10 ans après - Mémoire des 7 moines assassinés en Algérie

Publié le par Mgr Ellul

Il y a dix ans, sept moines étaient assassinés en Algérie
La mort des
sept moines du monastère de Tibhirine (Algérie) a été annoncée le 21 mai 1996. L’Eglise catholique d’Algérie lance une cause de béatification pour eux et pour douze religieuses et religieux. Prions pour eux.

Voici l'homélie prononcée en la basilique de St Victor de Marseille

les 25 et 26 mai 1996...Le glas sonna avant chaque messe pour rappeler l'assassinat des 7 moines trappistes égorgés en Algérie par le GIA.

 Frères et Sœurs,

 

 

 

 

 

La paix soit avec vous ! Oui, que la paix du Christ règne dans vos cœurs, qu'elle en chasse la haine, le dégoût, l'incompréhension qui risqueraient de s'y installer, après l'assassinat de nos 7 frères moines trappistes de Tibhirine, égorgés mardi dernier. Nous avons espéré, nous avons prié, nous avons supplié le Seigneur depuis notre antique basilique de Saint-Victor, mais pourtant l'irréparable est arrivé. A la fin de cette homélie, comme partout en France, la glas sonnera, rappelant qu'ils ont donné leurs vies pour le Seigneur, qu'ils ont été témoins de l'Espérance en la Résurrection du Christ.

 

            Les médias sont unanimes à stigmatiser cette horreur. Le Pape Jean-Paul II, en visite à Tunis le 14 Avril 1996, avait lancé un appel à la libération des moines, "ces témoins de l'Absolu de Dieu au milieu de leurs frères... Nul ne peut tuer au nom de Dieu, disait-il, nul ne peut accepter de donner la mort à son frère."... Ceux qui ont vécu en Algérie, il y a 3O ans, se rappellent ces évènements quotidiens où nous apprenions la mort de nos proches. Cela se continue, puisque depuis quelques années, près de cinquante mille Algériens sont morts, victimes du fanatisme et de la haine.

 

            Cette terre d'Algérie, où autrefois vivaient des communautés chrétiennes prospères, plus de 200 évêques du temps de Saint Augustin, et jusqu'au VIIè siècle,... cette terre d'Afrique du Nord, ne cesse de payer son tribut. Prions pour que la paix revienne, cette paix dont le Christ, nous parle, dans cet évangile que nous venons d'entendre, ... cette paix qu'il nous confie, en ce dimanche de Pentecôte.

 

            "Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie" ! Ces 7 martyrs, sont des envoyés,des envoyés de paix, des envoyés du Seigneur, des chrétiens, des moines, prêtres ou frères, consacrés à la prière, dans le silence et la contemplation ; inlassablement ils ont aidé leurs frères, sans distinction d'appartenance ou de religion. Leurs hurlements de peur, leurs cris de souffrance, le don total de leur vie, leur sang répandu, alors qu'ils étaient lâchement égorgés, sera semence de vie éternelle, sera semence du Royaume à venir. Mais "en écho à leur mort annoncée, ce serait trahir leur message que de s'engager dans la voie d'une hystérie vengeresse et simplificatrice, ce serait trahir leur mémoire que de brandir, avec une émotion soudaine, succédant à deux mois de quasi indifférence, propos de haine, réflexes de peur et amalgames", soulignait Brunot Frappat, dans un de ses éditoriaux du Journal "La Croix"... Ils sont restés en Algérie, car avaient fait vœu de stabilité, dans leurs Monastère de l'Atlas. Ils étaient là, comme témoins de l'invisible, comme témoins des sept dons de l'Esprit Saint reçus en ce jour de Pentecôte.

Ils sont pour nous les annonciateurs de la mansuétude du Christ, du pardon du Christ. Comme les premiers chrétiens, ils savaient ce qui les attendaient un jour. Comme les évêques et les chrétiens restés aujourd'hui en Algérie, ils savaient que leurs vies leur serait demandées. Et nous chrétiens, malgré notre peine, nous sommes fiers de leur témoignage.

Ce témoignage du sang versé à été vécu ici, où nous sommes, dans ce monastère de Saint-Victor, dans ces lieux remplis d'Esprit Saint ! Rappelons les premiers martyrs, les moines cassianites et les moniales brutalisés, et combien de moines bénédictins enlevés et réduits en esclavage par les Sarrasins, du temps d'Isarn, en l'an mil ?...Ils furent  mis à mort pour leur foi, parce qu'ils étaient chrétiens, c'est-à-dire « des infidèles » ! L'histoire n'en finit pas de balbutier.... Mais les chrétiens, les yeux levés vers le Christ Rédempteur de l'homme, ne cessent de pardonner, d'être miséricordieux, même si certains d'entre-nous ne comprennent pas. Que pourrions-nous faire d'autre, sinon de pardonner, au nom de Dieu, qui est Amour ? Mais nous savons que ces meurtres, ces assassinats, ces exactions horribles, nous conduisent vers l'absolu de Dieu, et que les forces de la haine et de l'intolérance, ne pourront jamais éteindre la flamme du respect de l'autre. Car l'autre est visage du Christ, il est Amour du Christ !

Evoquons leurs mémoire, comme le faisaient les moines de Saint-Victor, à l'annonce du décès de leurs frères. Alors que le glas sonne, prions pour :     

 Don Christian-Marie de Chergé, le père prieur, 59 ans, depuis 3O ans en Algérie ;

 

 

 

 

 

Le Père Luc Dochier 82 ans - médecin -, en Algérie depuis plus de 5O ans.

Célestin Ringeard, 62 ans, en Algérie depuis 1987 ;

Michel Fleury,  52 ans, en Algérie depuis 1985 ;

Bruno Lemarchand,  66 ans - en Algérie de 1981 ;  

Christophe Lebreton,  45 ans, en Algérie depuis 1987 ; 

Paul Favre-Miville,   57 ans, en Algérie depuis 1989.

 

 

 

 

 

En ce mois de Mai, consacré à la Vierge Marie, depuis  jeudi soir, les 7 cierges qui étaient allumés, ne brillent plus dans le chœur de  Notre-Dame de Paris. En ce dimanche de Pentecôte, le Cardinal Lustiger va les rallumer en signe de la Résurrection du Christ. A Marseille, dans notre cathédrale, au cours de la messe pontificale qu'il préside, Mgr Bernard Panafieu fera de même. Il avait rencontré les moines de Tibhirine en Algérie. Mais ces flammes n'ont pas fini de brûler au cœur de tous les hommes de bonne volonté ; pour ceux-là, comme pour vous tous, Frères et Sœurs,  la pratique des Béatitudes, du Pardon et de l'Amour du Christ, seront toujours plus forts que la haine et la mort.  Amen.  

Jean-Pierre ELLUL

Extraits de l'homélie pour la fête de Pentecôte, 26 mai 1996 - ABBAYE DE SAINT-VICTOR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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