Ex-voto de l'ancien monastère des Accates

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Présentation de l'Ex-voto des Visitandines
qui sera bientôt dans notre Basilique
par Régis Bertrand...

Ex-voto des Visitandines

Merci à Régis Bertrand pour cette belle présentation de l'Ex-voto des Soeurs Visitandines qui sera bientôt dans notre basilique...
Merci également à Mme Claire Brochu pour la photo...


L’ex-voto du second monastère de la Visitation de Marseille a été découvert et signalé pour la première fois en 1987 par madame Marie-Claude Homet, historienne d’art. Il n’a été ensuite mentionné que dans l’étude que Régis Bertrand a consacrée à l’iconographie de la peste, en 1992. Il se trouvait alors dans le dernier monastère qu’ait eu l’ordre de la Visitation à Marseille, construit au quartier des Accates pendant l’Entre-deux-guerres. Il y était accroché dans une cage d’escalier à l’intérieur de la clôture et madame Homet n’avait pu en prendre qu’un cliché imparfait, qui suggérait son très grand intérêt. Cette toile aurait pu disparaître lors de la fermeture du monastère, transformé en établissement scolaire, si Mgr Jean-Pierre Ellul n’avait obtenu de la communauté des religieuses qu’elle l’offre à la basilique du Sacré-Cœur du Prado. Elle vient d’être remarquablement restaurée par madame Claire Brochu, qui a supprimé les repeints et ajouts qu’elle avait reçu au XIXe siècle.

 

Un “tableau de la peste à Marseille” fut commandé en 1721 par la mère Bérenger de la Baume, supérieure du second monastère de la Visitation, dit “des Petites-Maries”, si l’on en croit un abrégé des Annales de la maison, qui se trouvait au monastère des Accates avant sa fermeture. Il s’agit vraisemblablement de cette oeuvre. Ce monastère était situé au quartier Belsunce, entre les rues des Dominicaines, des Petites-Maries et la rue Longue des Capucins.

 

Cette toile mesure 1,90 m de hauteur sur 1,65 de largeur. Il s’agit d’un ex-voto peint, tableau destiné à témoigner d’une grâce obtenue de Dieu à la suite d’un vœu. Ce dernier est expliqué par le texte qui figure dans le cartouche en bas à gauche :


« De tes bienfais, Seigneur, l’éclatante mémoire

 

Nous a fait  ériger icy cet oratoire

Pour inmortaliser (sic) ce que tu fis pour nous

Dans le temps où Marseille en proye à ton courroux

Voyait ses habitans victimes de la peste

Éprouver les horreurs du sort le plus funeste

Libres de tant de maux nous venons en ce jour

Nous acquitants d’un voeu te marquer nostre amour.

fait le 20 avril 1721 »

 

Les visitandines rendent grâce à Dieu d’avoir été préservées de la peste qui vient de sévir dans la ville. Elles avaient fait voeu si elles étaient exaucées d’élever un oratoire, sans doute une petite chapelle dans leur jardin, et elles s’en sont ainsi acquittées. Le tableau devait se trouver sur l’autel de cet oratoire.

 

La particularité iconographique d’un ex-voto est de juxtaposer les espaces céleste et terrestre. L’oeuvre est ainsi divisée à la moitié de sa hauteur. En haut, au centre, la représentation de la Trinité, Dieu le Père, le Christ souffrant et la colombe du Saint-Esprit dans une lumière dorée, est exceptionnelle dans les ex-voto de la peste de 1720 ; au point qu’un sociologue a naguère bâti toute une théorie sur l’absence de Dieu dans ces tableaux. Celui-ci vient la démentir.

 

Puis au-dessous, à gauche la Vierge présente à la Trinité saint François de Sales à genoux. Derrière le fondateur de la Visitation, des anges tiennent les insignes de l’épiscopat, car il était évêque de Genève-Annecy. A droite, saint Roch vêtu en pèlerin est pareillement présenté à Dieu par un ange. Il s’agit traditionnellement d’un saint anti pesteux car il survécut à la peste : sa cuisse porte un bubon pesteux. Les deux saints et la Vierge ont été les intercesseurs des religieuses auprès de Dieu.

 

La partie terrestre se situe sur le grand Cours (aujourd’hui cours Belsunce), montré en perspective depuis sa partie basse, le carrefour avec la Canebière. On entrevoit au fond de sa perspective les arches de l’aqueduc de la porte d’Aix. On voit les frondaisons du Cours et les bornes qui le divisaient en plusieurs parties. Il est jonché de cadavres, certains sont chargés sur une charrette.

 

En bas à gauche, devant les religieuses, des corps nus éclairés par la lueur rouge de flammes, dans une posture d’imploration, sont des âmes en purgatoire, sans doute celles des morts de la peste. Sept visitandines sont représentées au premier plan. Leurs visages stéréotypés sont tournés vers le ciel et leurs mains ont les positions de la prière ou de l’imploration. La présence des âmes du purgatoire est l’autre originalité iconographique de ce tableau. Elle indique le rôle spécifique des religieuses cloîtrées pendant l’épidémie, qui était de prier pour demander à Dieu la fin de la contagion et aussi sa miséricorde pour ceux qui étaient morts de peste.

 

Sous le texte du cartouche se lit la signature « Arnaud pinx(it) ». Claire Brochu a observé qu’elle présente une coloration différente du texte et est très superficielle. Elle s’est demandé si elle n’avait pas été rapportée, par exemple lors d’une restauration du XIXe siècle. On connaît une famille de peintres du nom d’Arnaud, patronyme très courant en Provence à l’époque, ce qui ne facilite guère l’identification de ses membres. François Arnaud est contemporain de la peste ; c’est vraisemblablement lui qui est désigné par des sources du XVIIIe siècle sous le nom d’« Arnaud père » - car on a aussi des mentions d’ « Arnaud fils aîné » et d’« Arnaud cadet ». La signature de la toile du Sacré-Cœur ressemble par sa graphie à celle apposée par François Arnaud sur deux actes notariés. Il pourrait être l’auteur du tableau. Ces artistes mineurs restent très mal connus.

 

Cette toile est d’un intérêt majeur pour la mémoire de la peste de 1720. Quasiment inconnue jusqu’ici puisque aucun cliché n’avait pu en être publié, elle sera désormais visible de tous dans la basilique, grâce à l’association des Amis du Sacré-Cœur qui a financé sa restauration et son encadrement.

 

Régis Bertrand 

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