Homélie pour le 6ème Dimanche de Pâques...

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Frères et Sœurs,
 
   Cet évangile, connu, médité et combien de fois commenté, prend tout son sens, en cette fin de semaine, alors que le Pape Benoît XVI rentre de Jordanie et de Terre Sainte.

    Au commencement de son 12e voyage international, en en arrivant à Aman, il a immédiatement souligné l'importance de la « liberté religieuse », « un droit humain fondamental », en précisant que « l'ouverture » de la Jordanie dans ce domaine est « appréciée. »
 

    Outre la visite au Mont Nébo, d'où Moïse, a pu voir la Terre Promise, le pape a rappelé le lien indissoluble qui unit l’Eglise au peuple Juif, il a célébré la messe au milieu d’un peuple chrétien enthousiaste, béni les premières pierres des églises qui seront construites sur le site traditionnel du baptême de Jésus.

    « Veuillez, s'il vous plaît, prier pour moi chaque jour de mon pèlerinage » a demandé le pape aux jeunes et aux handicapés du « Centre Regina Pacis » d’Amman. Ce pays est jeune, avec, sur 5,7 millions d'habitants, 53%, de moins de 19 ans. Mais 10 % d'entre eux, sont porteurs de handicaps. Et le risque d'exclusion sociale est réel.

    Alors Mgr Sayegh a eu l'intuition, en voyant que les familles avaient parfois honte de leurs enfants handicapés et les cachaient, de fonder ce centre : « A travers nos propres épreuves, a expliqué le pape, et en étant aux côtés des autres dans leurs luttes, nous entrevoyons l'essence de notre humanité, nous devenons, pour ainsi dire, plus humains… A un autre niveau, nous découvrons que même des cœurs endurcis par le cynisme, l'injustice ou le peu de volonté de pardonner, peuvent toujours être rejoints par Dieu, et qu'ils peuvent toujours être ouverts à une nouvelle manière d'être, à une vision de paix », a-t-il ajouté.

    L'autre objectif que le pape voulait atteindre en Jordanie était d'exprimer son soutien à la petite communauté chrétienne. L'Eglise catholique dans ce pays, est « une Eglise vivante. » A l'université de Madaba, où il a posé la première pierre, ce fut un geste très significatif, non seulement pour la Jordanie, mais pour tout le Moyen Orient, car le développement que l'Eglise donne à la culture dans le pays, est extrêmement significatif, et bien que le dimanche soit un jour de travail, les chrétiens ont eu la possibilité, d'aller à la messe du pape, par une décision prise par le gouvernement, pour promouvoir la coexistence entre chrétiens »

    Le lundi 11 mai, dès son arrivée à Tel Aviv, le pape a condamné fermement l'antisémitisme. «Malheureusement, l'antisémitisme continue de relever sa tête répugnante, en beaucoup d'endroits de notre monde. Ceci est totalement inacceptable. Tous les efforts doivent être faits, pour combattre l'antisémitisme, où qu'il se manifeste, et pour promouvoir le respect et l'estime, pour les personnes de toute race, peuple, langue et nation, dans le monde entier. » 

     Pour la liberté d'accès aux lieux saints, le pape a cité le prophète Isaïe en disant : « Avec les hommes de bonne volonté, où qu'ils soient, je plaide pour qu'avec tous les responsables, soient explorées toutes les possibilités, afin d'aboutir à une solution juste aux difficultés persistantes, de telle sorte que les deux peuples, puissent vivre en paix dans leur propre pays, à l'intérieur de frontières sûres et reconnues ! » 
 
 
    Le pape s’est rendu au Mur occidental, le mur des Lamentations considéré comme l'un des lieux le plus sacré du judaïsme.  Après avoir prié et médité, récité un psaume, Benoît XVI, a glissé dans le mur une prière, dont voici le texte : « Dieu de tous les âges, à l'occasion de ma visite à Jérusalem, la ‘Ville de la paix', demeure spirituelle commune des juifs, des chrétiens et des musulmans, je dépose devant toi, les joies, les espoirs et les aspirations, les épreuves, la souffrance et la douleur de tout ton peuple, à travers le monde.

    Le lendemain, au Cénacle il rencontre les évêques de Terre Sainte : « C'est dans la mesure où le don de l'amour de Dieu est accepté et qu'il grandit dans l'Eglise, que la présence chrétienne en Terre Sainte et dans les régions voisines, peut être une présence ardente… et elle est d'une importance capitale, pour le bien de la société tout entière. » Le pape a salué le travail des évêques, pour permettre aux « chrétiens de rester ici sur la terre de leurs ancêtres » et d'« être des messagers et des promoteurs de la paix… Quant à moi, je renouvelle mon appel à nos frères et sœurs du monde entier, afin qu'ils apportent leur soutien aux communautés chrétiennes de Terre Sainte et du Moyen-Orient, se souvenant d'elles dans leurs prières… Dans ce contexte, je veux exprimer combien j'apprécie le service qui est rendu aux innombrables pèlerins et visiteurs qui viennent en Terre Sainte, pour y chercher, inspiration et renouveau de vie, sur les pas de Jésus.»

    Le pape a rappelé l'importance du Cénacle dans les Ecritures, cette « Chambre Haute », qui « évoque pour nous le souvenir de la dernière Cène de notre Seigneur, avec Pierre et les autres Apôtres ». C'est là aussi que Jésus apparut aux apôtres après sa résurrection et qu'eut lieu la Pentecôte.

