5 Juillet 2012 - Messe pour les défunts d'Oranie - Sacré-Coeur de Marseille.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

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Textes : St Paul aux Corinthiens 5, 16-10

Evangile : Matthieu 5, 1-12a

 Chers Frères et Soeurs.

Il y a 50 ans nous quittions l’Algérie Française. Terre de notre naissance, nous laissions tout derrière nous. En proclamant cet évangile des béatitudes, en écoutant le sermon sur la montagne, je revoyais ce peuple immense, qui dans un effort surhumain prenait la décision de partir devant les crimes odieux qui étaient commis et dont nous étions les témoins.

Oui, heureux et bienheureux, ceux qui avaient fait ce pays, travaillé pour y implanter la civilisation et la culture et voulaient y vivre libres et heureux. L’Histoire en décidera autrement.

 Il y a 50 ans, l’Algérie devenait indépendante.

La plupart d’entre-nous n’étaient plus là, pour voir cette page de notre histoire se tourner définitivement, partis précipitamment avec la peur au ventre et l’avenir incertain.

Ceux qui désormais s’appelleraient les algériens, fêtaient dans la joie et l’exultation leur indépendance. De qui ? De quoi ? De la France qui avait tant apporté à ce pays, de la civilisation européenne qu’ils rejetaient. Ils pensaient légitimement qu’enfin, ils pourraient secouer et faire tomber le joug sous lequel nous les avions soumis disaient-ils avec certains politiques et se régir tout seuls ! Et c’est ce qu’ils firent, oubliant tout ce que nos grands-parents, nos parents et nous-mêmes avions apporté à ce pays.

Pour vous tous, pour nous tous, ce 5 juillet, c’est évidemment ce drame où à Oran et dans sa région, des milliers de personnes perdirent la vie, furent assassinées, égorgées et surtout combien de disparus, dont on ne devait jamais retrouver les corps.

L’armée Française s’était réfugiée dans ses casernes avec ordre de ne pas en bouger. Nous ne pouvions plus rien faire, le pouvoir avait basculé. Ceux qui passaient dans les rues pour revenir de leur travail, ou de leurs activités respectives, étaient sauvagement assassinés, avec une haine exacerbée, folie meurtrière qu’ils ont vue dans les yeux de ceux qui les tuaient.

Quel drame ; il fallait se terrer pour ne pas périr ; les exactions, les exécutions sommaires, les enlèvements. Souvent je demande encore dans ma prière, au Seigneur de toute miséricorde, où sont leurs corps ; où se trouvent-ils jetés, sans aucun respect, sans qu’aucun hommage ne leur soit rendu.

Leurs âmes, nous savons, reposent en Dieu, mais eux, aimés, chéris, pleurés, avec cette attente de tous les instants ou 50 ans après, certains restent à espérer, mais sans espoir.

En ce triste anniversaire, je voudrais rappeler ce soir, ce que Mgr Jean-Marc Aveline Aveline, vicaire général de Marseille avait  dit le 12 mai dernier, dans la cathédrale de Marseille où plus de 2.500 personnes avaient pris place pour la messe du souvenir que je présidais, entouré de prêtres d’Algérie et de diacres, pour saluer «le courage et le témoignage de foi des chrétiens originaires d’Algérie ».

Evoquant «ce voyage, au bout duquel ils n’entrevoyaient que la peur de l’inconnu, l’angoisse de la dispersion, l’incertitude de l’avenir», il soulignait que «ce n’est qu’en tissant de nouvelles solidarités, en s’engageant au service des plus pauvres, en ne renonçant jamais ni au goût de vivre, ni à la joie d’aimer qui nous caractérisent, nous, peuple pied-noir, nous pouvions transformer cette blessure en ressource, cet obstacle en élan, cet exode en espérance».

Oui, nos chers défunts d’Oranie et tous ceux d’Afrique du Nord et d’Alger, qui nous font nous réunir plusieurs fois par an sous ces voûtes du Sacré-Cœur dans le souvenir et la prière, étaient bien présents à notre souvenir.

Une cathédrale bondée, une joie et une foi, « comme là-bas », mais aussi le souci de« la transmission de la mémoire ». Et combien il était émouvant de voir dans la procession, la première robe qui avait revêtue Notre-Dame d’Afrique, les statues de St Michel, de Notre-Dame de Santa-Cruz et la bannière de St Augustin. Tous réunis pour célébrer avec gravité, mais dans la joie, le souvenir de nos différentes paroisses d’Algérie, dont le Père Jean-Claude Duhoux évoquait avec émotion, le souvenir de l’Afrique du Nord chrétienne.

Et c’est sur cette mer qui nous a vu revenir, que devant le Monument aux Morts d’Orient, dans un large geste, les fleurs, symboles de notre amour et de notre souvenir pour les défunts restés là-bas, étaient jetées, alors que retentissait un fervent Ave Maria… que le vent apportait sur les rives d’Algérie.

