Saint Josémaria

Publié le par Mgr Ellul

Homélie pour la messe d’action de grâce à l’occasion du premier anniversaire de la bénédiction de la statue de Saint JoséMaria - 30 juin 2006 – basilique du Sacré Cœur 

 

Rassemblés ce soir dans cette basilique, comment ne pas évoquer la messe solennelle célébrée l’an dernier pour la bénédiction de la statue de Saint Josémaria.(18 juin 2005).C’était l’aboutissement de plus de trois années de réflexion, de prières et d’évaluations des membres de votre communauté. Déjà, le tableau qui le représentait avait été exposé à la vénération des fidèles et nous ne pouvions passer sans être interpellé par ce visage et surtout par le regard de celui que Jean-Paul II venait d’élever sur les autels. Devenir comme lui, me suis-je souvent demandé, est-ce possible ? Mais oui, semblait-il répondre. Nous le savons bien ; les saints nous sont donnés par l’Eglise Universelle, pour rappeler qu’ils ont vécus radicalement les paroles de Jésus et mis en pratique ses enseignements évangéliques et donc l’Eglise notre Mère, nous invite à mettre nos pas dans les leurs, à les suivre, faisant de leur expérience, à la fois un chemin de vie, et une lumière sur la route de nos existences, pour être à notre tour montreur de Dieu, essayant humblement de réaliser en nous-même, ce que Jésus a vécu. Oui, vivre pleinement notre engagement baptismal, vivre la sainteté de tous les jours, vivre la sainteté, dans un monde qui attend le témoignage de chrétiens authentiques. Cette sainteté pour tous les laïcs, cette plénitude de la vie chrétienne, Saint Josémaria, l’a découverte et expérimentée tout au long de sa vie, en marchant sur le chemin que Dieu lui montrait : «  Je commençai à pressentir l’Amour, à me rendre compte que le cœur me demandait quelque chose de grand, qui relevait de lordre de l’amour »…disait-il, prêchant inlassablement, pour que tous et un chacun prennent conscience de sa vocation de baptisés et puisse sanctifier sa vie, son travail dans sa vie professionnelle par le don total de son âme au Seigneur.

 

Les années 1928 furent des années de prière, de recherche, d’approfondissement, sans découragement, ayant toujours Jésus devant les yeux, et dans le cœur ses paroles prononcées à la dernière Cène : « Aimez-vous les uns les autres, comme moi je vous ai aimé », demandant sous la motion de l’Esprit Saint, quel serait le signe qui lui serait donné pour accomplir cette œuvre. Chez les Pères de Saint Vincent de Paul à Madrid, durant une retraite, il entrevoit ce que le Seigneur lui demande. Non pas son œuvre, mais l’œuvre voulue par Dieu, l’Opus Dei. En la fête des Saints Anges, un 2 octobre, le Seigneur lui donnera le signe… « Il savait qu’il devait fonder quelque chose, mais il savait aussi très bien que ce quelque chose, n’était pas son œuvre, qu’il n’avait rien inventé, que simplement le Seigneur s’était servi de lui. Il était seulement un instrument avec lequel Dieu aurait agi », dira le cardinal Joseph Raztinguer au lendemain de sa canonisation. « Je le vois à présent, écrit Saint Josémaria : tous sont appelés à devenir des saints, sans s’éloigner du monde, mais dans leurs occupations ordinaires ». Une idée révolutionnaire dans ces années-là, combattues par certains, … déjà !

 

Alors que s’amplifie l’œuvre de sanctification pour tous les chrétiens, commence la guerre en Espagne, une guerre qui s’en prend aux prêtres, religieux, religieuses, aux consacrés. Combien sont morts en témoins de la foi ! Combien ? Il sait cela, il l’a vécu, expérimenté ; il a dû se cacher, priant pour ceux qui étaient arrêtés, torturés. Rome vient d’ailleurs de reconnaître, ces jours-ci, le témoignage, le martyre de 149 baptisés, tués en haine de la foi au cours de la persécution qui a sévi sous couvert de la Guerre civile espagnole. Et sa grande découverte - proclamer l’appel universel à la sainteté et à l’apostolat - s’enracine peu à peu dans le cœur de nombreux chrétiens. Chez tout être, conscient des sacrements de l’initiation chrétienne qu’il a reçu, est déposé la faculté, mais également la possibilité de comprendre qu’il peut servir le Christ dans le travail quotidien. Cela ne va pas sans difficultés, car il faut se recentrer quotidiennement, en regardant la croix du Christ et en méditant sa passion, mais avec une joie immense de savoir, que comme lui, vivant de sa résurrection et de sa joie, déjà témoins du royaume à venir, nous sommes ce peuple en marche sous son regard d’amour. Quels sont les besoins des hommes d’aujourd’hui ? Quelle signes attendent-ils de ceux qui se disent chrétiens, qui ne portent aucun insigne, ni sigle d’appartenance, mais qui montrent le Christ dans le quotidien de leurs vies ? Ils attendent de nous, ils attendent de vous, que vous accomplissiez votre travail dans la cité terrestre en tout humilité, l’imprégnant de l’Esprit du Christ, travaillant sur cette terre, les yeux et le cœur remplis d’amour pour regarder vos frères comme les regardaient Jésus, l’âme et l’esprit tournés vers les réalités d’en haut. Dans l’attente du retour du Seigneur, notre travail, notre vocation n’est-elle pas, de tisser ces liens d’amour qui nous permettent d’être d’autres Christ pour les autres ? Oui, telle est notre vocation, celle de tous les baptisés. Déjà en 1930, comme pour en éliminer les ambiguïtés, St Josémaria disait : « La sainteté n’est pas réservée à des privilégiés. Le Seigneur nous appelle tous ; de tous, où qu’ils soient ; de tous, quels que soient leur état, leur profession ou leur mérite, il attend de l’amour ». C’est ainsi que s’amplifiera à travers le monde cet appel universel à la sainteté, et une théologie du laïcat. Malgré les critiques, les difficultés nombreuses, les délations incessantes, il continuera de faire ce que Dieu lui demandait et l’Opus Dei sera acceptée par Rome.

