50ème anniversaire de défunts d’Afrique du Nord. 10 Novembre 2012

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Homélie pour le 50ème anniversaire de défunts d’Afrique du Nord –

basilique du Sacré-Cœur de Marseille, -10 novembre 2012.

Nos célébrations du 50ème anniversaire du retour d’Algérie, célébrées si bellement, dans la cathédrale de Marseille, le 12 mai dernier et partout en France, se termineront bientôt, et déjà cet après-midi, avec cette messe de Requiem qui nous rassemble très nombreux, et samedi prochain, 17 novembre, à 14h 30, par une plaque qui sera posée et dévoilée à Notre-Dame de la Garde.

Je n’oublie pas de mentionner, comme je l’avais fait le 5 juillet dernier au cours de la messe des défunts d’Oranie, la cérémonie au Monument des Rapatriés sur la Corniche, où avec les autres cultes, nous avions priés, puis découvert cette belle plaque rappelant notre retour d’Algérie

Nous avons été heureux d’entendre il y a un moment le Père Julien Oumedjkane nous parler de l’histoire du sanctuaire de Notre-Dame d’Afrique…

Chers Frères et Sœurs,

Les textes de la Parole de Dieu, que j’ai désiré garder pour cette messe du souvenir de nos chers disparus, sont ceux du 32ème dimanche, car ils nous invitent à méditer sur le don total, et la proximité du 11 novembre, nous fait souvenir de nos grands-parents et arrières grands-parents, tombés aux champs d’honneur, pour la défense de la France et sa liberté. Nous leurs rendons hommage et nous prions pour eux, pour qu’ils continuent de voir la face du Dieu vivant.

D’ailleurs tout au tour de l’abside de cette basilique du Sacré-Cœur, dédié à leur mémoire, et au Cœur Sacré de Jésus, sont gravés les noms, trop nombreux de tous ceux qui ont fait le sacrifice de leurs vies. Et deux plaques, rappelant le souvenir de nos frères d’Algérie et d’Afrique du Nord, ont été placées près de ces noms. C’est donc un double hommage que nous célébrons aujourd’hui, et nous prions pour nos parents défunts restés sur notre terre d’Algérie.

 Avec Jésus, asseyons-nous dans le Temple quelques instants, pour regarder la foule déposer de l’argent dans le tronc, nous souvenant de tous ceux qui ont fait pour notre pays.

Nous nous remémorons les jours heureux et malheureux ; certains d’entre nous, portent encore les blessures qui ont endeuillé leurs vies. Nous nous rappelons, sans nostalgie, que nous devenons les derniers, à pouvoir le faire. Mais la vie continue et nous espérons que le passage de témoin, comme nous l’avons vécu à la cathédrale à la fin de l’eucharistie du 12 mai, le puisse permettre.

En regardant, comme le faisait Jésus, ne voyez-vous pas combien de mains invisibles se sont tendues pour déposer une fleur, un bouquet, une gerbe, sur la tombe de nos chers disparus, comme cela à été fait, par ceux qui en sont chargés et que nous remercions, lors de la célébration de la Toussaint, dans les cimetières d’Afrique du Nord. Seigneur donne-leur le repos éternel, dans la lumière de ta résurrection.

Comme cette pauvre veuve dont nous parle l’Evangile de la liturgie du 33ème dimanche, nous aussi nous avons beaucoup mis dans le trésor. Nous y avons placé notre vie en Christ, nous y avons déposé toutes les intentions de notre cœur, le désir de voir grandir nos familles, nous avons fait en sorte, qu’en entrant dans le Temple avec Jésus, nous passions par la Porte de la Foi, en cette année de recherche et d’approfondissement, qui nous est proposée par le pape Benoît XVI.

Passer par la porte de la foi signifie être tout à Dieu, convertir son cœur, en chasser rancunes et haine, devenir comme les enfants bien-aimés du Père, puis être là, à le regarder pour faire de lui, celui qui peut tout, et en qui nous avons toute confiance, car il est ce Dieu d’amour et de miséricorde dont nous voulons nous approcher.

