15 février 2009 - Anniversaire du retour vers Dieu de la Vénérable Anne-Madeleine Rémuzat

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Homélie pour le 15 février 2009.

Frères et Sœurs,

     La liturgie de ce dimanche nous parle de la lèpre et de la guérison d’un lépreux par Jésus. Cette maladie, cette malédiction, croyait-on alors, provoquait la terreur et maintenait ceux qui en étaient atteints, loin de tous lieux de vies. A près de trois siècles de distance, dans les années 1720, les Marseillais victimes de la peste, devaient y penser en demandant que le Seigneur les en délivre.
     Des milliers de morts, par la faute de quelques commerçants voulant leurs ballots de toiles, qu’ils envoyèrent chercher de nuit, sur le Grand Saint-Antoine, bateau qui arrivait de Syrie et qui avait la peste à son bord. Malgré la quarantaine, quelques marchandises de la cargaison furent introduites dans la rue de l’Echelle et les rues alentours et la peste commença.
Prières incessantes, messes quotidiennes, rien n’y fit, la peste se propagea.

     En ces années-là, Jésus lui-même se montrait à une jeune visitandine, Anne-Madeleine Rémuzat, dans le premier monastère de la Visitation, tout près de la Vieille Charité. Pourquoi Jésus se manifeste-t-il ici, alors que quelques années auparavant, à Parais-le-Monial il apparaissait  à une autre jeune visitandine, Marguerite-Marie Alacoque ? Mais parce que dans notre ville, la foi s’était affaiblie, racornie, épuisée par des querelles théologiques incessantes. Le temps passé à questionner le pape à Rome, le Roi ou le Parlement, avec les conditionnements politiques du temps, les réponses qui tardaient à venir, faisait que le peuple de Dieu s’était divisé.

     Avec le Jansénisme, dont certains ne percevaient même plus les thèses erronées, l’immédiateté des évènements entraînait les fidèles dans des considérations théologiques telles, qu’il était difficile de les décrypter. L’Eglise de France s’enlisait lentement dans une « vase » « mystico-gallicane », dont il fallait  sortir.
    
Auriez-vous été pour les thèses jansénistes ? Vous auriez certainement suivi les Oratoriens de Marseille, avec leurs prédicateurs, vous auriez attendu avec impatience -ces petits fascicules dispensés par des colporteurs-, dont on ne trouva jamais l'imprimeur, « Les Nouvelles Ecclésiastiques », qui détruisaient peu à peu la réputation de ceux qui ne leur étaient pas favorables. Mais peut-être que les Jésuites vous auraient paru plus proches de vous ? Alors, avec eux, vous auriez certainement combattu les thèses jansénistes, comme le fit toute sa vie Mgr de Belsunce.

     Siècle bien difficile à appréhender. Lorsqu’on commence à l’approfondir, à l’étudier, on reste perplexe, tant la complexité de situations, des personnes, et pour obscurcir le tout, des compromissions qui étaient nombreuses.

 

     Où en était le comportement évangélique dans tout cela ? Mais chez nous, dans nos paroisses, disaient-les uns. Certainement pas, se récriaient les autres : « Voyez les nombreux fidèles que nous avons. »

       Dans son monastère de la Visitation, celui des Grandes-Marie, tout près de la Vieille Charité, une jeune marseillaise percevait la désespérance des fidèles, au delà des grilles de la clôture. Elle priait et s’offrait en sacrifice… Elle avait été choisie toute jeune par le Seigneur, pour être sa messagère, « sa victime » disait-on en ce siècle-là, pour témoigner de la miséricorde du Christ et porter à Mgr de Belsunce, les messages que le Seigneur lui faisait tenir.

     Elle vit souvent Jésus apparaître devant elle, lui montrant son Cœur sacré. Elle en restait à la fois émue, enveloppée de lumière et épuisée à la fin de chaque expérience mystique, mais « remise debout » par ce que le Seigneur lui communiquait. Ces révélations lui étaient souvent données la nuit, dans un cœur à cœur spirituel, lorsqu’elle restait des heures en adoration auprès du Saint-Sacrement, quand elle en obtenait la permission de sa supérieure.

     Le lendemain, la journée se passait à la prière chorale, aux activités communes, d’autant qu’elle fut économe du monastère. Elle avait aussi la permission de recevoir au parloir. Elle avait été chargée de la direction spirituelle, d’accompagner la vie et les âmes de ceux qui venaient s’ouvrir à elle. Voyant à travers les consciences, le Christ qui lui enjoignait souvent de communiquer son message d’amour ou de repentance à tel ou tel. Elle obtint la permission de communier quotidiennement, ce qui était chose rare en ce temps-là.

