UNC 2007

Publié le par Mgr Ellul

Homélie pour la messe annuelle de

l’Association Nationale des Combattants 
des Bouches du Rhône  

Dimanche 21 janvier 2007 – 11h. 

 

      Frères et Sœurs,  Chers Amis,

     C’est un honneur et une joie, de vous recevoir dans cette basilique élevée à la gloire du Sacré-cœur et à la mémoire des morts des deux grandes guerres et de toutes celles qui suivirent, en Indochine, en Algérie. En ce début 2007, alors que l’Eglise universelle nous convie à prier pour l’Unité de tous les Chrétiens, vous devancez d’une semaine, la date de fin janvier, qui inaugure la nouvelle année, par cette messe solennelle, relayée par les prières qui s’élève sous ces voûtes, au rappel des Armistices du 11 novembre et du 8 mai.

    Dans un instant, après le credo et la prière universelle, nous bénirons un nouveau drapeau, qui accompagnera, dans la chapelle dédiée à la Vierge de Pitié, que Mgr Jean Delay inaugura le 11 novembre 1948,  la gerbe qui sera déposée devant le Christ gisant, alors que la flamme sera ranimée et que la sonnerie aux morts retentira. C’est dans cette intention, que nous avons voulu cette année, que cette chapelle ne soit pas recouverte, afin de rappeler sa présence et le but dans lequel elle à été élevée.

    Mais pour l’instant entrons avec Jésus dans la synagogue de Nazareth. Il est revenu dans son village, quelques mois après son départ. Il est parti, a tout quitté, pour prêcher l’amour du Père et montrer qu’il est le Messie, l’Agneau de Dieu, celui qui enlève les péchés du monde. Evidemment, il n’est pas très bien reçu, car tous se posent des questions à son sujet. Il est trop connu par ses proches, pour pouvoir être écouté. Il sera mal accueilli et le texte de l’un des évangélistes, dit même qu’ils le poussèrent hors de la synagogue et essayèrent de le précipiter, depuis l’escarpement où leur ville est située. Voilà que Jésus dérange, il est hors norme. Et pourtant. Tout, dans les textes anciens, comme celui d’Isaïe, apportent le témoignage du dessein de Dieu, tenu caché depuis les siècles. Il est là, celui que l’on attendait, il est là, celui dont on parlait, il est là, mais ne se laisse découvrir que par ceux qui ont un cœur de pauvre et une âme ouverte.

    Même sur la croix, ils ne croiront pas en lui ! Surtout sur la croix ! Cet instrument de mort, où seuls les malfaiteurs étaient cloués. Mais malgré ses souffrances, il rayonne d’amour et appelle au pardon. Il n’y a qu’à regarder, pour s’en convaincre, le premier des vitraux de notre basilique. Il meurt sur le calvaire, pour le pardon de nos péchés, pour le salut du genre humain. Cloué, parce qu’il s’est dit le Fils de Dieu, parce qu’il retourne les cœurs et  bouleverse les consciences de ceux qui attendent le retour de celui que Yahvé a promis à toutes les générations.

    Henry Pinta, le grand artiste marseillais, qui en a dessiné les cartons, ainsi que la magnifique mosaïque, qui est dans l’abside au dessus de l’autel, a voulu montrer la souffrance et la gloire du ressuscité. Il est lui-même très éprouvé par la guerre de 1914-1918, durant laquelle ses deux fils sont tués. Puis se sera, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, la mort de son petit-fils, tombé un 25 août, à 20 ans, alors qu’avec un groupe de jeunes patriotes, il combattait, pour préparer l’entrée de l’Armée Leclerc, dans la capitale.

    Et de l’autre côté, lui faisant face, nous découvrons le vœu fait par la France pour construire la basilique de Montmartre à Paris, véritable sanctuaire où tous ceux qui ont souffert, ou sont morts pour la France, pourront être entourés de prières et d’honneurs. Comme ici d’ailleurs, dans notre basilique, voulue dès la fin de la Grande Guerre de 14-18. Mgr Joseph-Antoine Fabre, dans sa lettre pastorale de Noël 1918, en annonce la construction, dédiée à la mémoire des 15.000 Marseillais, morts au cours de la guerre. « Ce monument ne doit pas attendre plus longtemps son exécution ! », et ainsi la première pierre sera posée le 7 novembre 1920. Puis la basilique sera soumise aux lenteurs de la guerre de 39-45, inscrivant encore et toujours, sur les murs de l’abside, les noms de ceux qui vont tomber pour la liberté et la grandeur de la France. Elle restera inachevée, jusqu’à nos jours.

    Puis-me permettre de rappeler ce que le Chanoine Aristide Resta, curé du Sacré-Cœur et successeur de Mgr Paul Dejean, le Curé constructeur, écrivait : « A tous les camarades Combattants des deux guerres.

    Chers Camarades. Vous ne pourrez jamais oublier et ne consentirez jamais, à ce qu’on oublie nos grands morts des deux guerres. Le souvenir est un devoir sacré ! Les mères et les épouses de nos camarades, tombés dans les combats ont pieusement contribué à l’édification de l’Eglise du Prado, qui commémorera éternellement leur sacrifice. Fidèlement, elles y viennent prier et pleurer près des plaques où sont gravés leurs noms. -Qu’il vous souvienne !-

    Après chaque sanglante bataille, sur la terre ramenée sur leur corps, nous avons planté, pour chacun, une modeste croix de bois : simple mais émouvant symbole des sentiments qui inspirèrent leur sacrifice rédempteur pour la Patrie.

    Je viens aujourd’hui, en leur nom et au nom de ceux qui les pleurent, vous demander de planter ensemble et coude à coude, comme dans les combats, le PHARE-CAMPANILE du Souvenir, qui perpétuera leur mémoire et sonnera les glorieux et douloureux anniversaire. Si vous le voulez, et vous le voudrez, bientôt, sur la plus grande avenue de Marseille, se dressera le monument de tous les anciens combattants, qui « se souviennent » et veulent prier pour nos grands morts, et avec nos grands morts, ces vivants de l’Au-delà, prier pour le salut de la Patrie. »

    Voilà comment dès 1950, le Chanoine Aristide Resta, ex- aumônier de la 27ème  D.I.C, invitait les Marseillais à élever ce haut fanal, qui dès l’origine devait être construit dans le jardin de la basilique pour rappeler, par sa flamme brûlant jour et nuit, le sacrifice de tant d’hommes, morts au Champ d’Honneur.

    Et pourquoi ne pas y penser à nouveau, alors que le 5 mai 2007, nous célébrerons le 60ème anniversaire de la consécration de cette Eglise ? Je livre ce souhait à toutes les Associations d’Anciens Combattants, souhait que je vous prie de relayer en haut-lieu. Qui sait si ce vœu, voulu pour nos morts, ne se réalisera pas bientôt, pour la plus grande gloire de Marseille et de la France. Il faudrait aussi que le 8 mai de cette année-anniversaire, une messe soit célébrée pour eux, ici dans cette basilique.

    Pour l’instant, et en concluant cette homélie, retrouvons Jésus le Seigneur, Roi d’amour et de miséricorde, et demandons-lui de toucher nos cœurs, afin d’être des témoins de paix, pour que tous nos jeunes, dans nos familles, dans notre ville et en France, n’oublient jamais, eux qui n’ont pas connu la guerre, le sacrifice de tant de vies.

    Donne à tous nos morts, Seigneur la lumière éternelle et qu’ils reposent dans la paix.

Mgr Jean-Pierre Ellul

Commenter cet article