40 ans de Sacerdoce

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Homélie pour le 28 et 29 mars 2009.

Frères et Sœurs,

 

C’est une joie pour moi de célébrer le 40ème anniversaire de mon ordination avec vous, au Sacré-Cœur. La liturgie de ce 5ème dimanche nous propose de monter à Jérusalem et dimanche prochain, c’est avec des rameaux d’oliviers que nous acclamerons le Christ Jésus notre-Seigneur.

Tout de suite, demandons-nous ou nous en sommes de notre démarche de carême ? Nous avions promis le jour des cendres de changer de cœur, d’avoir un cœur nouveau, comme nous venons de le chanter  avec le psaume 50. Dieu renouvelle toujours et encore notre cœur, il nous lave tout entier de nos fautes. Et nous préparons notre confession pascale, pour avoir l’âme en paix et célébrer dignement les fêtes de Pâques. Nous n’oublions pas notre offrande de carême pour le séminaire de Lins au Brésil… Oui, Dieu conclut avec nous une alliance nouvelle, il inscrit sa loi d’amour dans nos cœurs, il est notre Dieu.

Il faut ré-apprendre à connaître le Seigneur, à être dans une intimité constante avec lui. Comme Jésus, nous restons dans l’obéissance aux commandements du Père, nous nous associons à ses souffrances, pour son corps qui est l’Eglise, et nous vivons dans l’espérance, car nous sommes sûrs de son retour dans la gloire. Désormais, élevé sur la croix, il nous apporte le salut et la Vie Eternelle.

Comme les grecs, montant à Jérusalem pour la Pâques, nous désirons « voir Jésus. »

Il y a des années, j’ai personnellement voulu voir Jésus, et le voir de près ; être tout à lui, me consacrer à lui, devenir prêtre, pour annoncer l’Evangile du Salut et essayer de le vivre ; célébrer les sacrements, offrir son Corps et son Sang pour le salut du monde et des âmes qui me seraient confiées.

Dans les premiers temps de toute vocation, voir Jésus est primordial, indispensable. Car il y a en celui qui découvre le Christ, à la fois l’expérience de son péché, et surtout son incapacité à le suivre, mais aussi l’amitié et la confiance qu’apportent ceux qui soutiennent notre vocation.

En ces jours d’anniversaire, où je médite sur l’appel que le Seigneur me lança en 1961-1962, je retrouve dans ma mémoire, le visage de ceux qui ont écarté les pierres de la route et m’ont permis de m’avancer, malgré mon indignité.

Prière intense, découverte en entrant au séminaire de tout ce qui fait l’Eglise, avec ses chrétiens, ses responsables diocésains, mais aussi les membres de ma famille, perplexes, mais bientôt heureux de me savoir comblé par l’appel de Jésus.

C’est un don, c’est un grand mystère. « La question » : pourquoi moi ? » Alors me reviennent ces phrases : « Dès avant le sein de ta mère, je t’avais choisi » nous dit le prophète ! « Suis-moi, je ferai de toi un pêcheur d’hommes » propose Jésus.

Vu à 47 ans de distance, avec la fin de l’adolescence, la Guerre d’Algérie, les souffrances, les inquiétudes pour l’avenir, puis le départ… ce ne fut pas très facile. Il fallait s’adapter, se refaire, tisser d’autres liens, presque oublier, pour certains, afin de ne pas sombrer. Mais le Christ était là, présent.

« Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s’en détache en ce monde, la garde pour la vie éternelle ; si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ! » Après des études de philosophie et de Théologie dans les Hautes-Alpes et l’accueil des jeunes Harkis et de leurs familles, j’ai fait le pas, en entrant au Grand Séminaire de Marseille. Dans les années 1965, nous étions une quarantaine de séminaristes pour le diocèse. Le Concile Vatican II résonnait à nos oreilles et nous entendions retentir dans nos cœurs l’espérance d’une Eglise servante et pauvre, humble et toute tournée vers son Seigneur. Mais les évènements de mai 68, changèrent la donne. Ce fut « l’esprit du Concile », bien éloigné des textes fondateurs.

Je fus ordonné prêtre en l’église du Bon Pasteur, le samedi 29 mars 1969 ; nous étions quatre ; l’un de nous  avait un cancer et l’ordination fut avancée.

Je célébrai ma première messe le lendemain,  dimanche des Rameaux, à la paroisse du Merlan.

Vicaire quelques mois, puis aumônier de lycée et des CES d’Aubagne en 1969, je prenais la suite de l’Abbé Jules Dol à l’œuvre de Jeunesse St Louis, contre l’avis du curé d’ailleurs, qui voulait vendre les bâtiments. Une aumônerie comme on les connaissait alors, avec près de 600 jeunes, garçons et filles, leurs parents, les catéchistes…

Puis en 1975, je partais pour être le jeune curé de 3 paroisses aux confins du diocèse : La Bouilladisse, La Destrousse et Belcodène. Je me présentais à mes paroissiens, avec deux livres à la main : la Bible et le Concile Vatican II, que j’ai vécu dans la grande Tradition de l’Eglise, tradition vivante, vivifiée par l’Esprit-Saint qui nous fait emprunter des chemins sur lesquels nous n’irions pas.