    Par les échanges mystiques qu’elle avait avec le Seigneur, elle approchait, dans ce mystère révélé, l’amour que la Ste Trinité avait pour le monde et son Eglise. Alors que les fidèles, peu peu s’éloignaient de la sainteté de Dieu, d’un Dieu qu’ils trouvaient trop dur et trop injuste, elle témoignait de l’amour divin. On avait comme ôté l’amour de l’Evangile et cela amenait certains fidèles, à des comportements rigides. Serait-on sauvé ? Quel serait le jugement de Dieu sur nos personnes ? Une véritable peur d’être damné prenait forme dans les consciences. D’autant qu’après des années de vies dissolues, la peste venait de frapper durement les Marseillais. N’allez pas chercher plus loin, disaient certains, Dieu punissait son peuple.

     Le Christ ne cessait de dire à Soeur Rémuzat que la miséricorde pour ses enfants, avait plus de place que le châtiment. Il le lui montrait par ailleurs, dans les révélations mystiques qu’il opérait alors qu’elle était en extase : il prit son Cœur pour le mettre dans celui d’Anne-Madeleine.

     Sœur Rémuzat reçut les stigmates, et continua de vivre au milieu des religieuses, sans en faire état. Jésus lui demandait de communiquer à l’évêque son message d’amour, sa mansuétude pour son peuple. Pour s’en convaincre il faut lire ce qui fut écrit d’elle après sa mort ; il en ressort le joyau d’une eau pure, fort comme le diamant, et jetant ses éclats au loin.

    C’est elle qui eut l’idée de l’adoration perpétuelle, prière que l’on faisait où que l’on se trouvait et quand on le pouvait, consigné dans un petit opuscule qu’elle fit éditer en 1718, quelques années avant que le fléau ne touche la ville et la Provence. Les adorateurs furent très nombreux, des milliers, près de 40.000 disent les chroniques tu temps à Marseille, ne Provence, en France et jusqu’au Caire et en Orient, et vous en êtes les descendants aujourd’hui, vous qui venez prier tous les jours à l’Oratoire de notre basilique.

     D’elle encore, cette idée tenace de faire consacrer la ville et le diocèse au Cœur sacré de Jésus, ainsi que les litanies du Sacré-Coeur que récite l'Eglise Universelle. Mgr de Belsunce hésita, mais sur ses recommandations, sûr que c’était Jésus qui le lui demandait, dit l’amende honorable en le remerciant de la cessation de fléau et célébra la fête de Toussaint, le vendredi 1er novembre 1720, avec ce qui restait de la population, entouré par quelques prêtres, les autres étant morts, après avoir donné leur vie, pour accompagner les pestiférés. C'est ce qui est représenté sur les mosaïques de l'abside de notre basilique. Le siècle XVIIIe siècle finissant, puis le XIXe siècle, le siècle du Sacré-Coeur se souviendront. Actuellement, il ne reste plus que la messe du Vœu des Echevins, la procession du soir autour de notre basilique et nous tous, paroissiens du Sacré-Cœur à en parler, à nous souvenir, à en témoigner, avec quelques historiens...

     Le 15 février 1730, à 33 ans, elle retournait vers son Seigneur. La sainte de Marseille était morte, morte d’amour pour le Cœur Sacré de Jésus. La fin de la vie de la vénérable Anne-Madeleine est imprimée au dos de votre feuille de chant. Je n’y reviendrai pas, sinon pour vous inviter à vous souvenir.

     Elle nous obtient de grandes grâces de la part du Seigneur, je puis en témoigner tous les jours. Oui, demandons-lui de chasser de nos cœurs la lèpre, la peste du péché, d’avoir pour le Christ et l’Eglise, le Pape Benoît XVI, notre archevêque et les uns our les autres, un amour profond, d’être comme elle, contemplateurs du mystère du Christ qui chaque jour nous attend dans l’Eucharistie, dans cette adoration qui fait de nous tous des missionnaires.

     Oui, avec St Paul, nous pouvons dire que tout ce que nous faisons, nous le faisons pour la gloire de Dieu, pour le Cœur Sacré de Jésus, qui voit toutes choses et qui nous accompagne de son amour.

    Et moi, dans la petite chapelle de mon appartement, priant devant la relique de son cœur, jour après jour, je demande au Seigneur de vous combler de son amour. Elle est là, avec nous, elle nous accompagne, nous demandant, nous invitant, d’être trouvés fidèles et ardents dans la foi au Christ Ressuscité. Prions-là avec confiance.
Amen. J-P Ellul


 Relique de son coeur

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