Carême 2007

Publié le par Mgr Ellul

2ème intervention de Carême - 9 mars 2007 – 16h 30 et 19h 30

Après avoir découvert l’iconographie des différentes images présentant des visages du Christ, pour rappeler le thème du carême 2007 voulu par le Pape Benoît XVI : « Ils regarderont vers Celui qu’ils sont transpercé », nous avons découvert, à la fois les portraits des anciens curés de la paroisse St Adrien – St Hermès, puis celui de l’abbé Paul Dejean, à qui Mgr Fabre, va confier la charge de la construction de notre grande basilique.L’ancienne église est trop petite, et lorsque l’on célèbre en 1907, le 50ème anniversaire de la fondation de la paroisse, on se décide à prévoir plus grand.

 

 

 

Mais la guerre de 1914 est déclarée. Mobilisation, premiers drames, de nombreuses victimes, la France semble vaincue. Pourtant le Seigneur veille ! Après le désastre de Sedan en 1870, va-t-on voir encore subir un autre désastre ? On se confie au Sacré-Cœur de Jésus. Mais pour construire, comment faire ? Dès le 8 décembre 1918, en la fête de l’Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie, Mgr Joseph-Antoine FABRE, évêque de Marseille, adresse une longue lettre aux marseillais et à son clergé sur la construction d’une nouvelle Eglise :

« Ce sera un monument commémoratif, élevé à la gloire du Cœur Sacré de Jésus et en l’honneur des enfants de Marseille morts victimes de la Grande Guerre : « La paix si ardemment désirée, si impatiemment attendue, la paix est enfin revenue. Des cris de victoire, des chants joyeux retentissent partout ; ils remplissent le cher pays de France et se répercutent au sein des peuples alliés…Dieu s’est levé à son jour, à son heure ; grand justicier, il a pris la défense du droit outragé ; il l’a rendu triomphant. Nos implacables ennemis son humiliés ; les superbes mordent la poussière ; l’orgueilleux souverain qui rêvait de l’universelle domination est battu ; il a plié les genoux ; il a demandé grâce.

Devant ce fait prodigieux un double devoir s’impose aux cœurs français : merci à Dieu, merci à nos soldats.(…)

Ah ! Réjouissez-vous soldats de France : les annales de notre pays ont des pages admirables, pleine de hauts faits et d’actions éclatantes, comme aucun peuple n’en peut montrer ; vous avez fait, vous, les champions de la justice et du droit ce qu’on ne vit jamais ; vous vous êtes élevés aux plus hauts sommets de la gloire ; vous avez sauvé la France et la civilisation. Mais nos très chers frères ne peuvent plus nous entendre. Parmi les plus vaillants, combien son tombés ! Combien qui dorment aujourd’hui dans le sillon ou dans la tranchée. Que ne pouvons-nous les réveiller ! (…) Ne troublons pas leur sommeil ; berçons-les plutôt de nos prières émues et de nos mercis reconnaissants.Merci, merci, Soldats de France ; morts connus ou ignorés, vous vivrez à jamais dans notre impérissable souvenir. Il y a bientôt 100 ans, en 1820, premier centenaire de la peste, le comte de Villeneuve, préfet du département des bouches du Rhône, le marquis de Montgrand, maire de la Ville de Marseille et avec eux les marseillais, qui n’ayant rien oublié, se souvenant des jours calamiteux et des miséricordes divines, formèrent le projet de construire une église et de la dédier au Sacré-Cœur de Jésus. On devait y dresser un monument à la gloire de Mgr de Belsunce et sur une pierre commémorative écrire les noms des héros de la charité. Cette église devait s’élever sur l’emplacement de celle de Saint Ferréol,  sacrilègement détruire par la Révolution. La première pierre en avait été bénite et posée le 29 juin 1821, sous le présidence des autorités civiles et aux applaudissements du peuple. Des oppositions fâcheuses firent échouer le projet. Nous le reprenons aujourd’hui ! nous souvenant du passé et voulant perpétuer le présent.

Le Sacré-Cœur a sauvé Marseille ! N’a-t-il pas sauvé la France ? Qui dont a arrêté l’envahisseur ? Qui lui a dit : « A la Marne, tu briseras tes flots orgueilleux ? » Qui a protégé la Capitale ? Qui a changé les défaites en victoires ? Qui nous a donné le Salut ?

