Saint-Victor en deuil

Publié le par Mgr Ellul

Obsèques Suzy FOUCHET

 

16 décembre 2006.

 

Abbaye Saint Victor de Marseille

 Textes de la Parole de Dieu : 1Jn3, 14-16-20,Evangile Jn 17,1-3 ; 24-26.

 

L’abbatiale Saint Victor, au passé prestigieux, est l’écrin où tant de saints, de consacrés, d’hommes et de femmes ont vécu, se donnant totalement, jusqu’à l’ultime de leur vie, pour que le Christ ressuscité, vainqueur des ténèbres et de la mort, soit aimé, connu et loué. Regardez-les venant accueillir celle qui prit leur suite, et qui repart vers son Seigneur, ayant accompli, je crois qu’on peut le dire, son ministère de témoignage et d’amour. Et nous sommes là pour proclamer et célébrer la résurrection du Christ, victoire de la vie Eternelle sur la mort.

Suzy Fouchet fut l’une ces femmes, qui depuis les temps primitifs, n’ont cessé d’être des maillons solides, de cette chaîne ininterrompue, qui fait que ces lieux ont une « aura ». On ne reconnaît ceux qui la portent, qu’avec les yeux du cœur. Elle ne se laisse découvrir qu’aux humbles. C’est ce disque lumineux, auréolé d’or, cette douce lumière qui vient de l’Eternel et qui nimbe leurs têtes. C’est cette fulgurance, qui nous propose de passer à travers, pour voir, curieux, pourquoi certains ont ce don, qui leur permet de tisser des liens.

              Ces liens, ils ont été tressés ici, et chez vous, dans la rue Sainte, cette rue au nom antique et prédestiné. Fils croisés, liens d’amour, forts, puissants, de cet amour que l’on perçoit chez ceux qui savent combien la vie est difficile, et qui très tôt on dû prendre des responsabilités et les assumer. Amour qui aime, amour qui quelque fois risque d’étouffer… Mais peut-on être étouffé par l’amour ? Non, bien au contraire, car il nous grandit…. Et même si, sans bien comprendre, on reste là, à se demander quel bénéfice en tirer, c’est plus tard, un peu plus tard, que l’enfant, l’adolescent, comprend, quand il est lui-même, en charge d’amour, combien cela lui aura été indispensable dans sa vie de jeune et d’adulte.

              Cet « aura », cet amour, ne viennent-ils pas de ce lieu qui garde dans les cryptes les corps des premiers martyrs, de ces pierres qui suintent de la prière de tant de  moines, relayés très tôt, par cette foule de Marseillais qui envahit la nef et les cryptes, venant célébrer le Christ Lumière et Marie, la Théotokos ?… Mais n’est-ce aussi ceux qui, les soirs de concerts sont là, comme suspendus par tant de beauté, remerciant le créateur de toutes choses ? La question posée, est bien vite résolue, en regardant prier ce peuple qui dans l’Eucharistie, se présente dans un sillage de lumière. Puis en baissant le regard, depuis la voûte, vers l’autel,  on comprend que c’est là, que se scelle dans un regard d‘amour, cet élan œcuménique qui rejoint la parole du Christ : « Que tous soient un » renvoyant comme en échos aux paroles de Jean dans sa première lettre : « Nous devons nous aimer, non pas avec des paroles, mais par des actes et en vérité. En agissant ainsi, nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité… »(1Jn)

 

Ces paroles de l’Ecriture, éclairent toute la vie de Suzy Fouchet. Elle croyait profondément au Christ ressuscité. Et de rappeler aussi, cet amour pour sa famille, ses enfants, et très vite ses petits-enfants, dont elle était très fière, et cet amour immense, fort et profond, qu’elle avait pour vous, Marie-Georges et Bob, Simone, sa sœur, et vous tous qui l’aimaient, dans un souci de tous les instants, surtout après votre retour d’Algérie.

