Notre-Dame du Laus

Publié le par Mgr Ellul

Vêpres du lundi de Pentecôte 
Notre-Dame du Laus 
5 juin 2006 
 
 

Texte de référence – Galates 4, 4-9 : «Mais quand vient la plénitude du temps, Dieu envoyé son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale. Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœur l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père ! Aussi n’es-tu plus esclave mais fils ; fils et donc héritier de par Dieu. Jadis dans votre ignorance de Dieu vous fûtes asservis à des dieux qui au vrai n’en sont pas ; mais maintenant que vous avez connu Dieu ou plutôt qu’il vous a connus, comment retourner encore à ces éléments sans force ni valeur auxquels à nouveau, comme jadis, vous voulez vous asservir. »  
 

Frères et Sœurs, Nous sommes ce peuple en marche sous le soleil et cet après-midi sous la pluie et Dieu nous ouvre le chemin, Jésus marche à nos côtés, l’Esprit Saint vient nous faire comprendre quelle est notre mission de baptisés. Remplis de cet esprit qui de fait de nous des filles et des fils de Dieu, nous pouvons vraiment dire dans nos cœur « Abba », toi notre père, écoute les prières qui montent de nos cœurs.  Peuple de Dieu aux couleurs variées, venus de tout le diocèse et d’ailleurs, pour cheminer à la suite de Marie, qui nous montre Jésus son Fils. Elle est la fille d’Israël, elle a été choisie par Dieu pour nous donner le Fils du Père éternel, Jésus, « celui qui sauve son peuple de tout ses péchés. Dieu prend toujours l’initiative, et lorsqu’il envoya vers elle, l’ange Gabriel, elle questionna le messager de Dieu, comme nous l’aurions fait nous-mêmes. « Comment cela se fera-t-il ? ».   

Comment ? C’est sur cette interrogation que je voudrais m’arrêter un instant avec vous. Cette interrogation combien de fois l’avons-nous formulée, lorsque dans nos existences se dessine un changement de vie, une rupture avec le quotidien ; une grande peine, le départ d’un enfant, la séparation et le divorce dans un couple, la maladie qui nous frappe sans y être préparé, la mort d’un être cher et aimé ? Oui, comment ? Et la réponse ne nous est pas donnée immédiatement. Nous devons cheminer lentement, sans perdre courage, sans nous départir de cette confiance que l’Esprit Saint met en nous. Souvent c’est dur et éprouvant. Nous ne comprenons pas. Comme le temps de la réponse nous semble long, mais ce temps passé à attendre, risque de nous conduire à la désespérance, à nous croire abandonné de Dieu, à marcher comme dans le brouillard. Et pourtant Dieu est là, et Marie, près de nous. Elle nous tend la main, mais nous, préoccupés par nos questions, nous ne voyons pas.  
 

                Dans sa lettre aux chrétiens de Galatie, Paul, explique que par le baptême qui nous configure au Christ et par Marie qui nous l’a donné, de qui il est né, nous sommes devenus enfants de Dieu ; cette adoption filiale, fait de nous des fils et des filles aimés du Père. Et puisqu’il à mis en nous la capacité de l’atteindre, de le comprendre et de l’aimer, comment encore douter de son amour et de sa tendresse miséricordieuse ? N’est-ce pas dans ces lieux choisis par « Dame Marie » qu’il a voulu se montrer comme un petit enfant tenu pas sa mère. N’est-ce pas ici qu’il a appelé à l’amour et à la conversion ? N’est-ce pas ici que nous sommes venus, pour parcourir ces chemins de réconciliation. Voilà sa réponse !  
 

Regardons notre vie, descendons en nous-même pour faire un bilan rapide de ce qui nous attire à lui, mais également de tout ce qui nous retient loin de Lui. Ne restons plus à regarder seulement ce qui nous éloigne de lui, ce qui est distordu en nous, cassé, ce péché que nous ne voudrions pas … L’important n’est-ce pas tout ce nous faisons pour être fidèles à l’Evangile ? Oui c’est le plus important. Nous sommes fiers de notre foi, nous voulons être ce peuple en marche, mais un peuple qui ne laisse personne sur le bord du chemin. Nous nous arrêterons pour secourir l’autre, celui qui est tombé, pour le relever, lui parler, lui sourire, et surtout l’écouter. Prendre du temps pour écouter. Ecouter ! Ecouter Dieu nous parler au cœur, c’est difficile diront certains. Mais écouter Dieu et écouter l’autre, c’est toujours à notre portée, si nous faisons un effort, si nous prenons le temps. Nous n’écoutons pas assez, alors que nous avons mission de porter la parole et de faire mille pas, si on nous propose d’en faire dix. Ministère de l’écoute que chacun peut accomplir. En nous même, en famille, surtout en famille où l’on est tellement habitué que l’on vit côte à côte sans plus se regarder vivre, en Eglise, en communauté chrétienne. Oui, écoute attentive, comme écoutait, sans parler « Dame Marie », quand Benoîte la questionnait inlassablement. Elle restera des jours sans lui parler. Mais Benoîte écoute, écoute encore, écoute avec le cœur… la voit sourire, est confiante et attend.