Sans méconnaître, sans le moins du monde amoindrir les efforts humains, nous disons avec l’illustre généralissime des armées alliées : « C’est Dieu qui a tout fait ! », et faisant écho à ces nobles paroles, nous nous écrions : « C’est le Cœur de Jésus ! » Il est beau, en effet, il fut splendide le mouvement populaire, l’élan national vers le Sacré-Cœur. Pendant 4 ans et plus, nous l’avons supplié, avec une confiance jamais défaillante, de sauver la France. La France est sauvée.

La nouvelle église sera aussi le témoignage de la reconnaissance publique de Marseille pour nos illustres morts. Une chapelle absidiale leur appartiendra. Là tout parlera d’eux, les murs, les vitraux raconteront les batailles, les victoires de la grande guerre. Là, aux pieds de Notre Dame de Pitié, les pères, les mères, les veuves et les orphelins en deuil viendront mêler leur larmes et confondre leur douleurs, s’animer à la résignation et s’encourager aux doux espoirs dans une communion générale de sympathies religieuses et de charitables suffrages ; là, chaque jour, le Saint Sacrifice sera offert pour les chers disparus ; la prière, favorisée par de pieux exercices y sera incessante ; les morts y revivront dans une indéfectible gratitude. Ce magnifique monument, nous voulons l’élever sur la grande avenue du Prado, au point même où se trouve l’église St Adrien. Mais comment réaliser ce projet grandiose qui nécessitera de très considérables dépenses ? Nous l’avouons, nous n’avons pas d’autres ressources que celle que nous permet d’escompter votre religion. (…) Vos pères ont bâti les églises de St Lazare, de St Michel et de St Vincent-de-Paul. Seriez-vous moins généreux qu’ils ne l’ont été, quand il s’agira de glorifier le Cœur de Jésus, quand il s’agira de magnifier les grands morts de la guerre ? Oui, nous avons pleine confiance en vous. Nous bâtirons avec de larges offrandes des riches et les modiques oboles des pauvres, l’église commémorative et sur le granit de son fronton, nous graverons d’une main pieuse cette dédicace que les siècles liront : « Au Sacré-Cœur de Jésus et aux morts de la grande guerre – Marseille reconnaissante. »Voilà comment s’exprimait Mgr Fabre. Les pères, les mères, les veuves et les orphelins en deuil viendront mêler leur larmes et confondre leur douleurs, s’animer à la résignation et s’encourager aux doux espoirs dans une communion générale de sympathies religieuses et de charitables suffrages ; là, chaque jour, le Saint Sacrifice sera offert pour les chers disparus ; la prière, favorisée par de pieux exercices y sera incessante ; les morts y revivront dans une indéfectible gratitude. Suivent dans sa lettre pastorale, 8 articles établissant :

-          la commission chargée du projet, -          confiant à l’abbé Paul Dejean, la responsabilité de conduire les travaux, de recueillir les fonds nécessaires ;

-          appel général est fait à tout le diocèse, pour une large souscription dont les listes seront imprimées dans l’Echo de Notre-Dame de la Garde. C’est donc l’église de tout les marseillais, et ils répondront avec générosité, si bien que les travaux commenceront bientôt. Le 7 novembre 1920 verra la pose de la première pierre, présidée par Mgr Fabre. C’est le R. Père Eymieu qui prononce le discours de circonstance.La cérémonie commence à 2h ½, Mgr Fabre sera assisté par les évêques d’Ajaccio et d’Oran. La Clique de la Fédération des Patronages, sonne l’arrivée aux champs, lorsque les évêques arrivent, puis la foule entonne : « Gloire, amour au Sacré-cœur », accompagné de la Musique instrumentale de l’œuvre de Don Bosco. Après le discours du Père Eymieu, le chant du Psaume 83 : « Qu’ils sont aimés tes tabernacles Seigneur ».

 

 

Mgr bénit l’emplacement du futur autel majeur, marqué par une grande croix de bois. Après une oraison, où Mgr nomme le titulaire de la future église, à savoir LE SACRE-CŒUR, commence la bénédiction de la première pierre qui est carrée et angulaire, deux oraisons, aspersion d’eau bénite et impression d’une petite croix, sur chacun des côtés. 5ème  oraison et chant des Litanies des Saints, avec l’énumération des fléaux dont on prie le Seigneur de nous délivrer, parmi ces fléaux : le tremblement de terre, qui renverserait le temple dont la construction va commencer ; la peste qui rappelle, en la circonstance, celle de 1720 à Marseille, et l’insigne bienfait de la délivrance due au Sacré-Cœur ; la guerre, l’épouvantable fléau dont les nombreuses victimes recevront dans ce temple sacré, le durable hommage de notre gratitude et de nos prières. Puis on évoque la paix, l’union pour tous les peuples des vivants et pour les morts, le repos éternel. C’est le moment de la pose de la première pierre. Mgr Fabre, reçoit la truelle d’argent et il est assisté de celui que le Pontifical Romain appelle « le cimentier ».

