Homélie pour l’Epiphanie du Seigneur – 4 janvier 2009

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Frères et Sœurs,

L’Evangile de Matthieu nous donne toutes les clefs de lecture pour méditer ce texte en cette fête de l’Epiphanie du Seigneur.

Après avoir ouvert son Livre de Vie, l’Evangile, la Bonne Nouvelle, par la généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham, voilà que sont déclinés tous les principaux dépositaires des promesses messianiques et les descendants royaux de ces derniers. Or dit-il, en rappelant les quatorze générations, qui se sont succédé, telle est la genèse, la généalogie de Jésus-Christ.

         Alors que Luc décrit avec force détails l’Incarnation du Fils de Dieu, Matthieu est plus sobre. Une seule phrase pour mentionner la naissance du Sauveur à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode. Puis immédiatement il place la visite des Mages venus d’Orient, la recherche de ce roi qui vient de naître et l’hommage qu’ils viennent lui rendre.

Vous pensez à l’émotion et surtout à la peur d’Hérode, qui les convoque en secret, se faisant préciser le temps de l’apparition de l’astre. Son invitation est pleine de sous-entendus. Il a peur. Peur pour lui-même, peur pour son royaume, peur tout court, car il sait qu’il n’est pas un roi selon le cœur de Dieu. Les prophètes sont là pour le lui rappeler.

En cette fête de l’Epiphanie, et comme nous connaissons bien les textes proposés, je vous invite à prendre place dans la caravane des Mages, à partir avec eux et à les questionner pour en savoir plus. Ils sont trois nous disent les traditions anciennes. Matthieu ne parle que « des mages » et non de Rois-Mages venus d’Orient. Nous les avons représentés en référence au monde connu en ce temps-là. On leur a même donné des noms, une couleur de peau. Combien sont-ils au juste ? Trois, quatre, cinq ?

Comme nous aimerions entendre les paroles de Marie, les remerciant d’avoir fait un si long chemin ; nous pencher avec eux, pour entrevoir son sourire, la voir prendre du temps pour bien les recevoir, l’écouter leur parler de l’Enfant. L’ange Gabriel avait raison, se dit-elle, il serait grand, appelé Fils du Très-Haut, le Seigneur Dieu lui donnerait le trône de David son Père et son règne n’aurait pas de fin.

En fait, elle ne semble pas surprise par leur visite, car elle connaît bien le texte du prophète Isaïe. Elle l’a prié, médité. Elle sait que les nations marcheront vers la Lumière, qu’elles viendront vers Jérusalem. Et ils sont là, ces Mages mystérieux, mais elle ne fait pas de différence avec ceux qui l’entourent. Sont-ils de Saba ou de Seba, de Tarsis et des Iles, comme nous l’avons souligné, avec le psaume 71 ? Ils sont reçus chez elle comme tous ceux qui s’y présentent. Ce mystère, elle le pressent, elle sait déjà que les païens sont associés au même héritage, à la même promesse en Jésus son Fils…

Vous avez remarqué que dans son texte de Matthieu ne parle pas de grotte, mais d’un logis, d’une maison. Marie et Joseph ont enfin trouvé une demeure digne du Fils de Dieu, mais juste pour quelque temps… Ils vont devoir repartir, et repartir très loin, en Egypte, car on craint pour la vie de l’Enfant. Elle regarde alors les présents symboliques qu’ils ont apportés et offrent à l’Enfant. 

L’or, l’encens, la myrrhe, nous en connaissons la signification, et déjà alors que les Mages les déposent devant lui, se noue le drame qui entoure cet enfant.

C’est un Roi, mais un Roi qui ne se laissera pas couronner et partira seul en prière dans la montagne ; un Roi de souffrance, tourné en dérision. « Tu l’as dit, je suis roi. Je suis venu dans le monde pour la Vérité… Tout homme qui appartient à la vérité, écoute ma voix », dira-t-il à Pilate, alors qu’on va le crucifier. Oui, il annoncera l’Evangile du salut à ceux qui ont le cœur ouvert. Ces pépites d’or déposées devant lui, ouvrent au salut universel, mais aussi à cette mise au tombeau, qui s’ouvrant au jour de Pâques nous délivrera tous de la mort, par sa résurrection.

Je ne sais si les Mages ont déjà vu dans les constellations, sa vie future de Roi de Gloire ! Ils n’ont pas eu peur de partir, de déranger leur rythme de vie, de tout préparer pour une longue route, de faire confiance, une totale confiance à cet astre qui annonçait la naissance prodigieuse du Roi.

Un roi petit-Enfant, un roi dont les parents n’étaient pas chez eux, puisqu’il leur était demandé d’aller se faire recenser dans le pays d’origine de Joseph. Imaginez-vous voir arriver un équipage cherchant un roi, qui ne se trouve pas dans un palais, vit dans une simple maison ? Etonnement des Mages et surtout de leur suite, car les serviteurs doivent trouver rude d’avoir fait tout ce chemin, pour contempler un enfant en bas âge.

Là encore, ceux qui comme les Mages ont le cœur ouvert comprennent. Les autres en restent à l’immédiateté des choses. D’où une invitation pour nous, à aller plus loin dans la compréhension de l’universalité du salut proposé à tous les peuples en cette fête de l’Illumination.

