Fête de Toussaint

Publié le par Mgr Ellul

Homélie pour la fête de Toussaint

 Toussaint                                                                       
Ne trouvez-vous pas qu’il est difficile de proclamer les Béatitudes ? Oui, difficile, car Jésus, nous invite une fois encore, à changer de vie, pour devenir des saints.
      Comme les disciples et la foule rassemblée auprès de lui, il nous « instruit » en cette fête de Toussaint et nous parle du Royaume. C’est vrai que lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. Et nous qui fondons sur lui notre espérance, nous devons nous rendre pur, comme Il l’est lui-même. Il vient comme témoin du Père, Il est le Logos, la Parole incarnée et c’est avec des phrases toutes simples, du haut de la montagne, lieu de prédilection où Dieu parle à son peuple, qu’il renverse l’ordre de choses, promettant aux humbles de cœur, aux plus petits d’entre les frères, l’entrée dans « le sillage divin », dans cette communication intime avec Dieu, que nous recherchons tous dans nos vies.
      Alors, si nous relisons les Béatitudes, que pouvons-nous y trouver encore, qui puisse à nouveau changer nos vies et nous conduire sur la voie de la sainteté ?
      -o- Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? Dans le secret de notre cœur, dans notre prière, c’est la question qui revient sans cesse. Et l’on se dit : pourquoi poser cette question, puisque j’en ai la réponse dans l’Evangile ? Parce que nous ne savons pas être simples et comme le scribe nous osons « une autre » question : Jésus, j’ai essayé d’observer tous les commandements, que dois-je faire ? Au risque de me voir reprocher mon attitude, pourquoi suis-je si lent à être miséricordieux et à avoir le cœur pur ?
      C’est pourtant facile, et le contact direct avec Jésus dans l’Adoration Eucharistique où encore de prendre la décision d’aller vers lui, dans une attitude de conversion, de demander le sacrement de réconciliation, de confesser mes péchés et d’être pardonné, est à la portée de tout un chacun. Mais non, souvent j’attends pour me convertir, accumulant fautes sur fautes, péchés sur péchés, au lieu d’aller vers lui, comme l’enfant prodigue.
      -o- Car en plus, bien trop souvent, j’ai dans le cœur, ce vers qui me ronge : la jalousie, l’envie, l’orgueil. Au lieu d’être doux et humble de cœur, nous regardons l’autre avec haine et mépris. Mais surtout nous l’enfermons définitivement dans ce que nous pensons qu’il est, et jamais nous ne réviserons notre jugement…
      -o- Alors que Jésus nous dit : Mon enfant, tout ce qui est à moi est à toi, pourquoi cette attitude de refus d’amour et de pardon, parce que ton frère a changé, qu’il s’est converti et qu’il est revenu ? Mais parce que nous ne sommes pas encore tout à fait des artisans de paix.
      -o- Dois-je passer mon existence à pardonner ? Combien de fois dois-je pardonner, jusqu’à sept fois ? C’est alors que cette phrase de Jésus me revient en mémoire : « Celui qui veut venir à ma suite, qu’il renonce à ses biens et qu’il me suive » et encore : Soyez des êtres de miséricorde et de paix ; ne fais pas à l’autre, le mal que tu ne voudrais pas que l’on te fasse.
      Voyez pourquoi il est toujours difficile de méditer sur le texte des Béatitudes ! Chaque parole est comme du vitriol, et chaque goutte qui tombe sur nos consciences, vient en percer la dureté, ouvrir enfin une brèche, pour que l’amour puisse passer. Nous n’aimons pas assez, nous n’aimons pas comme le Christ nous aime.
      Pourtant, nous sommes bouleversés à l’intime de nous-même quand il nous parle. Mais Jésus, « le Seigneur Jésus », « le Christ Jésus », comme nous le nommons, le rencontrons-nous vraiment ? Soyons honnêtes : l’écoutons-nous encore ? N’est-il pas devenu depuis tant années, qu’une « conception philosophique », voire même ce qu’on appelle « un faux-dieu », « un totem », « un habitus », rien en somme de ce qu’il est vraiment… Et là nous sommes devant notre conscience ? Qui est-il pour nous ? Vraiment !
      Voyez, chaque fois que nous proclamons les Béatitudes, elles nous provoquent, nous dérangent, viennent bouleverser nos vies. Pourtant certains, et nous avec, osons poser la vraie question : « Quelle récompense aurais-je dans les Cieux ? »
      Même pour ses disciples, il en fut ainsi. Leur conversion se fit lentement, et encore, le soir de la Passion, ils se sauvèrent en l’abandonnant. Ils savaient qu’il était l’Agneau de Dieu, dont Jean-Baptise leur avait parlé, et alors qu’ils marchent vers la ville où est le Temple, lieu où habite l’Eternel, pensant qu’ils vont avoir la place qui leur revient dans le Royaume, ils entendent Jésus leur dire : « Il faut que le Fils de l’homme endure beaucoup de souffrances pour entrer dans la gloire, qu’il meure et qu’il ressuscite... mais une fois élevé, je vous attirerai tous à moi. »
      Alors, Frères et Sœurs, ferons-nous partie des 144 mille ?
Vraisemblablement ! Car nous sommes marqués depuis notre baptême par l’eau de régénérescence et oint de l’huile sainte ; la Parole et le Corps de celui qui nous a appelé des ténèbres à son admirable lumière, nous sont donnés tous les jours. Et c’est cette lumière que nous voulons, que nous recherchons pour nous conduire comme de vrais disciples du Christ, cette lumière que nous attendons.
      L’Eglise continue de nous la communiquer, elle accompagne notre chemin de vie, elle nous conduit, et si nous essayons de mettre en pratique les Béatitudes, tenant nos palmes à la main, acclamant l’Agneau, Celui qui vient au nom du Père, pour faire toutes choses nouvelles, nous réaliserions l’essentiel de notre vie : devenir des saints.
      Car il est l’Alpha et l’Oméga, le Commencement et la Fin. Oui, prenons enfin la décision de mettre en pratique tout ce que Jésus nous propose dans l’Evangile de cette fête de Toussaint, pour rejoindre cette foule immense de témoins, le peuple de ceux qui cherchent le Seigneur. C’est dur me direz-vous ! Mais n’avons-nous pas la grâce de Dieu, l’exemple des Saints, qui nous ouvrent la route ? 
      Ils sont tous là, invisibles mais présents, associés à tous nos chers défunts, qui depuis le Royaume de lumière et de paix semblent nous dire : « Venez, marchez sur la route de votre vie, dans l’espérance et la joie ; malgré les larmes, n’ayez pas peur. »
      Notre Dieu est un Dieu d’amour et de bonté. Malgré les difficultés, les insultes, le mal que l’on dit faussement de nous à cause de notre Dieu, réjouissez-vous, car il est là le Vivant. Lavez vos vêtements dans le sang de l’Agneau, purifiez-vous de toutes vos fautes… Soyez dans la joie. Le Royaume des cieux est tout près de vous.
      Amen.

                                                         Mgr. Jean-Pierre ELLUL
 

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Poydenot 08/11/2006 21:40

merci beaucoup...pax