dernière homélie de Carême

Publié le par Mgr Ellul

« Jésus, Logos, Verbe et Parole »
5ème Homélie de Carême
Vendredi 7 avril 2006.

Nos entretiens de carême se concluent sur ce très beau thème, Jésus, Logos, Verbe et Parole, Cette dernière homélie, est le corollaire de tout ce que j’ai humblement essayé de présenter à votre méditation, lors des quatre dernières eucharisties de 16h et 19h pour ces vendredis de carême. J’ai désiré ouvrir avec vous, la Parole de Dieu, contempler l’Envoyé, le Fils, le Messie de Dieu ; tourner les pages des évangiles et du Nouveau Testament ; elles nous proposent de le suivre, pour entrer dans la vie Eternelle. Enfin, j’espère que vous avez pu y puiser, une fois encore, toute la fraîcheur du contact direct avec Jésus, avec le Christ, avec Celui que le Père a envoyé dans le monde. Cette rencontre sur les chemins de Palestine nous ont permis, je l’espère de mieux aimer le Seigneur Jésus.
      Dans le 4ème évangile (selon St Jean), il est écrit : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu et le Verbe était Dieu ». Le Verbe, le Logos, le «dâbâr», traduction de l’hébreux, qui désigne une parole dite, mais également et surtout, dans la littérature johannique, « la Parole personnifiée ». « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes » et « Le Verbe s’est fait Chair et il a habité parmi nous ». (Jn 1, 1ss-14).
      Ce terme de « chair » désigne dans l’Ecriture, non pas le corps distingué de l’esprit, de l’âme,… mais la totalité de l’être physiologique et psychique de l’homme, dans la fragilité et la banalité de son existence. L’affirmation de Jean comporte non seulement la pleine appartenance de Jésus à l’espère humaine, mais souligne que le Fils de Dieu s’est fait homme, un homme particulier : Jésus de Nazareth, et il est situé dans un peuple et à une époque déterminée. Pierre dans les Actes des Apôtre le dira au jour de la Pentecôte : « Cet homme que Dieu avait accrédité auprès de vous… ; que toute la maison d’Israël le sache avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que, vous, vous aviez crucifié ». (Ac 2, 22-36). Après sa résurrection, les apôtres prêcheront son message, dans une « radicalité » qui voulait montrer que la Parole qu’ils proposaient était « Sa Parole », Parole du Père qu’il avait lui-même prêchée.
      Plus tard, Paul reprochera aux chrétiens des Eglises qu’il avait fondées, d’écouter et d’être séduits par des discours qui tendaient à minimiser le message du Christ, au profit d’une prédication qui n’était pas celle de Jésus. « Si quelqu’un, même nous, ou un ange du ciel, vous annonçait un Evangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème … Je vous le déclare, frères : cet évangile (que je vous ai annoncé), n’est pas d’inspiration humaine ; et d’ailleurs, ce n’est pas par un homme qu’il m’a été transmis ni enseigné, mais par une révélation de Jésus Christ ». (Ga 1, 8-9 et 11-12). Dans l’histoire de la piété chrétienne, la figure de Jésus a souvent été enjolivée, à un point tel, qu’il est souvent apparu comme dissimulé derrière les apparences d’un homme, sans doute marchant sur terre, mais dans lequel perce sans cesse la divinité. St Paul insiste sur le caractère physique du salut : « en Jésus habite corporellement la plénitude de la divinité (Col 2, 9). Le Christ est l’expression parfaire du Père, (Col1, 15) ; image du Dieu invisible (Ph 2,6) ; de condition divine (He 1,3) ; resplendissement de la gloire du Père ». Et saint Jean souligne que cette réalité dans la « chair » implique que la Vie, la Lumière et l’Amour, se sont manifestés concrètement dans notre monde (1 Jn). Oui par l’Incarnation il deviendra la manifestation suprême de Dieu au sein de l’humanité.