 

Je la revois me raconter les souvenirs de votre enfance, puis évoquer la naissance de Karine et de Nicolas, et je l’entends rire aux éclats, en regardant Nicolas encore tout petit, me dire, un soir de Chandeleur, alors qu’il faisait froid et que je les conviais à repartir : « Ce n’est pas toi qui commande ici, c’est Mamie ! ».

 

            Il avait perçu et certainement entendu raconter, que dès son arrivée dans le quartier de St Victor, avec le Chanoine Issautyer, elle commençait, avec Monsieur Fouchet, votre père, à s’investir dans la paroisse, dans un travail apostolique que le Concile Vatican II proposera aux laïcs de réaliser. Oui, c’était une femme de caractère, mais humble et toujours là, présente et efficace.

 

Elle qui avait eu très jeune, de nombreuses responsabilités, elle pourra continuer de les exercer, lorsqu’il faudra honorer la commande de l’autel majeur, sur lequel désormais nous célébrons l’Eucharistie du Seigneur. Cette belle table de pierre bleue des Ardennes, enchâssée de bronze, appelant à l’Unité des chrétiens, ce chef d’œuvre intemporel, que voulait le Chanoine Charles Seinturier, pour la basilique restaurée, fut à l’origine de toute une série de manifestations dont elle sera l’initiatrice. Souvenez-vous de l’Année St Victor, pour laquelle elle fut l’inlassable soutien, tissant dans Marseille des amitiés qui lui permettront, lorsqu’elle fondera le Festival des Amis de St Victor, il y a 40 ans, d’être soutenue et ce durant des années. Tous ses amis, les journalistes, la presse, lui ont rendu hommage et la semaine dernière alors que se clôturait le Festival de St Victor et jeudi soir, au Sacré-Cœur, alors que les Contres-Ténors nous faisaient penser à des voix d’anges venus du ciel, il lui était rendu un beau témoignage. On réalise à quel point elle mit en pratique cette parole de l’Apocalypse : « Heureux les morts qui s’endorment dans le Seigneur ! Oui, dit l’Esprit de Dieu qu’ils se reposent de leurs peine, car leurs actes les suivent ».

 

Ce fut dès lors toute une déclinaison d’activités : je n’ose citer de peur d’en oublier, mais pourtant : Festival de Musique, soutien aux activités archéologiques, reconstruction de l’orgue, accueil des artistes nationaux et internationaux, venant jouer en ces lieux et que rappellent deux ouvrages : « Les Dames de St Victor », et avec Geneviève Deltort, « Le Festival de St Victor de A à Z ». Elles sauront maintenir, toutes les deux, à un très haut niveau, la musique et les arts, relayées désormais, depuis qu’elles sont dans le Royaume, par celles qui continuent d’animer ce Festival qui vient de célébrer les 40 ans de sa fondation.

 

Personnellement, dès mon arrivée à St Victor en 1981, elle a su, m’écouter, me conseiller, me permettre de prendre ma place dans cette ville aux mille couleurs, où en ces années-là, le Cardinal Etchegaray, m’avait demandé de faire de cette paroisse, la vitrine de l’Eglise de Marseille. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec les responsables de la Ville de Marseille, le diocèse, la Région, le Département, dans un souci constant d’œcuménisme, ouvrant largement l’abbatiale à la culture, à la musique, en faisant un lieu de rayonnement spirituel et marial.

 

Ils étaient là, près de moi, Suzy, Ginou, le Chanoine Seinturier, le Père Paul Amargier et Eugène de Goy. Avec eux, puis avec nombre d’entre-vous, amis très chers, j’ai compris qu’il ne fallait jamais oublier que nos devanciers, des saints, dans les époques primitives, avaient donné leurs vies par un beau témoignage rendu au Christ, et que nous, à notre tour, nous devions humblement montrer l’exemple d’une Eglise ouverte et accueillante, dans un travail soutenu, certes, mais combien exaltant.

