, comme tu l’as fait, pour le service de nos frères et pour moi. Merci Seigneur de nous avons laissé le mémorial de ton amour, pour qu’en chaque communion nous soyons, nous devenions des êtres nouveaux. Amen.

                                                                                                          Mgr Jean-Pierre Ellul

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