En cette circonstance c’est l’architecte lui-même Théodore Dupoux qui la scelle, pendant que Mgr l’asperge d’eau bénite. Il est demandé que la paix et l’amour fraternel règne ici, avec la véritable foi et la crainte de Dieu. Puis l’évêque procéda à l’aspersion des fondateurs ou des tranchées ouvertes pour les recevoir. La cérémonie s’achève par le chant du Veni Creator, puis le célébrant principal exhorte une ultime fois le peuple à contribuer par ses largesses aux frais de la construction. Enfin, comme la basilique va être élevée en mémoire des Enfants de Marseille morts pour la Patrie, Mgr donnera une absoute solennelle sur ce terrain, où leur souvenir ne périra pas et où l’on priera toujours pour eux, où ils seront honorés pendant des siècles.

Dans l’enceinte et à l’extérieur, c’est plus de 4.000 personnes qui y ont participé, sans compter tous ceux qui depuis les immeubles voisins ont assisté à la cérémonie ; dans la rue St Adrien, sur le Prado, la voix forte du Père Eymieu à été entendue.  Il y avait des représentants des Vérérants des armées de terre et de mer, des Mutilés, des Veuves et Prisonniers de Guerre, etc… beaucoup de personnes en deuil. Un clergé fort nombreux, religieux, religieuses, les séminaristes des petits et grand séminaires.  L’abbé Dejean avait fait placer autour des tranchées de fondation, 50 mâts avec drapeaux pontificaux, français et alliés, retenus par des cartouches portant tous les armes de la ville. A côté de la grande croix de bois, un large velum orné de velours rouge et or, soutenu par des mâts fleuris, c’est là ou furent placés les fauteuils de l’évêque officiant et des autres Prélats, et les sièges des dignitaires ; tout auprès, la « première pierre » suspendue. De l’autre côté un vaste catafalque avec palmes, plantes vertes et drapeaux de la France ; de l’autre, la chaire pour celui qui va interpréter, avec tant d’éloquence et de cœur à la fois, la raison de la cérémonie et les sentiments de tous.

Monsieur l’Abbé Dejean reçoit aimablement toutes les personnalités à leur arrivée et fait battre et sonner aux champs à l’entrée de chaque évêque.Nous évoquons maintenant certaines dates importantes :

En 1921 : parution du premier numéro du bulletin trimestriel « Le Souvenir » ( il y aura 150 numéros en tout).

Décembre 1922 : institution par Mgr Fabre de « L’œuvre des pieuses journées » pour la construction de l’église auxquelles participent tout le diocèse, durant une journée par an.

1922 : mort de Mgr Fabre et nomination de Mgr Champavier. 26 février 1924 : mort de l’architecte Théo Dupoux. Son fils Edouard lui succède. 26 mars 1925 : création de l’Association et de l’Education populaire (AEAP). Elle s’installe dans des locaux loués au 112, rue Edmond Rostand.1923-1926 : procès des chanoines Figeac et Dejean, suite au concert donné dans la cathédrale au profit de la construction de l’Eglise du Prado, par les chanteurs de la Sixtine. 1924 :première grande vente de charité annuelle dans la crypte à peine achevée. Ces kermesses dureront plus de 20 ans. Décembre 1924 : parution du n° 1 des Ephémérides paroissiales, bulletin annuel.

1927 : arrivée de Corse des premières colonnes des chapelle latérales. 1928 : mort de Mgr Champavier et nomination de Mgr Dubourg. Mars 1933 : modification de la façade de la basilique. Le clocher ne fera plus partie de la façade, mais sera placé sous forme de campanile sur le côté entre l’église et la rue St Adrien. A son sommet le campanile comportera un lanterneau éclairé en permanence à la mémoire des morts de la guerre. La semaine prochaine, nous verrons comment l’église fut démolie et le culte transporté dans l’ancienne chapelle des Jésuites, la chapelle St Ignace à la rue St Sébastien.

(J-P Ellul)

 

 

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