Caché dans la caravane des Mages, nous repartons avec eux par un autre chemin. Le songe qui les avertit de ne pas retourner voir Hérode nous questionne ! Pourquoi ce songe ? Ils le sauront dans quelques jours, lorsqu’on viendra les prévenir que de nombreux  enfants ont été mis à mort.

A quoi pensent-ils, eux qui ont provoqué la colère du Roi Hérode en ne retournant pas le voir ? Ils entendent, comme nous les percevons encore de nos jours, les cris, les pleurs de ces mères dont on égorge et tue les enfants ! Longue clameur dans Rama, où Rachel est inconsolable. Tant d’enfants qui périssent pour mettre à mort le roi des Juifs qui vient de naître ! Depuis le VIe siècle l’Eglise honore ces enfants, les Saints Innocents, comme des martyrs. Ils constituent les premiers rachetés, « eux qui étaient incapables de confesser le nom du Fils, et qui furent pourtant glorifiés par la grâce de la naissance au ciel… » Nous en conservons les reliques dans notre Abbaye de St Victor, rapporté par Jean Cassien de Bethléem au Ve siècle. Ils relayent de nos jours, les millions d’innocents qui meurent victimes de la violence, de la haine et du mépris de la sagesse divine ; spécialement tous ces enfants que l’on tue dans le sein de leur mère, ces interruptions de grossesses, appelées I.V.G, pour cacher la monstruosité de ces avortements. Une clameur monte vers le ciel de notre monde actuel, pour tous ces petits êtres que l’on ne peut même pas appeler par leur prénom, tant ils sont nombreux. Pour tromper l’opinion et laisser libre court à la jouissance, ces êtres sans défense sont devenus aux yeux de certains, -trop nombreux-, « une chose sans consistance et sans vie », « un amas de cellules », alors que nous savons que, dès leur conception, ce sont des êtres humains à part entière, aimés de Dieu et dont on doit respecter l’identité.

Nous prions en ce jour pour toutes ces femmes qui, bien souvent n’ont pas pu faire autrement, que nous ne jugeons pas, mais qui des années plus tard, se demandent comment apaiser leurs consciences, car d’avoir ôté la vie, elles portent en elles ce secret qui les ronge. La myrrhe nous suggère cela.

Sur la route du retour, ne voyez-vous pas les Mages discuter entre eux ? Sur leurs cartes remplies de constellations, ils ont tracé des lignes, comme en une croix, qui va de l’Egypte à Nazareth, du lac de Tibériade à Jérusalem, et en cercles plus petits, un enchaînement de lieux d’où ils perçoivent déjà que des Paroles de Vie seront prononcées, des guérisons opérées, des pardons accordés.

Et sur le Mont Sion, ils voient le pain et la coupe levés par celui qui a lavé les pieds de ses disciples, relayant le ciel et la terre, pour laisser le signe éternel, le sacrement de son amour. L’encensoir fume encore …

L’un d’eux vient de dérouler plus largement le parchemin et il montre du doigt le lieu du crâne. Mais l’autre sourit et lui dit : « Mais non, regarde, c’est là ! Oui, regarde ici, pas très loin… C’est là que Joseph d’Arimathie offira dans ce jardin  un tombeau neuf,  lieu d’où il se relèvera pour la Vie qui ne finit pas.

Le balancement du chameau a fait tomber la carte, je me baisse et regarde. Je lis quelques mots écrits en langue de leur pays : Amour, Paix, Vie Eternelle et sous un trait rouge qui ressemble à une flèche : « Il est le Chemin, la Vérité et la Vie, nul ne va vers le Père sans passer par Lui. » Je le savais ! Oui, je le savais dit le quatrième : « C’est lui le vrai Roi, celui qui vient dans le monde.

Mais je dois rendre la carte aux Mages. L’un d’eux l’a roulée dans son étui, qu’il met dans une des sacoches de sa monture. Je les regarde. Ils sont heureux, ils ont vu l’étoile, mais surtout celui qu’elle révélait.

Tout à l’heure, juste avant de repartir, j’ai dit à l’Enfant : « Je n’ai rien apporté ! Que puis-je t’apporter Seigneur en ces premiers jours de l’année ? »

L’Enfant m’a regardé en souriant. Il à semblé me dire : « Ne m’apporte rien, mais va vers tes frères et dis-leur que je suis le Roi d’Amour et de Paix. Ne tarde pas, fais comme les Mages et pars dans la confiance, annonce la Bonne Nouvelle. Dis-leur de marcher avec moi, remplis de certitude et de foi, car je suis la lumière du Monde et chaque jour je suis avec eux.

Donne ton cœur ! Elargis l’espace de ton cœur et reste toujours à l’écoute de l’autre, malgré tes faiblesses, tes limites, tes médiocrités. Offre le meilleur de toi-même et pense que mes frères d’Orient célèbrent en ces jours mon mystère d’Epiphanie. Et prie pour la paix dans le monde. Ce sera le plus beau cadeau que tu puisses m’offrir en ces premiers jours de l’année. Et moi, je lui ai dit : « Oui Seigneur, je vais faire ta volonté. » Amen.

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