Six ans de joie partagée, de peine accompagnée, découvrant l’âme provençale, les Pastorales, mais aussi les duretés de la vie, car un certain nombre des paroissiens étaient venus en Provence, après la Guerre d’Espagne. « Vous êtes dans un coin les plus durs du diocèse », me disait le Cardinal Etchegaray. Mais moi, j’étais jeune, je ne prenais presque pas de vacances, j’étais là toujours, essayant d’apporter, de témoigner, de vivre de l’amour du Christ, avec bon nombre de jeunes foyers qui étaient associés à mon ministère.

Il faudra partir en 1981 et pour Marseille. Vous savez quand on travaille et que l’on vit dans la Zone Extérieure, ces 26 paroisses en dehors de la ville de Marseille, on ne veut plus en partir.

St Victor et St Georges. En deux semaines, j’ai dû devenir spécialiste d’archéologie, d’histoire, de diplomatie, de culture, de musique. Un rythme à vous couper le souffle. La découverte des prémisses de l’Eglise antique de Marseille,

la Chandeleur, l’animation du secteur du Vieux-Port, Foi et Culture, les concerts, la vie culturelle de la ville. A St Georges, une église conciliaire, avec de belles structures, des chrétiens rayonnant l’Evangile, engagée dans le scoutisme et l’Action Catholique, la catéchèse …

Avec cela, il vous faut prendre du temps pour prier, approfondir, se documenter, être attentif, ne surtout pas se croire supérieur aux autres ou propriétaire de la paroisse qui nous est confiée ; travailler tout en sachant qu’un autre viendra continuer l’œuvre entreprise, se dire que nous somme un maillon de la chaîne, être près de ces premiers chrétiens, donnant leur vie pour le Christ.

J’en ai beaucoup reçu des Marseillais, des Provençaux, durant mes 19 ans de présence « victorine ». Lorsque vous lisez certains soirs, la liste ininterrompue de tous ceux qui vous ont précédé à ce poste, vous demander au Seigneur, humilité, grâce, bénédiction… et surtout une bonne santé morale physique et spirituelle pour continuer, dans la joie, la mission que l’archevêque vous confie.

        19 ans après, j’étais disponible pour une autre mission. Ce fut ici, au Sacré-Cœur.

Le cher Chanoine Pierre Duménil venu me rejoindre à St Victor, m’avait bien préparé, car à ses yeux j’étais « le curé idéal » pour cette grande paroisse.

Souvent je détournais la conversation, mais il ne cessait de faire la liste de tout ce qu’il n’avait pu accomplir… J’ai essayé avec vous, de réaliser son souhait, lors des fêtes du 60ème anniversaire de la consécration de la basilique et nous continuons.

Merci pour tout ce que vous m’avez apporté. Merci pour vos prières et votre amitié, votre soutien financier.

Je demande pardon, à ceux que j’aurais pu offenser… Vous savez quand on est curé, on peut tout entendre et l’on sait que l’on ne peut pas correspondre à toutes les attentes.

Mais avec mes collaborateurs, religieux, diacre et prêtres, comme vous le voyez d’ailleurs, nous menons une vie digne de l’Evangile, comme le Seigneur nous le demande. Nous ne faisons pas de grands discours, mais nous essayons de vivre en frères, et je crois que nous y réussissons.

Continuez de nous aider. Pas seulement pour nous, mais pour ceux qui vont suivre. Près de 1.000 participants aux messes dominicales ; comment ne pas rendre grâce au Seigneur et le remercier pour tout ce qu’il accomplit en vous.

Je dis souvent, en parlant de ma vocation, que jamais, pas un seul instant, j’ai regretté le pas que j’avais fait en entrant au Séminaire et lors de mon ordination sacerdotale.  Je vis en union étroite avec le Christ, qui est mon Seigneur et mon Dieu. Etre prêtre, quel grand mystère, quelle joie et quelle souffrance ! Mais je ne suis pas au-dessus du Maître. Elevé de terre, il nous attire tous à lui.

Priez pour que le Seigneur me donne la force et la santé, pour continuer de servir l’Eglise, de vous servir… et que Marie soit à mes côtés pour me montrer le chemin de la confiance et de la foi.

Sur les faire-part de mon ordination, j’avais fait imprimer cette phrase de Thomas Merton, un moine trappiste aux Etats-Unis, décédé en 1968 : « Un homme sait qu’il a trouvé sa vocation, lorsqu’il cesse de songer à la manière de vivre, pour commence à vivre. »

Merci pour votre prière et votre affection. Amen.

Mons. Jean-Pierre ELLUL

 29 mars 1969 - Bon Pasteur

































première concélébration Eglise du Bon Pasteur

Mgr Georges Jacquot - Diacres : Mgr Bernard Barsi (archevêque de Monaco)

et Père Marius Chevalier, Curé de Chorges et en mission à N-Dame du Laus

Nouveaux prêtres : Claude BARON - Michel DAUNE - Jean-Pierre ELLUL - Henri Lo Ré (décédé en 1970)
 





























 En octobre 1969 - vicaire à la paroisse d'Aubagne. Pas de col romain : mai 68 est passé.
Six mois plus tard, nommé aumônier des Lycées et CES d'Aubagne...

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