12ème dimanche - 20 juin 2009 - Homélie

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Frères et Sœurs,

Le triduum préparatoire à la fête du Sacré-Cœur, nous a permis de conclure cette année consacrée à St Paul. Le Père Christophe de Dreuille que nous avions invité pour ces trois jours, nous a proposé d’approfondir comment le Christ fit irruption dans la vie de Saul, et sur la route de Damas nous fûmes témoins du dialogue qui permettra à Paul de changer radicalement de Vie. Il nous a fait redécouvrir le questionnement intérieurement d’Ananie, mais également celui de la communauté de l’Eglise primitive, se demandant s’il était bon d’accueillir en son sein celui qui la persécutait ?


Autre questionnement, celui de Saül lui-même, écoutant bouche bée le discours d’Etienne, avant qu’on le lapide.
Pouvait-il parler ainsi du peuple élu, lui rappelant sa nuque raide, ses oreilles et son cœur bouché, ses résistances à l’Esprit de Dieu ? Comment ne pas frémir de rage et grincer des dents à l’évocation du ciel ouvert, d’où il voyait Jésus debout à la droite de Dieu ? Paul ne vit même pas que les témoins de cette scène, se précipitant pour lapider Etienne, avaient mis leurs vêtements à ses pieds, car ils savaient qu’il approuvait ce meurtre ! 


« Qui es-tu, toi qui me parle et que je ne vois pas ? Qui es-tu, pour me faire tomber de cheval et arrêter ma course vers Damas? Qui es-tu, pour me fermer les yeux aux choses et aux êtres ?


Ananie lui-même, posera la question à Jésus et s’entendra dire que Paul a été choisi, pour porter son nom devant les nations païennes.


Questionnement intérieur: celui de Job, dont la liturgie nous propose la lecture en ce dimanche. Au chapitre 38, Dieu lui dit : « Qui enferma la mer à deux battants ? As-tu une fois commandé au matin ? Où étais-tu, quand je fondais la terre ? Qui posa la pierre angulaire ? Parle, pour voir si ton savoir est éclairé ! »… Job restera encore longtemps sous ce feu roulant de questions, rejoignant d’ailleurs les questions que les disciples se posent, devant l’attitude de Jésus qui dort dans la barque et qui est réveillé par les cris de ses compagnons. Là, plus de question : il arrête le vent et la tempête, par ces simples mots « Silence, tais-toi ! »


Pourquoi avoir peur, pourquoi trembler, comment le voir dormir tranquillement, alors que la barque risque de sombrer ? A toutes ces questions posées, la vraie question, est celle du « qui est-il ? », et elle trouve sa réponse dans l’attitude du Christ pour nous, donnant sa vie, ressuscitant dans la gloire, offrant son cœur miséricordieux, ce Cœur Sacré, ce Sacré-Cœur qui a tant aimé les hommes.


La réponse nous est donnée, en une autre question qu’il pose : « Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ?


Frères et Sœurs, je ne résiste pas au désir de vous faire partager ce que le Cardinal Ratzinger disait, lors de la messe du lundi 18 avril 2005, pour le début du conclave qui devait l’élire pape. Ecoutons : «Combien de vents de la doctrine avons-nous connus au cours des dernières décennies, combien de courants idéologiques, combien de modes de la pensée. La petite barque de la pensée à souvent été ballotté par ces vagues – jetée d’un extrême à l’autre : du marxisme au libéralisme, jusqu’au libertinisme ; du collectivisme à l’individualisme radical ; de l’athéisme à un vague mysticisme religieux ; de l’agnosticisme au syncrétisme et ainsi de suite.

Posséder une foi claire, selon le Credo de l’Eglise est souvent définie comme du fondamentalisme. Tandis que le relativisme, apparaît comme l’unique attitude à la hauteur de l’époque actuelle. L’on est en train de mettre sur pied, une dictature du relativisme, qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime, uniquement son propre ego et ses désirs ! »