 

Et lorsque l’on vous appelait, qu’on vous dérangeait vous disiez Chère Suzy,:« Le bénévolat de tous les instants », « n’est-ce pas ce qui conduit au Christ ? ». Alors vous veniez, rapidement de votre appartement de la rue Sainte, pour régler quelques points de détails ou une question comptable.

 

Oui, j’ai eu la chance de travailler avec cette équipe de bénévoles, avec les membres de votre famille,  avec les paroissiens d’alors, les prêtres associés à mon ministère et cet après-midi, je voulais en remercier Suzy Fouchet.

 

Mes paroles doivent évoquer pour vous tous, tant de souvenirs que le temps ne nous permet pas d’évoquer. Je la vois, émue et fière recevant les insignes des Arts et Lettres, dans la salle du presbytère, puis la grande Médaille de la Ville de Marseille à l’occasion du 25ème festival de Musique des Amis de St Victor, celle de la Région et le prix Jean-Gabriel MARIE de l’Académie de Marseille ; le Phocéen d’Or, pour l’œuvre culturelle accomplie durant toutes ces années, décerné par la Jeune Chambre Economique. Enfin elle m’assistait, dans la fondation de la Commission Diocésaine « Foi et Culture », puis le 14 novembre 1996, elle fut nommée Chevalier de l’Ordre National du Mérite.

 

Une reconnaissance de ce qu’elle a été et de ce qu’elle a fait. Dans les heures de tristesse, comme chacun d’entre-nous en a, et elle en a eu sa part, elle aimait se souvenir de ces phrases de Bruno Frappat, extraites de l’Humeur des Jours : « Le temps efface ou rectifie.. Le travail des historiens nous le restitue et nous le révèle. Il faut parfois longtemps pour dédorer les mythes ou revaloriser la réputation de certains personnages... Parfois le temps s'amuse à aller plus vite dans la rectification... Les grands hommes devraient pourtant se souvenir de se méfier : sous leur piédestal, un incessant travail de sape est à l’œuvre.

 

Tant qu'ils sont là, ils peuvent faire illusion, entraîner l'adhésion, focaliser l'intérêt. Une fois partis, il ne reste plus que quelques amis....et pas pour longtemps… " (12 et  13 octobre 1997 dans le Journal La Croix). Fin de citation. Oui, comme le Christ, elle a su aimer et pardonner… Quittant la rue Sainte, ses dernières années se passèrent tout près de la basilique du Prado, dédiée à Celui qui nous montre son Cœur, pour nous dire son Amour, sa Tendresse et sa Miséricorde.

 

Là elle a vécu entourée de votre affection, puis la semaine dernière, à la Clinique Bouchard, je lui donnais le Corps du Christ qu’elle avait tant prié et les derniers sacrements. C’était un samedi comme aujourd’hui et en revenant de la Nautique, où le Cercle Algérianiste présentait des ouvrages sur l’Algérie, en feuilletant un livre sur sa ville natale, je regardais les eaux du Vieux-Port, et le soleil qui jouait à travers les mâts des bateaux. Je pensais à son retour de Philippeville et à son insertion, ici, évoquant et priant St Augustin, pour que le Seigneur lui donne force et courage, pour ce passage vers la Vie qui ne finit pas. La Vie Eternelle ? : « La Vie éternelle, c’est de te connaître, Toi le Seul vrai Dieu et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus-Christ… » (Ev. Jn 17). C’est ce qu’elle a essayé de réaliser dans sa vie, et y est parvenue.

            Chère Suzy, en notre nom à tous, merci de nous avoir insufflé cette force d’âme, puisée au contact de Marie, Notre-Dame de Confession, des martyrs et des saints.

 

            Et si dans le Royaume, un orchestre, entouré d’anges, joue la symphonie éternelle de l’amour infini, nul doute que vous soyez assise au premier rang, souriant devant le Christ lumière, qui désormais vous associe à sa gloire de Ressuscité, et où vous retrouvez votre époux, votre frère et ceux que vous avez connus et aimés. Reposez dans la paix du Seigneur. Amen.                           

Mgr Jean-Pierre Ellul.

 

 

 

 

 

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