 Regarder le sourire de la Vierge Marie. Lever nos yeux pour voir son visage joyeux, avec ces gestes pleins de compassion, une écoute attentive, les bras élevés vers le ciel, pour nous montrer son Assomption. Marie nous attend, attentive et silencieuse, comme elle le fut dans la vie de Jésus. Peu de paroles : « Vois ton Père et moi, nous sommes là », alors qu’ils le cherchent durant trois jours ; puis aux noces de Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira" . Benoîte qui la questionne ne comprend pas. Elle n’est pas là pour acheter de plâtre ; elle ne désire pas partager son pain avec elle ; elle ne lui donnera pas son enfant à garder. Plus tard elle prendra la parole et lui dira : « Je suis Dame Marie, la mère de mon très cher Fils et vous ne me verrez plus de quelques temps ». Durant plus de 4 mois elle la formera. La gerbe des conseils spirituels, fournis par la Vierge à Benoîte, est un élément important du message qui est vécu ici. On y trouve tous les éléments  pour une pastorale de la vie chrétienne, comme l’a souligné le Concile Vatican II, car la Vierge dessine pour elle, afin qu’elle puisse en témoigner, tous les devoirs que les clercs, les baptisés, les époux, les parents doivent accomplir dans leur vie pour être fidèles à l’évangile. Prière et conversion du cœur… miracles et redécouverte de la foi, huile qui accompagne et guérit.     

De plus, en approfondissant le message du Laus, nous pouvons découvrir l’admirable patience de Marie, donnant à Benoîte toutes indications pour la tâche apostolique qu’elle doit entreprendre, soutenant ses efforts pendant près d’un demi-siècle, expérience unique dans l’histoire de l’Eglise, de l’action éducative de Marie, la Mère de Dieu. Sans se lasser, la Dame, la regarde, l’accompagne, lui sourie, comme pour lui dire que si tout n’est pas facile dans ce qu’elle doit accomplir, elle sera toujours à ses côtés avec Jésus, son Fils.  

Il en est ainsi pour nous. Ce serait illusoire de croire qu’avant c’était plus facile. Non c’était pareil qu’aujourd’hui. Il faudra toujours aux chrétiens ce surcroît d’âme pour ne pas succomber au pessimisme, car le monde attend de nous une parole d’amour, de joie, de réconciliation et de pardon. Nous avons cette mission d’être parmi nos frères humains, des montreurs de Dieu, sans ostentation, mais avec humilité et fierté d’être du Christ. Comme lui, laissons-nous envahir par la Parole du Père, laissons-nous regarder par Dieu, aimer par lui. Laissons-nous toucher par les rayons de son amour à l’image de cet ostensoir irradiant du dont de son Corps et de son Sang. Vous verrez, dans les joies comme dans les peines de la vie, nous trouverons toujours la Trinité à nos côtés, rejoints par Marie, la Toute Pure. Que Benoîte continue de nous donner un peu de sa force et le courage de son témoignage, pour qu’à notre tour, nous soyons témoins de l’amour du Christ, dans la proximité de l’autre. Amen.  

 

 