      Jésus serait-il vraiment homme, si sa « chair » n’avait pas été marquée par la structure inhérence à toute vie humaine ? L’originalité de la vie de Jésus, c’est qu’il est l’homme, totalement Dieu et totalement donné aux autres : il se sait envoyé, pour chercher ce qui était perdu et rassembler tous les hommes. Que Jésus soit totalement en communion avec Dieu, sa fréquente prière à l’écart en témoigne, mais plus encore sa référence spontanée en toute circonstances à celui qu’il appelle familièrement Abba, Père : « Le Père et moi, nous sommes un » ! Nous l’avons d’ailleurs perçu : Jésus annonce la venue du Règne de Dieu : il parle en paraboles tirées des réalités de la vie quotidienne, il parle toujours du Père et de son abandon confiant à ce Dieu Père, dont témoigne la prière de demande, pour le pain de chaque jour. L’orientation constante de Jésus est celle qui conduit au Royaume. Puis viendra le temps de la passion, où après avoir fait don de son Corps et de son Sang et avoir parlé à ses disciples une ultime fois, il sera livré à la main des hommes.
      Jésus est livré au destin de la mort. Un manuscrit copte que l’on a découvert, et récemment restauré pour une meilleure lecture, pourrait faire partie de la tradition des écrits apocryphes et gnostiques, non retenus par le Canon des Ecritures de l’Eglise catholique. On tend à nous faire croire, dans le texte cité, que ce serait Jésus lui-même, qui aurait demandé à Judas de le livrer, pour pouvoir prouver, par sa résurrection, son statut de Logos, de Fils de Dieu. On peut d’ailleurs retrouver dans Jean au chapitre 16, la phrase que Jésus dit lors de son discours après la Cène : « Il est bon pour vous que je m’en aille… en effet, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; si au contraire, je pars je vous l’enverrai. » (Jn 16, 7-8). C’est sur cette phrase et deux autres dans les synoptiques que les auteurs s’appuient. Mais alors pourquoi aurait-il dit : « Si cette coupe peut passer loin de moi. Mais non ! Pas ma volonté, mais la tienne »… « Mon Père, pourquoi m’a tu abandonné ? ».On se prend à penser à ce qu’il adviendrait, si l’on parlait ainsi du Coran, avant les fêtes musulmanes.
      Remarquez que c’est toujours quelques jours avant la Semaine Sainte, que les médias font ce qu’ils appellent un « scoop » sur Jésus. Mais nous connaissons ces textes apocryphes. Ils n’ont de valeur que par leur ancienneté et le sens qu’ils nous donnent de ce que certains prédicateurs pouvaient annoncer dans ces communautés. Le vrai et le faux existaient et il fallait aux témoins fidèles qui prêchaient l’évangile, faire attention lorsqu’ils présentaient la vie du Christ. Ce n’est pas « pour rire », qu’il est trahi par Judas, garrotté, bafoué, traîné de tribunal en tribunal. La série des hommes qui se le « repassent » ainsi, est bien l’illustration convaincante de la trahison universelle, de l’engrenage du péché universel. Ne l’est pas moins la manière dont chacun cherche à dégager sa responsabilité : ainsi Judas, qui rend les trente pièces d’argent, le Sanhédrin qui ne les déposent pas dans le trésor du Temple, mais achète un champ funéraire pour les étrangers à l’Alliance ; Pilate et Hérode qui se renvoient l’inculpé et les Chefs du peuple, qui invoquent leur incapacité à rendre la sentence.