Il nous faudrait relire dans son intégralité ce que le Pape Pie XII écrivait le 19 mars 1948, dans la Constitution Apostolique « Provida Mater Ecclesia », ou dans le Motu Proprio « Primo Feliciter », pour bien comprendre les thèmes qui seront repris dans le Décret « Apostolicam Actuositatem » sur l’apostolat des Laïcs et bien sûr quelques années plus tard dans  Gadium et Spes.C’était une reconnaissance de ce que proposait depuis bien des années, le fondateur de l’Opus Dei à travers le monde. D’ailleurs, se fondant sur ces textes et sur la pratique quotidienne de l’oraison, lisant dans l’évangile, cette phrase du Seigneur « devenez parfaits, comme le Père est parfait », et la méditant dans son cœur, trouvant dans la Sainte Eucharistie, le pain de la route qui mène au salut, s’offrant avec le Christ pour l’Eglise qui est son Corps, Saint Josémaria sera dans l’action de grâce, à l’annonce de Vatican II.

 

En 1962, lorsque dans les travaux préparatoires du Concile, on décida de traiter de la spiritualité et de l’apostolat des laïcs, il disait : « Si vous pouviez voir à quel point je me réjouis que le Concile en vienne à s’occuper de ces sujets qui remplissent notre vie depuis 1928 ». « En combien d’occasions, lors de l’approbation des documents conciliaires, il eut été juste de parler du fondateur de l’Opus Dei et de lui répéter « bravo ! ». Bravo, parce que vous avez porté dans votre cœur, ce que vous avez enseigné inlassablement depuis les toutes premières années. Oui, cela a été proclamé solennellement par le Magistère de l’Eglise ». Ces phrases sont de Mgr Alvaro del Portillo, et bien d’autres encore que je ne puis citer ici et qui émaillent les souvenir du Concile consignés dans de nombreux documents. La vocation baptismale de chacun d’entre nous, la reconnaissance pour les dons reçus par le Seigneur, la prière, l’humilité et le silence, sans lequel on ne peut trouver Dieu, la vie chrétienne dans sa totalité, la liturgie vécue et célébrée, et évidemment l’amour, vertu théologale, sans laquelle rien n’est possible, voilà ce que nous devons vivre intensément. Oui un amour vécu, dans la reconnaissance et l’acceptation de l’autre, qui est le Christ, présent en chacun de nous. Il en verra la réalisation, car ces textes du Concile sur les laïcs sera pour l’Eglise, le révélateur de tout ce qu’il avait prôné, et lui, de continuer de parler de Jésus à travers le monde, au cours de nombreux voyages, proposant un chemin de vie et de conversion, dans une fidélité totale à son Seigneur et à l’Eglise sous le regard aimant de Marie. Rome, c’était là qu’il serait, c’est là qu’il vivait désormais ; son cœur battant à l’unisson avec celui de l’Eglise universelle, uni au successeur de Pierre, fidèle garant de la tradition de l’Eglise qu’il voulait que ses filles et ses fils expérimentent, non pas comme un trésor enfoui, figé, comme dans un retour en arrière, mais vivant de la vraie tradition de l’Eglise, celle qui vivifie et qui donne vie et permet d’avancer, sans heurt vers l’avenir, sur le chemin qui conduit à éternité. Alors que les foules déferlent vers le centre de la chrétienté, il meurt en pleine Année Sainte, le 26 juin 1975.

 

Des milliers de chrétiens parcouraient Rome, visitant les basiliques patriarcales ou les catacombes, venant témoigner de leur foi. Lui dans un ultime appel, tombait au pied de la Vierge Marie, à qui il avait confié toute sa vie. Lorsqu’on le releva, aux pieds du tableau de Notre-Dame de la Gaudaloupe, il voyait déjà son Seigneur, entrant dans l’éternité bienheureuse pour contempler depuis les cieux, ses enfants consacrés, tout entier donnés à la prière et à leurs frères. On ne dira jamais assez comment il a conduit ceux que le Seigneur mettait sur son chemin. Délicatesse du cœur, écoute incessante, accompagnement au-delà de ce qu’ils pouvaient en attendre. De sa main, la Vierge Marie lui montrait la fleur qu’elle tenait entre ses doigts, semblant la lui donner comme il l’avait désiré, et en tendant « l’oreille du cœur », on avait l’impression qu’elle lui disait : « Viens prendre place près de Jésus mon fils ». Le Pape Jean Paul II, au lendemain de sa canonisation, le 6 octobre 2002, disait : « Escrivá de Balaguer, fut un saint d'une grande humanité. Tous ceux qui le fréquentèrent, quelles que fussent leur culture ou leur condition sociale, le considérèrent comme un père, entièrement consacré au service des autres, parce qu'il était convaincu que chaque âme est un trésor merveilleux. En effet, chaque homme vaut tout le sang du Christ ».

 

Saint Josémaria, intercédez pour nous auprès du Seigneur, pour que nous découvrions toujours et encore le chemin qui mène à la sainteté. Amen.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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