    « Je suis venu pour rester en silence » ; puis le pape a rallumé silencieusement la flamme du souvenir des victimes de la Shoah, au Mémorial de Yad vaShem ! Mais pourquoi ce silence ? Parce que, dit le pape, le « cri » des victimes « résonne encore dans nos cœurs. » Benoît XVI a eu des accents bouleversés, devant le sang innocent répandu : « Tandis que nous sommes ici, en silence, leur cri résonne encore dans nos cœurs. C'est un cri élevé contre tout acte d'injustice et de violence » : « Je veux répéter aujourd'hui ce que j'ai déjà dit en d'autres occasions : en Terre Sainte, il y a de la place pour tous ! En demandant aux Autorités civiles de respecter et de soutenir la présence chrétienne, ici, je veux également vous assurer de la solidarité, de l'amour et du soutien de toute l'Église et du Saint-Siège »,

    N'ayez pas peur ! », a dit Benoît XVI, aux Palestiniens, mercredi matin, lors de la messe à Bethléem, place de la mangeoire, devant quelque 5.000 personnes, dont un petit groupe de Gazaouis. « Mon cœur va de façon spéciale, aux pèlerins de Gaza déchirée par la guerre…  Je vous demande de dire à vos familles et à vos communautés, que je les embrasse chaleureusement, et que je suis désolé pour les pertes, les épreuves et les souffrances que vous avez dû endurer… Je remercie le Dieu tout-puissant, de me donner la grâce de venir à Bethléem, non seulement pour vénérer le lieu de la naissance du Christ, mais aussi pour être à vos côtés. » Puis, en visite au camp de réfugiés « Aida » dans les Territoires palestiniens, Benoît XVI dénoncera le caractère « tragique » de la construction « du  mur ! »

    La journée en Galilée, à Nazareth ; a semblée plus légère, plus joyeuse, après les rudes journées d'évocation de la tragédie de la Shoah ou de la situation des Palestiniens.

    « Que chacun rejette le pouvoir destructeur de la haine et des préjugés, qui tuent l'âme des hommes avant de tuer leurs corps ! », demande le pape devant 30 mille personnes, participant à la messe, déplorant les récentes tensions entre chrétiens et musulmans dans la ville où l’ange Gabriel est apparu à la Vierge Marie. « Dans l'Etat d'Israël et dans les Territoires palestiniens, les chrétiens sont une minorité de la population. Peut-être vous arrive-t-il parfois, de penser que votre voix compte peu… Un grand nombre de vos frères chrétiens ont émigré, espérant trouver ailleurs, plus de sécurité et de meilleures perspectives, et il les a encouragés à avoir « le courage d'être fidèles au Christ, et de demeurer ici, sur cette terre qu'il a sanctifiée par sa présence ! »

    « Comme Marie, vous avez un rôle à jouer, dans le plan de salut de Dieu, en rendant le Christ présent dans le monde, en étant ses témoins, et en répandant son message de paix et d'unité », a-t-il ajouté.

    Le dernier jour, vendredi 15 mai, Benoît XVI a passé sa dernière matinée à Jérusalem, avec pour fil directeur « la paix » : paix pour Israël, paix pour les Palestiniens, paix entre les chrétiens, paix des religions ; il s'est rendu ensuite au Saint-Sépulcre, et s'est recueilli… « Ici, le Christ est mort et ressuscité, pour ne plus jamais mourir. Ici l'histoire de l'humanité a changé de façon décisive » et il a lancé un appel à la pénitence, à la prière et à l'unité, pour un témoignage commun du Christ.

Puis à l'aéroport avant de partir pour Rome : « Que la solution des deux Etats devienne une réalité et ne reste pas un rêve ! » Développant les conséquences de cette déclaration, il a dit sa souffrance de voir ces deux peuples en conflit, avec le cortège de souffrances que cela implique depuis 60 ans : « Plus de sang versé ! Plus de combats ! Plus de terrorisme ! Plus de guerre ! Brisons le cercle vicieux de la violence. Qu'advienne une paix durable fondée sur la justice, qu'advienne une réconciliation et une guérison authentiques ».

    Il y gardera, dira-t-il aux journalistes, dans l’avion du retour, trois impressions fondamentales. La première, c’est qu’il a trouvé partout, dans tous les milieux : musulmans, chrétiens, juifs, une volonté décidée au dialogue inter religieux, à la rencontre, et à la collaboration entre les religions. Le second point : « J'ai trouvé aussi un climat œcuménique très encourageant. Enfin : « Il y a de grandes difficultés, nous le savons, nous l'avons vu et entendu… Mais, j'ai aussi vu, qu'il y a chez tous, un profond désir de paix. »

    Je suis venu en pèlerin de la paix. Le pèlerinage est un élément essentiel de nombreuses religions, et justement il en est ainsi de l'islam, du judaïsme et du christianisme.

    C'est aussi l'image de notre existence, qui est une marche vers Dieu et ainsi également vers la communion de l'humanité.

    Et la phrase de Jésus dans l’évangile nous revient en mémoire : « Ce que vous commande, dit-il, c’est de vous aimer les uns les autres. »

    C’est ce que le Pape à fait, c’est ce que nous essayons de faire, et c’est ce que nous ferons. Amen.

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