Homélie du Lundi de Pentecôte,

pour la fête de Notre-Dame du Laus. 5 juin 2006 

            Au lendemain de Pentecôte, remplis de l’Esprit Saint, l’Esprit d’amour et de force, et ce matin, en cette fête de Notre-Dame du Laus, nous nous retrouvons au Cénacle, rejoignant en pensée les Apôtres et la Vierge Marie, pour participer nous aussi à la prière.  L’eucharistie qui nous rassemble ce matin, témoigne de notre attachement au Christ, et c’est Jésus lui-même qui nous ouvre le chemin. Comme les traces de peintures, sur les sentiers de grandes randonnées, il peint pour nous, sur nos âmes, dans nos vies, les traces de son amour et de sa miséricorde ; il balise ainsi notre route personnelle, pour nous conduire dans la paix, sur des chemins que nous n’aurions jamais empruntés. Chemins de réconciliation, d’attention aux autres, chemins divers de conversion et de joie. Depuis que nous avons été plongés dans le bain de régénérescence, et que nous avons été marqué du chrême du salut, nous sommes devenus frères et sœur du Christ ; nous sommes ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui humblement dans leur vie, la mettent en pratique aidé par l’Esprit qui est dans nos coeurs.Comme chaque année, ce chemin nous conduit ici, au sanctuaire du Laus. Dans son grand ouvrage sur « L’histoire du sentiment religieux en France », Henri Brémond, nous parle de cette démarche ancestrale : « Ma Provence natale, vénère encore aujourd’hui Benoîte Rencurel ; et puis Notre-Dame du Laus est le pèlerinage, qui s’est organisé autour des visions de Benoîte, c’est déjà ce qui se vivra plus tard à Notre-Dame de Lourdes ».  

 

Depuis le 17ème siècle, les Hauts-Alpins, viennent ici en pèlerinage pour que grandisse leur foi, et qu’après avoir reçu le pain eucharistique, et s’être mis sous le regard aimant de Marie, ils repartent vivre dans leurs milieux de vie, cet amour miséricordieux, ayant dans l’esprit et le cœur, le témoignage bouleversant de Benoîte. Elle nous trace un chemin de vie, c’est vraiment une femme pour notre temps, car tout ce qu’elle a découvert, supporté, souffert, se retrouve inscrit dans chacune de nos vies. A nous aussi le Seigneur parle, mais souvent nous n’écoutons pas, la Vierge Marie, tenant l’Enfant sur ses bras, nous invite à une profession de foi joyeuse et rayonnante ; mais nous laissons l’indifférence et l’oubli nous gagner ! Et pourtant, combien de signes, de conversions, de guérisons, opérées dans ce sanctuaire.

En 1962, étant séminariste, et de retour d’Algérie, le Laus fut pour moi une révélation et un temps de conversion. J’ai toujours aimé ce lieu ou l’on écoute le silence, car c’est dans ce silence que Dieu parle à notre cœur. J’avais entendu l’appel au sacerdoce à Lourdes, 2 ans plus tôt et voilà qu’ici, la beauté des lieux, mais plus précisément, la proximité du Christ et de Marie, me permettaient de me retrouver dans ce qui faisait ma vie. Après des années de guerre en Algérie, de déracinement et de souffrance, ici dans la prière et le silence de la basilique tout s’apaisa. Le lendemain du premier jour de retraite,  étant en méditation, je me retournais pour voir qui venait d’entrer. J’avais l’impression que je n’était plus seul, car une odeur de parfum m’enveloppait. Je regarde. Personne. Je me dis, reprenant ma méditation que c’était peut-être les fleurs. Mais il n’y en avait pas. C’est bien plus tard que j’appris que dans l’église on ressentait les « bonnes odeurs ». Tendresse maternelle de Marie, proximité de la Mère de Dieu pour tout ceux qui, baptisés, essayent de mettre l’évangile en pratique.

Comme vous, je suis revenu bien des fois dans ce haut-lieu de prière et de conversion joyeuse. Et en méditant la vie de Benoîte, nous nous sentons très près d’elle, de ce qu’elle a découvert et comme elle, nous voulons nous laisser conduire par Jésus et Marie. Rien n’a pu détruire ce lieu donné par Dieu. Personne n’a pu entamer la confiance de cette bergère qui voyait Marie depuis 1664, et même les jansénistes, qui tout près d’ici en Isère, faisaient pression sur les âmes, pour que les traces de la miséricorde de Dieu, que sont les miracles obtenus par la foi, soient tournés en dérision, n’y pourront rien. Leur acharnement à vouloir détruire le pèlerinage eut l’effet inverse : vie intense de prière, lieu d’approfondissement de la Parole de Dieu, écoute des âmes et des cœurs dans le sacrement de réconciliation, eucharistie pour partager le don que Jésus nous fait de son corps et de son sang. Proximité de Marie, Mère de Dieu.