« Vos souvenirs sontdevenus les nôtres », déclarait une jeune fille, au sortir de la cathédrale. Parce qu’aujourd’hui, nous ne formons qu’un, enfants, petits-enfants… parce que, comme nos parents, nous sommes fiers de faire partie de la tribu. »  

Et la semaine dernière, le vendredi 29 juin, Monsieur Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire de Marseille, dévoilait le haut relief en bronze, apposé sur le Mémorial des rapatriés d’Algérie, tandis qu’était prononcée une prière interreligieuse.

C’était un bel hommage aux plus de 150.000 rapatriés, qui désormais avaient choisi de demeurer à Marseille « où, disait-il, malgré votre douleur et votre peine, vous avez su, comme toujours, vous reconstruire et ne cesser d’apporter notre dynamisme dans à la vie économique, sociale et culturelle de notre ville. »

La prière interreligieuse, avait préfacée ce discours. Catholiques, juifs et musulmans, étaient unis dans le souvenir devant une assistance recueillie.

        Voici la prière que j’avais composée : « Alors que nous inaugurons cette stèle du souvenir, face à la mer, nous te prions, toi le Maître et le Seigneur, afin que ceux qui la découvriront, n’oublient jamais ! Tu as façonné le corps, créé l’âme, conduit et sauvé toute l’humanité. Prends en pitié l’âme de celles et ceux qui sont restés dans nos cimetières d’Algérie. Fais que nous devenions des témoins de ton amour, et que notre présence, en France, nous permette de ne pas oublier tous ceux qui sont morts, victimes de la guerre et de la haine, qui ont disparu et que nous pleurons encore… Mais fait de nous tous, des êtres de réconciliation, de pardon et d’amour. Chasse la haine de nos cœurs, pour que nous tissions des ponts qui nous permettront de vivre dans la reconnaissance les uns et des autres, sans que jamais l’oubli ne s’installe … afin que la mémoire demeure. Nous te prions sous le regard aimant de Notre-Dame d’Afrique et de Notre-Dame de la Garde, de Notre-Dame de Santa-Cruz, de Saint Augustin et des saints d’Afrique du Nord.

Je suis sûr que depuis Oran, tous ceux qui reposent dans nos cimetières, ont dû chanter le cantique d’action de grâce et se souvenir des béatitudes proclamées par Jésus sur la montagne, face au lac de Tibériade.

C’est le Christ Jésus, qui nous permet de ne pas sombrer dans le désespoir ou la haine. C’est lui qui nous maintient dans la charité et l’amour, c’est lui qui nous montre, que nous devons êtres des témoins de sa mansuétude.

Rappelez-vous ! Le 5 juillet 1996, dans la basilique de St Victor, je disais ceci : « Nous avons besoin de paix, de cette paix qui vient du Christ ressuscité. Sinon nous ne pouvons pas pardonner… Amour et pardon, sont indissociables du vocabulaire chrétien. »

Et l’année suivante, ces phrases du Père Balzamo : « Au fond de vos yeux, dans votre cœur, sur vos mains, vous portez encore les traces de ce merveilleux pays que fut notre Algérie bien-aimée… Aussi relevez la tête et prenez courage, soyez fiers de votre passé, de votre identité et de votre personnalité. Vous avez droit au respect, à la dignité et à l’honneur ».

Oui, Chers Frères et Sœurs, le souvenir des disparus d’Oran ne s’effacera pas de nos mémoires.

Ce 5 juillet, est un jour de deuil pour bon nombre de familles. Des vies fauchées en un instant, des existences broyées…. Et la mort ! Pourquoi Seigneur ?

Leurs supplications, leurs regards étonnés et leurs cris de souffrances, retentissent toujours à nos oreilles, reviennent à notre mémoire, nous provoquant à la prière et à plus d’amour.

Avec eux ce soir, nous nous souvenons. Dans quelques années les archives s’ouvriront, encore plus qu’elles ne le sont actuellement. Nous ne serons peut-être plus là pour découvrir ce qu’ils ont subi, mais l’histoire n’oubliera pas et l’Eglise non plus. Nous demeurons dans la confiance et sous le regard aimant du Père.

Nous sommes chrétiens, nous sommes du Christ, nous restons fidèle à l’Eglise et au Pape ; nous ne prenons pas des voies de traverses, pour crier et injurier la Sainte Eglise, comme certains le font, dans la désobéissance dans laquelle ils se maintiennent et qu’ils croient être la voie droite, jetant l’opprobre sur l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique.

Non, nous restons dans l’obéissance, quoique certains en disent. Oui, nous sommes l’Eglise et nous sommes fiers de l’être. Nous devons donc vivre en filles et en fils de lumière.

Seigneur donne-nous la force d’être toujours fidèles à la foi de notre baptême.

Que Notre-Dame de Santa-Cruz intercède pour nous tous auprès de Jésus son Fils et que les anges conduisent vers la Ste Trinité, toutes ces âmes disparues et à qui nous rendons hommage ce soir, dans la célébration eucharistique, saint sacrifice de la messe qui nous obtient la rédemption et le pardon de nos péchés.

Requiem aeternam dona eis Domine, et lux perpetua luceat eis..

Qu’ils reposent dans la paix. Amen. J-P Ellul.DSC02893

 

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