En écoutant la lecture du Premier Livre des Rois, en découvrant la générosité de Dieu, je me suis mis à penser à nos premiers jours du retour en France. Si pour certains, peu nombreux, cela était facile, ce ne fut pas le cas pour la majorité. Pas de pain et pas de farine, et surtout pas un toit où loger.

Mais malgré les vicissitudes, le froid de cet hiver 1962 et malgré le déracinement, l’éloignement et la séparation de nos familles, beaucoup d’entre-nous ont pensé avoir l’attitude de cette femme, qui après un dernier sursaut de vie, voulait mourir elle et son fils !

Oui, tant de souffrance, qui peu à peu se transformèrent en espérance de vie, car la vie reprenait ses droit et nous chrétiens, nous faisons confiance, et une fois encore, dans l’histoire de nos familles, pour repartir, et nous hausser jusqu’au niveau de l’espérance et de l’amour, dans une foi au Christ inébranlable.

Réflexes de pionniers, de catholiques, avec cette fierté de vaincre le quotidien qui nous semblait remplis de nuages sombre, mais que les premiers Noël, avec la joie des enfants à qui nous procurions ce qu’il fallait, pour qu’ils passent ce cap difficile, nous remit alors sur le chemin de l’espérance.

Oui, comme cette femme, nous avons fait confiance, et pour nous, avec l’aide du Seigneur, nos familles se sont établies dans la paix. Le psaume 145, nous le dit : « Le Seigneur redresse les accablés, il aime les justes et donne le pain aux affamés ».

Oui, nous avons donné de notre nécessaire, nous nous sommes mis à vivre et 50 ans après, malgré les fatigues, les contrariétés, les deuils, les séparations, nous sommes là pour rendre témoignage et remercier le Seigneur de tout ce qu’il nous a accordé.

Comme l’Eglise nous le propose, marchons sous le regard du Seigneur en cette année de la foi, et que vient de se terminer le synode sur la Nouvelle Evangélisation, n’ayant pas peur, (mais nous n’avons pas peur), d’être des évangélisateurs, des témoins du Christ ressuscité, avec nos familles, surtout dans nos familles où nous devons vivre des valeurs que l’Eglise nous propose.

Comme les évêques de France nous le demandent, comme notre conscience nous y oblige, comme la Parole de Dieu nous y invite, soyons unis les uns aux autres, respectons-nous, préservons nos familles, une famille faite d’un père, d’une mère ayant leurs enfants autour d’eux, comme nous le vivons quotidiennement et essayons de ne pas laisser notre culture, nos racines, nos valeurs s’étioler,  

Nous qui, en cette Année de la Foi, entrons dans une période de turbulence, nous chrétiens, nous ne pouvons pas laisser faire sans protester; pour dire, haut et fort, que nous ne voulons pas que l’on falsifie, pour l’agrément de certains, les lois morales, le sacrement de mariage, l’éthique de fin de vie et la culture, qui font notre fierté de Français et de catholique.

Nous avons à défendre ces valeurs, nous devons dire haut et fort, notre désaccord, mais… en vivant une vie, digne de l’Evangile, auquel nous nous référons.

Nous avons toujours eu ce besoin de témoigner, de dire, souvent haut et fort, ce qui n’est pas négociable et malgré notre âge, si nous ne pouvons pas le dire et le montrer à l’extérieur, nous pouvons, dans la prière et le silence, être des témoins de la foi et dire non, comme Jésus le fit si souvent devant les pharisiens !

Allez, restons dans la prière et dans l’espérance en la miséricorde du Seigneur pour nos chers défunts. Que Dieu leur donne en plénitude, après un temps de purification, la joie de le voir face à face dans l’attente de la résurrection. Que tous reposent dans la paix. Amen. J-P Ellul. 

 

Commenter cet article