Vous connaissez tous, la question de Benoîte : « Ma bonne Dame, je suis, et tout le monde en ce lieu, en grande peine, pour savoir qui vous êtes. Seriez-vous point la Mère de notre bon Dieu ? Ayez la bonté de me le dire et l’on fera bâtir ici une chapelle pour vous y honorer et servir ». La belle Dame ne répondit pas à la première question, mais à la seconde : « Pas ici » dit-elle. Car elle avait choisie le Laus, où elle proposa de venir en procession. Elle lui parlera avec beaucoup de joie et tendit sa main. Ceux qui essayaient de voir, ne percevaient rien. Même M. Grimaud qui approchait sa main pour essayer de la toucher. Nous aussi, nous tendons la main ce matin, et quand nous le voudrons, nous nous mettrons à genoux devant elle, découvrant notre âme et notre vie, pour l’entendre nous dire : « Je suis Dame Marie, Mère de Jésus ».

J’ai rencontré Benoîte Rencurel la semaine dernière. En effet, depuis des mois je me penche sur la vie d’une autre consacrée au Christ, religieuse au monastère de la Visitation de Marseille au XVIIIè siècle, Anne-Madeleine Remuzat. Lorsque Benoîte se rendit à Marseille, c’est dans sa famille qu’elle résida et puisqu’elle visita les monastères de la ville, conseillant les supérieures sur la vie spirituelle qui y était vécue, elle se rendit dans le monastère des Grandes-Maries, tout près de la Vieille Charité, où entrera Anne-Madeleine. Le Sacré-Cœur lui dévoilera les mystères de son Cœur sacré. Alors que Benoîte, qui durant 54 ans se laissa former par Marie, retournait vers son Seigneur en décembre 1718, Anne-Madeleine faisait établir à Marseille la confrérie du Sacré-Cœur qui rayonnera jusqu’au Levant et à Constantinople. Marseille première ville, premier diocèse au monde consacré durant la peste de 1720 au Cœur Sacré de Jésus.

En fait, chacun d’entre-nous, jeunes et adultes, en approfondissant la vie et le témoignage de la vénérable Benoîte, en l’écoutant parler simplement de Marie, en la priant, en retrouvant les chemins de la foi, et comme elle, en gardant confiance malgré la maladie et les épreuves, en marchant sur ces sentiers de conversion que nous devons emprunter, pour être trouvé digne de l’espérance que Jésus met en nous, nous sommes heureux d’être ici, en ce lieu, qui disait-elle, est le refuge des pécheurs,  Marcher à la rencontre du Seigneur, c’est ce que beaucoup d’entre-vous ont réalisés en participant au pèlerinage synodal. En cette fête de Notre-Dame du Laus, en remerciant le Seigneur pour cette démarche pleine d’avenir, pourquoi ne pas relire et méditer les six points d’orientation proposés par la chartre synodale.

Depuis toujours, mais plus particulièrement depuis octobre 2005, vous êtes un peuple en marche, vous voulez proposer humblement la foi en Christ au cœur des Hautes-Alpes, tout en sachant qu’elle est fragile et que c’est ce qui fait sa grandeur ; que « l’espérance fut surprise elle-même, de se découvrir plus grande qu’elle n’était » ; oui il vous a fallu beaucoup d’audace pour que ce chemin synodal se continue, qu’il soit un chemin a faire ensemble dans la joie et le partage, avec votre évêque, les prêtres,  les diacres et ceux qui s’y préparent, les consacrés, celles et ceux qui participent à l’animation des paroisses de ce diocèse, sans oublier tous ceux qui depuis chez eux, retenus par l’âge ou la maladie, prient en union avec ceux qui travaillent à rayonner du Christ et de son évangile.

Pour conclure cette homélie, c’est à Mgr René Combal, que j’emprunte ces phrases, tirées de son très bel ouvrage « Sur les pas de Benoîte » : « Une source a jaillie en ces lieux, comme un fleuve de paix qui continue à se répandre sur les pèlerins du Laus et à l’extérieur de ce lieu béni, sur une multitude de personnes… La vénérable Benoîte Rencurel, qui était une femme de son temps et de notre pays, devient une femme pour notre temps et un grand phare pour le troisième millénaire. C’est par elle et son intercession que la grâce du Laus est appelée à porter des fruits partout ».

C’est notre souhait à tous.

En remerciant Mgr Jean-Michel di Falco pour son invitation, les prêtres et les laïcs qui animent ce sanctuaire, je dis à tous et à chacun, et aux jeunes en particulier, eux qui commencent leur pèlerinage de vie, pèlerinage spirituel, bonne route et bonne fête sous le regard aimant du Christ et de Marie sa Mère. Amen.  

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