Et le 25 mars 2005, pour son commentaire du Chemin de la Croix au Colisée, il écrivait pour conclure la prière de la 9ème station, où Jésus tombe pour la 3ème fois : « Souvent, Seigneur, ton Eglise nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toute part. Et dans ton champ, nous voyons plus l’ivraie que le bon grain. Les vêtements et le visage si sales de ton Eglise, nous effraient. Mais c’est nous-mêmes qui les salissons ! C’est nous-mêmes qui te trahissons chaque fois, après toutes nos belles paroles et nos beaux gestes. Prends pitié de ton Eglise : en elle aussi, Adam chute toujours de nouveau. Par notre chute, nous te traînons à terre et Satan s’en réjouit, parce qu’il espère que tu ne pourras plus te relever de cette chute ; il espère que toi, ayant été entraîné dans la chute de ton Eglise, tu resteras à terre, vaincu. Mais toi tu te relèveras. Tu t’es relevé, tu es ressuscité et tu peux  aussi nous relever. Sauve ton Eglise et sanctifie-là. Sauve-nous tous et sanctifie-nous. »


« Que peut-nous dire la 3ème chute de Jésus, sous le poids de la croix ? Peut-être nous fait-elle penser plus généralement à la chute de l’homme, au fait que beaucoup s’éloignent du Christ dans une dérive vers un sécularisme sans Dieu. Mais ne devons-nous pas penser également à ce que le Christ doit souffrir dans son Eglise elle-même ?  Combien de fois, abusons-nous du Saint Sacrement de sa présence, dans quel cœur vide et mauvais, entre-t-il souvent ?


Combien de fois, ne célébrons-nous… que nous-mêmes et ne prenons-nous même pas conscience de sa présence ! Combien de fois sa Parole est-elle déformée et galvaudée ! Quel manque de foi dans de très nombreuses théories, combien de paroles creuses ! Que de souillures dans l’Eglise et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! Que de manque d’attention au sacrement de la réconciliation, où le Christ nous attend, pour nos relever de nos chutes… Il ne nous reste plus qu’à lui adresser ce cri, du fond du plus profond de notre âme : « kyrie eleison » : Seigneur sauve-nous. »


Quelle plus belle conclusion à cette semaine de prière, que ces phrases qui résonnent, toujours actuelles et qui nous permettre de nous sentir en union avec le Cœur Sacré de Jésus, qui aime tous les hommes et ne veut en perdre aucun, rejoignant l’homélie de notre archevêque à la messe du Vœu des Echevins, sur la dignité de la personne humaine : J’en cite quelques phrases « Oui …c’est bien sur des questions de cet ordre qu’aujourd’hui notre société s’est mise en débat. Il nous appartient d’y prendre part et pour nous autres, chrétiens, d’affirmer la dignité de la personne humaine dès son premier instant et jusqu’au terme de sa vie. Au-delà des lumières que la raison humaine nous donne pour fonder nos positions, nous avons aussi celles de la foi. La vie humaine revêt un caractère sacré du fait qu’elle vient de Dieu et va vers Dieu. L’être humain n’est pas seulement le fruit de processus chimiques descriptibles. Il est chair et esprit. Et son esprit le rend semblable à Dieu et apte à entrer en communion avec Lui. Le Fils bien-aimé lui-même s’est incarné et a révélé de manière lumineuse ce caractère sacré de la vie humaine, en sa chair et en son esprit, du début jusqu’à la fin de son existence. »


Frères et Sœurs, merci, d’avoir participé nombreux, à ce triduum de prière et aux célébrations de ce vendredi en la fête du Sacré-Cœur. Oui grand merci, à celles et ceux qui nous ont apporté leur aide, par les chants, les fleurs, l’animation du chapelet, des vêpres, des célébrations eucharistiques et la belle prédication du cher Père Xavier Manzano, en cette journée de prière pour les prêtres, les diacres et les tous les consacrés, ouvrant ainsi l’année Sacerdotale, proposée par le pape Benoît XVI, pour le 150ème anniversaire du retour vers Dieu, du saint Curé d’Ars.


En cette fête du Sacré-Cœur, la journée d’adoration, fut bien suivie. Près du Saint-Sacrement exposé dans l’ostensoir, très lourd, rappelant le sacrifice de tant de vies humaines, victimes des deux guerres mondiales, le Seigneur fut visité et prié et devant l’autel se trouvait le cœur de la vénérable Anne-Madeleine Rémuzat, presque invisible mais bien présente à nos célébrations, et qui nous invite sans cesse à nous tourner vers Dieu, à prier la Ste Trinité et à nous tenir tout près du Christ.


Que le Seigneur continue de multiplier en vous, ses dons et son amour.
  Mgr. Jean-Pierre Ellul

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