      Pilate à la fin, condamne sous la menace, mais s’en lave les mains. Personne ne veut prendre la responsabilité ; tous signent ainsi leur péché. C’est « l’heure des ténèbres » (Lc 22, 23). « Dieu a fait le Christ péché », déclare Saint Paul. Car la condamnation et l’exécution de Jésus, devait apparaître aux hommes, comme la preuve de son imposture, et de son péché puisqu’il avait déclaré, en réponse à Caïphe sur sa messianité et sa filiation divine : « Je le suis, je suis le Fils de Dieu ». Cela devait mettre en lumière le bon droit du monde. Mais l’intervention de l’Esprit, va renverser complètement la situation : en manifestant que par-delà la mort, Jésus a été glorifié par Dieu, il démontrera la justice de sa cause, et il attestera donc, de façon irrécusable, le péché du monde et la condamnation de celui qui le régissait.
      La coupe que Jésus doit boire (Jn 18, 11), c’est d’assumer dans son être personnel, corporel et psychique, le péché du monde : toute l’opacité de ce qui se refuse à Dieu. Ayant consenti dans sa prière d’agonie, à porter le péché des hommes, Jésus éprouve toute la réprobation de Dieu pour le péché. Et ce péché du monde, consistait avant tout dans le refus de donner sa foi à Jésus, mais aussi dans le refus d’entendre sa parole.
       L’aube de Pâques va permettre aux disciples de retrouver foi et espérance. C’est à partir de la Résurrection que nous pouvons comprendre la vie et la mort de Jésus comme révélation du Fils de Dieu, Parole du Père qui l’envoie et de l’Esprit Saint, qui fait comprendre toute chose. Après avoir parlé autrefois par les prophètes, Dieu à la fin, nous a parlé par son Fils, qu’il a établi héritier de tout. Ce Fils est le resplendissement de sa gloire et l’expression de son être, et il porte l’univers, par la puissance de sa parole. Après avoir accompli la purification des péchés, il s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs.
      Comme dans l’Apocalypse, le visionnaire qui décrit un cheval blanc dont le cavalier s’appelle « Fidèle et Véridique », on peut penser qu’il y a un rapprochement entre le Christ, nommé « témoin fidèle », et ce cavalier, qui porte un nom que personne ne connaît, sauf lui. Ce nom mystérieux, témoigne de sa transcendance. « Nul ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Père veut bien le révéler. », déclarent les Evangiles synoptiques. Mais voici que le nom même du cavalier, est révélé au voyant : « C’est « le Verbe de Dieu », ce nom qui est au dessus de tout nom et dont Dieu a gratifie le Christ.
      En vous remerciant pour votre lecture et votre fidélité, très heureux d’avoir pu ouvrir avec vous la Parole de Dieu en ce temps de carême, pour y puiser la Parole de Vie Eternelle, et afin que nous puissions toujours mieux faire oraison et toujours avoir soif d’aller vers le Corps du Christ exposé dans l’Oratoire, pour le prier et l’adorer, je voudrais conclure ainsi :
      Le Verbe révélé par le Nouveau Testament c’est lui, Dieu lui-même, consubstantiel et éternel, incarné dans le Christ Jésus, pour faire connaître le Père aux hommes. Dans l’Ancien Testament, Dieu fait comprendre qu’il donne l’amour ; dans les textes de Jean il est affirmé que Dieu est l’Amour et cet Amour est une Personne, son Fils unique, sa Parole, son Verbe incarné et crucifié, pour racheter les hommes, les sauver et les arracher à la mort.
      Jésus est notre réconciliation, il est la Pierre Angulaire, Lui, le Fils de Dieu, il nous montre Dieu, car il est le Verbe et en Lui habite toue la plénitude de la divinité.
      « Je suis l’Alpha et l’Omega, le Premier et le Dernier, le commencement et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs vêtements afin d’avoir droit à l’arbre de vie et d’entrer, par les portes, dans la cité. » (Ap 22, 13-14 et 20). N’est ce pas ce que nous essayons de réaliser dans notre vie ? Alors disons : « Marana tha » ! Oh, oui, reviens Seigneur Jésus, nous t’attendons.
      
Amen.

                                                                     Mgr Jean-Pierre ELLUL

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