Envoyés deux par deux par le Christ

Publié le par Mgr Ellul

Homélie pour le 15ème dimanche du temps ordinaire - Sacré-Cœur – 15 et 16 juillet 2006.

            « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie », dira Jésus aux apôtres le soir de la résurrection. Ces hommes simples, choisis parmi le peuple qui vit autour du lac de Tibériade, Jésus vient de les envoyer pour la première fois annoncer la parole. Ils n’ont pas encore d’expérience, et surtout pas celle du mystère pascal. Ils n’ont pas vécu le souffle de Pentecôte… Mais il faut bien une première fois et il s’en vont deux par deux, confiants en la parole du Maître.

 

 

 

N’emportez rien ! Laissez-vous conduire par Dieu ; faites comme le Peuple de Dieu partant d’Egypte, comme vos ancêtres emmenés en exil à Babylone après la prise de Jérusalem ; faites comme moi, qui ait tout quitté pour annoncer la Parole. L’évangéliste précise que Jésus n’avait même pas une pierre où reposer la tête. Il leur donne des consignes précises, propres a assurer le succès de leur ministère. Ils partirent et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Par leurs mains s’opéraient les guérisons qu’ils avaient vu faire par Jésus.

 

Tout quitter ! C’est la démarche que font des hommes et des femmes, jeunes et moins jeunes, lorsque le Seigneur appelle. Plus rien n’a d’attrait pour nous, sinon de nous consacrer à lui, de rester en communion avec lui, de lire et de méditer sa Parole d’Amour, d’essayer de vivre comme il nous le propose dans l’Evangile. C’est ce qu’ont promis de réaliser dans leurs vies de nombreux diacres et prêtres, nouvellement ordonnés ; c’est qu’essaient de réaliser ces consacrés, religieux, religieuses, laïcs qui s’engagent dans la vie apostolique, le cœur et l’esprit remplis d’amour. Oui, radicalité de l’appel et surtout de la réponse donnée au Seigneur.

 

Comment vivre cela dans l’Eglise et dans le monde actuel ? Car on a toujours l’impression, fausse d’ailleurs, qu’avant tout était plus simple, plus facile. Les appels, les joies et les difficultés sont de tous les temps. C’est pour cela que Jésus leur donne en tout premier lieu une consigne : celle du désintéressement ; aucun esprit de lucre, pas d’inquiétude en ce qui concerne leur subsistance. L’homme volontairement démuni par amour, ne manque de rien : Dieu soutient et féconde ses efforts. Il précise également que l’apostolat qu’il leur confie, exige un véritable envoi. Il tient son authenticité de cette source : l’envoie en mission par le Christ. Nul ne peut s’arroger cette charge lui-même. Conséquence importante, surtout à notre époque où l’on voit surgir de partout des gens qui prétendent parler au nom de l’Evangile. C’est le Christ qui nous envoie, pas nous.

 

Vous remarquerez d’ailleurs, que ceux qui en tirent profit, deviennent immédiatement des « petits chefs », exigent des autres, sans pour autant mettre en pratique ce qu’ils préconisent. Orgueil, recherche d’un sur-moi, qui cachent une volonté de domination. Rien de telle pour celui qui est envoyé ! Regardez le prophète Amos : un simple paysan à qui Dieu enjoint de reprocher au Roi d’Israël et aux prêtres du sanctuaire de Béthel, leur religion figée. Comment aller leur parler, si ce n’est pas au nom du Dieu Vivant, au nom de l’Eternel ? Personne ne ferait une telle démarche !

 

 Paul écrit dans sa lettre aux Ephésiens, que Dieu avait décidé que les hommes, de toute éternité, seraient appelés à devenir ses fils. Quel beau texte qu’il conviendrait de méditer en ce temps de vacance ! Nous l’avons lui, prié, médité, avec les deux groupes bibliques de notre paroisse au 2ème  trimestre de cette année. C’est certainement une lettre circulaire qui était destinée à plusieurs Eglises et c’est vrai qu’elle représente l’un des plus hauts sommets de la pensée paulinienne. Paul y décrit le plan de Dieu : « Dès avant la création du monde, il avait décidé de combler les hommes des richesses de sa grâce, dans et par le Christ Jésus, son Fils bien-aimé ». Il nous fait découvrir ce mystère d’amour ! Mais en contre partie, quelle responsabilité pour nous. Ainsi, nous avons à nous montrer dignes de notre vocation de chrétiens et à coopérer de notre mieux à la réalisation des volontés de Dieu, à être en Eglise, ces envoyés, pour que s’étende le Royaume. Quelle belle vocation que celle de se mettre au service du Seigneur et de son Eglise.

 

Le Pape Benoît XVI rappelait à des jeunes prêtres au cours de la messe de leur ordination, que dans l’Eglise on était appelé. Et même si celui qui était appelé ne se trouvait pas à la hauteur, il avait été choisi et il devait répondre à l’appel que le Seigneur lui lançait. « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière, dit Jésus, n’est pas digne de moi ». Dans l’Eglise du Christ, on accepte de marcher à sa suite, dans la joie et la confiance ; on ne se présente pas avec un plan de carrière, on reçoit une mission, une charge, c’est-à-dire, un ministère de service. En ce dimanche où les apôtres sont envoyés deux par deux annoncer le Royaume, pensons et prions pour celles et ceux qui entendront l’appel du Seigneur. Prions également pour tous les fidèles chrétiens, qui en septembre, reprendront leurs activités apostoliques confiées par les diocèses ou les paroisses. L’Eglise ne leur dira jamais assez merci, pour ce qu’ils accomplissent. Qu’ils se souviennent que c’est le Christ qui appelle et qu’ils prient l’Esprit Saint pour toujours mieux répondre à cet appel, don de Dieu, qui se vit et s’accomplit dans l’humilité, le respect des autres, la prière et l’action de grâce. Oui, n’emportons rien ; rien qui pourrait entraver notre marche vers Toi Seigneur et nous empêcher d’être tes témoins. Et sur la route de nos vies, marchant, avec nos frères et sœurs nous écouterons Marie, ta Mère, Notre-Dame du Mont Carmel que nous fêtons en ce dimanche, nous dire : « Faites tout ce qu’il vous dira ». Et nous le ferons,  dans la joie. Amen.

Mgr J-P Ellul

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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