2ème dimanche de Carême - 20 mars 2011

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Homélie pour le 2ème dimanche de Carême A  

19 et 20 mars 2011. Basilique du Sacré-Coeur

        C’est sous le regard de St Joseph, l’époux de la Vierge Marie, l’homme du silence et de l’obéissance, que nous célébrons ce 2ème dimanche de carême. La liturgie de cette année « A », est tout à fait catéchumènale, préparant celles et ceux qui vont recevoir le baptême dans la nuit pascale, à faire passer, de leur vie ordinaire à une vie en Dieu, car ils seront participants de la vie divine donnée par le baptême.

        Depuis la semaine dernière, les catéchumènes et nous avec, sommes partis au désert avec le Christ, pour faire l’expérience du refus de la tentation. Aujourd’hui, Jésus nous emmène sur la montagne du Thabor ; la semaine prochaine, c’est avec la Samaritaine que nous découvriront que le Seigneur connaît  tout de nos vie et qu’il nous aime, nous qui avons souvent du mal à puiser l’eau vive de son amour, puis nous allons recouvrer la vue, une fois encore pour voir ou revoir Dieu, car Jésus touchant nos yeux, nous fera voir les choses d’en haut, et enfin avec Lazare, nous sortirons des ténèbres du tombeau, pour vivre déliés des bandelettes qui nous retenaient loin de Dieu.

        Ce Dieu d’amour et de miséricorde, nous demande toujours de quitter quelque chose, que l’on croit si importante dans vos vies, pour le suivre.

Et c’est ce que nous faisons en ce temps de carême. Quitter une vie trop facile, quitter une attitude de péché, quitter enfin ce qui nous empêche de progresser spirituellement, pour être en face de lui, purs et sans tâche. Difficile, très difficile de réaliser cette dernière condition, car le péché est toujours là, malgré nos efforts pour nous en sortir.

C’est pour cela qu’il nous faut prendre de la hauteur, partir avec Jésus et gravir la montagne. Route difficile, sinueuse, longue, pour arriver enfin au sommet, d’où l’on domine la plaine, merveilleuse, magnifique, protégée, qui permet arrêt spirituel, prière intense et contemplation.

Jésus a bien choisi et en gravissant la pente qui y mène, les disciples doivent se remémorer ces quelques versets du psaume 89 : « A toi le ciel, à toi aussi la terre, le monde et tout ce qui le remplit, c’est toi qui les fondas ; le nord et le midi, c’est toi qui les créas, le Thabor et l’Hermon, à ton nom crient de joie. »

Ce lieu qui fut certainement l’un des hauts lieux cananéens, mais le texte évangélique ne donne aucune précision, il parle seulement d’une haute montagne. C’est au 4ème siècle, sur les recommandations de St Cyrille de Jérusalem et de St Jérôme, que l’on fixera l’endroit, où sur cette montagne, Dieu se révèle en son fils Jésus-Christ, recouvert d’une blancheur, d’une lumière telle, que nuls en ce monde ne peuvent l’obtenir, car elle vient de l’Eternel.

Pierre, Jacques et Jean vont recevoir une révélation inouïe : le secret de la personne de Jésus, Fils de Dieu, Fils bien-aimé du Père et que l’on doit écouter. Moïse est là, présent, lui le médiateur de la Première Alliance ; Elie, le prophète au cœur de feu, est à ses côtés.

Oui, ces deux grands témoins de l’Ancien Testament sont là, en cette heure de plénitude. Tous deux proclament que le Christ, et nul autre que lui, est l’authentique accomplissement de l’Ancien Testament. La présence des 3 apôtres fait de cette scène, comme le résumé toute la Bible : la Loi et les Prophètes, Moïse et Elie, présentent le Christ glorifié à Pierre, Jacques et Jean, les colonnes de l’Eglise dont la mission sera de témoigner du Ressuscité au milieu du monde.

Moment fort que l’on voudrait éterniser, que Pierre tente de prolonger, mais Jésus ne réponds pas à cette proposition, car le somment de la montagne ne sera pas le point final de sa vie. Il n’en sera qu’une étape !

Il les appelle maintenant à le suivre, leur demandant de n’en parler à personne avant sa résurrection. Phrase que les disciples ne comprennent pas, car la Résurrection viendra après la Passion, et de cette passion, de ces souffrances, ils ne veulent pas en entendre parler.

Et pourtant, toute la liturgie de cette année A, montre bien et plus particulièrement, le cheminement de Jésus vers la croix, surtout après la résurrection de Lazare, où il sera dit dans l’évangile, « qu’il vaut mieux qu’un seul homme meure, et que la nation tout entière ne périsse pas. »

Avec Jésus nous redescendons de la montagne pour aller en pleine vie, dans notre vie, dans nos existences, dans ce qui fait notre personnalité.

Que ferons-nous après l’avoir vu transfiguré ?

Quel sera notre attitude de carême, dans le partage, le jeûne et la prière. Car c’est cela le signe de notre vraie conversion ! Et se priver de quoi ?

Le pape Benoît XVI nous dit dans son Message de Carême : « L’idolâtrie des biens, non seulement nous sépare des autres, mais vide la personne humaine, en la laissant malheureuse, en lui mentant et en la trompant, sans réaliser ce qu’elle lui promet. La tentation consiste à penser comme le riche de la parabole : « Mon âme, tu as quantité de biens en réserve et pour de nombreuses années… » Nous savons ce que lui répond le Seigneur : Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme ! »

Oui, la pratique de l’aumône, nous ramène à la primauté de Dieu, et à l’attention envers l’autre, elle  nous fait aussi découvrir à nouveau, la bonté du Père, celui qui parle dans la nuée, et recevoir son amour et sa miséricorde.

Chers frères et Sœurs, je vous laisse sur ces réflexions, toujours les mêmes me dirait-vous en ce temps de carême. Que faire, diront certains d’entre nous, ceux qui ont peu de moyens et n’arrivent pas à finir le mois, sans emprunter ? Que faire et que donner, quand nous ne savons pas ou va notre argent ? Comment partager quand nous aimons trop nous faire plaisir ?

Je répondrai avec le Seigneur : ce que tu veux que l’on te fasse un jour, fais-le déjà maintenant ; partage, prie, jeûne, sens en toi la morsure de la faim, la tentation de l’envie te tenir, mais surtout résiste !

Alors tu comprendras mieux celui qui à faim, qui a soif, qui est démuni. Mais surtout ne le juge pas ! Voilà une belle attitude de carême, mais tellement difficile à réaliser.

Ne pas juger ! Essayez, vous verrez combien cela vous fera changer de vie. N’oublions pas que c’est nous, qui devons montrer que nous sommes en Carême, pas les journaux, pas les médias, pas les autres, mais nous ! Y avons-nous pensé vraiment ?

Accueillons à nouveau ces dimanches de carême par la rencontre personnelle avec Dieu, dans un cœur à cœur avec le Seigneur transfiguré, prions pour celles et ceux qui dimanche prochain, le 27 mars à 16h, recevront le sacrement des malades dans notre basilique.

Confions-nous à St Joseph et à la Vierge Marie. Qu’ils éclairent notre route qui conduit vers leur Fils bien-aimé, transfiguré dans la gloire.  Allez, bon courage, ne faiblissons pas ! Amen.

Mons. Jean-Pierre Ellul.

 

 

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