Homélie pour la Solennité du Christ, Roi de l'univers...

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Le Christ, Roi de l'universFrères et Sœurs,

 

L’évangile de Matthieu déroule sous nos yeux la grande fresque du jugement dernier, lorsque le Fils de l’homme reviendra dans sa gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui et il nous fera prendre conscience que malgré la mise en pratique des préceptes évangéliques, nous n’avons pas assez porté attention ou secouru ceux que nous ne voyons plus ou que nous n’aimons pas : ces petits qui sont nos frères.

 

Placée à la fin de l’année liturgique, la fête du Christ-Roi risque de devenir l’occasion de faire le bilan de l’année écoulée ou d’être seulement un trait d’union annonçant la période de l’Avent et de Noël. Ce n’était pas la proposition qu’en faisait l’Eglise entre les deux conflits mondiaux de 1914-1918 et 1939-1945.

 

            Lorsque le Pape Pie XI institua cette fête du Christ-Roi de l’Univers, qu’il plaça au dernier dimanche d’octobre (le Concile Vatican II en fit l’ultime célébration de fin d’année liturgique), le monde sortait du conflit de la première guerre mondiale avec son cortège d’horreurs, de violence et de sang. Voyant en Europe, monter les totalitarismes, qui avec le communisme et le fascisme, essayaient d‘amoindrir l’homme, pour le mettre en esclavage, livré à un dieu païen où la race l’emportant sur l’individu, il ne put que proposer le visage du Christ, Roi couronné d’épines, pour bien faire comprendre que Jésus était mort pour tous les hommes, qu’il nous avait racheté et introduit dans son royaume de lumière et de paix.

 

            Rien n’y fit, ce concept politique, continuait à se multiplier, faisant courber sous son joug des nations entières, qui depuis le Mexique, en passant par l’Europe centrale et nos pays, entraînait avec elle, un sursaut de nationalisme exacerbé, où la parole hautaine, les exactions, les sévices et bientôt les déportations au goulag ou en camps de concentration, devenaient monnaie courante.

 

            Il lui fallait réagir. Comment l’Eglise pouvait-elle proposer de reconstruire la paix, d’autant que la vieille Europe et ceux qui nous avaient fait la guerre, recommençaient à s’armer, pour mieux faire peser sur nous leurs fausses doctrines ? Où en étaient l’Evangile et ses valeurs de paix, dans ce contexte mondial difficile ? Comment redire encore l’amour du Christ pour tout homme, sans distinction de races et de couleur de peau ? Comment faire pour que toutes les nations le reconnaissent ?

 

            Pie XI, pour fonder son propos, évoquera l’autorité de Dieu, les règles morales, la loi naturelle et la place de la conscience. Sa dénonciation de ces systèmes politiques, renvoie à la figure du Christ humilié, devant son refus de suivre la conception du pouvoir qui prévaut dans les sociétés humaines ; elle en appelle à la construction de son Royaume dans l’histoire, espace ou le Père a tout remis entre ses mains et où sa Seigneurie d’amour est à l’œuvre ; elle vise enfin à une fraternité humaine sauvée par le Christ en croix, fraternité humaine dont il est le Premier-né.

 

            Car le Pape Pie XI, déjà en 1926, dans l’encyclique « Quas Primas » demandait et proclamait ouvertement deux choses :

 - l'une : que ce débordement de maux sur l'univers, provenait de ce que la plupart des hommes avaient écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte, des habitudes de leur vie individuelle, de leur vie familiale et de leur vie publique ;

- l'autre : que jamais ne pourrait luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples, tant que les individus et les nations refuseraient de reconnaître et de proclamer la souveraineté de Notre Sauveur. « C'est pourquoi, après avoir affirmé qu'il fallait chercher la paix du Christ par le règne du Christ, nous avons déclaré, disait-il, notre intention d'y travailler dans toute la mesure de nos forces ; par le règne du Christ, disions-nous ! Car, pour ramener et consolider la paix, nous ne voyions pas de moyen plus efficace que de restaurer la souveraineté de Notre Seigneur. »

 

            Il condamnera le nazisme, l’Action Française, (que le Pape Pie XII réhabilitera quelques années plus tard)... le Communisme, le fascisme italien... Devant les dangers encourus par l’humanité entière, le pape évoque le Jugement eschatologique de Dieu pesant sur l’histoire collective de l’humanité comme une menace immanente. Le bras de Dieu est comme suspendu au-dessus de l’humanité. Mais tout est encore possible par la conversion des cœurs, car le bras de Dieu est celui d’un Dieu miséricordieux, large en pardon. Le pape demande que l’on prie pour la paix, offre sa vie pour la paix.

 

           Rien n’y fera. La 2ème guerre mondiale éclatera. Destructions, morts par milliers, déportations... Triste période que vous avez vécue pour la plupart. Lorsque la paix reviendra, la reconstruction de l’Europe et la paix dans l’Eglise sera le désir de beaucoup. Et pourtant ! Les cris de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants s’entendent encore dans le fond de nos consciences, nous demandant pourquoi ils subirent une mort atroce. Le visage du Christ sera encore et toujours proposé à l’Europe renaissante, roi d’amour et de mansuétude, allant inlassablement à la recherche des brebis perdues.

 

           Un Christ berger ! Un Christ affirmant sa royauté dans l’humiliation, solidaire des petits et des pauvres, livrant sa vie pour eux, pardonnant à ses bourreaux, traçant le chemin de la Vérité. Un Christ, qui ne cesse d'appeler à l'éternelle béatitude de son royaume céleste, ceux qui suivent sa voix.

 

           Ce Christ est roi, parce qu’il a reçu du Père la puissance, l'honneur et la royauté ; comme Verbe de Dieu, consubstantiel au Père, il ne peut pas ne pas avoir tout en commun avec le Père et, par suite, la souveraineté suprême et absolue sur toutes les créatures. C’est lui, nous dit St Paul dans la première Lettre aux Corinthiens, qui doit régner jusqu’au jour où il aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qu’il détruira, c’est la mort. Il se mettra lui-même sous le pouvoir du Père, et ainsi Dieu sera tout en tous.

 

 

            Je conclurai par cette prière.

 

           « Seigneur, je remarque que tous les hommes, les bons comme les mauvais, seront surpris par le jugement. Il ne sert donc à rien d’essayer de nous imaginer ce qu’il en sera : il vaut mieux mettre en œuvre ce qui ressort de la parabole. En commençant par mesurer l’enjeu de notre vie quotidienne: il ne nous sera pas donné d’autre temps ni d’autre lieu pour décider de notre sort éternel.

C’est ici et maintenant, Seigneur, que tu te présentes à nous, sous les traits des frères et sœurs démunis, avec lesquels nous cheminons sans les voir.

C’est aujourd’hui que nous décidons de notre éternité, car tu ne demeures qu’en ceux qui aiment, c'est-à-dire ceux qui ne ferment pas leur cœur aux appels de détresse, mais acceptent de perdre joyeusement leur vie au profit de ceux qui la réclament. »

(Père Marie-Joseph Verlinde.)

 

          Oui, Frères et Sœurs, soyons des artisans d’amour et de paix, chacun à notre mesure. Seul le Christ peut nous sauver. Les prophètes de l’Ancien Testament viendront nous le rappeler ces prochains jours de l’Avent.

 

          Redisons dans notre prière et dans notre cœur cette phrase de l’Apocalypse : « Maranatha. » Oui, reviens Seigneur Jésus, nous t’attendons dans l’espérance et dans la joie !

 

           Amen.

 

23 novembre 2008

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